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READ-E-BOOK » Научная фантастика » À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]
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À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]

Электронная книга - «À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]». Краткое содержание книги:

La chute des comètes avait apporté le long hiver, comme, cent millions d’années plus tôt, lorsque les dinosaures avaient disparu. L’Hiver durait depuis soixante-dix mille ans.
Le Peuple survivait à l’abri de son cocon souterrain, génération après génération. Et voilà que le Printemps, annoncé par la Tradition, était revenu. Le Peuple devait sortir et aller recueillir son héritage dans la glorieuse cité de Vengiboneeza. Mais était-il encore humain ?
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Elle portait son enfant. Elle en avait la certitude et, à en juger par la manière dont il avait gardé les mains posées sur son ventre, il devait s’en douter lui aussi. Il leur faudrait bientôt aller voir Torlyri pour lui demander de prononcer les paroles de protection.

Hresh aurait un frère. Elle aurait un second fils. Elle était sûre que ce serait un garçon ; il lui semblait évident qu’Harruel ne pouvait engendrer qu’un garçon. Elle serait la première femme depuis des milliers d’années à mettre au monde deux garçons. Minbain se demanda si le second ressemblerait un peu à Hresh.

Non. Personne ne pouvait ressembler à Hresh. Hresh était unique.

Mais elle n’avait jamais connu non plus quelqu’un comme Harruel. Elle l’aimait et le craignait pareillement. Certains jours, c’était l’amour qui l’emportait, d’autres la crainte. Et il y avait des fois, comme cette nuit, où elle était partagée entre les deux sentiments. C’était un être tellement bizarre. Pourquoi les dieux lui avaient-ils donné un fils ainsi bizarre que Hresh et maintenant un compagnon comme Harruel ? Il était si costaud, si puissant… tellement plus fort que les autres. Il avait en lui la force d’une montagne. Mais il y avait autre chose. Une ombre qui s’étendait sur son âme. Et cette colère toujours prête à éclater. Minbain ne l’avait pas vraiment remarqué quand ils vivaient dans le cocon, mais c’était devenu manifeste depuis le début de leur longue marche. Des idées tumultueuses roulaient nuit et jour dans sa tête. Il aspirait ardemment à quelque chose… Mais à quoi ?

Harruel s’engagea dans une rue, puis dans une autre, sans savoir où il allait ni s’en préoccuper. Il sentait sur son corps le rayonnement froid de la lune qui le poussait de l’avant comme la morsure d’un fouet. Il avait promis à Minbain de revenir et il le ferait. Mais pas avant l’aube. Le sommeil l’avait fui pour toute la durée de la nuit.

La ville était une prison pour lui. La vie du cocon ne lui avait jamais pesé, car il n’avait jamais imaginé qu’il pût y en avoir une autre. Mais maintenant qu’ils étaient sortis du cocon et qu’il avait appris à marcher hardiment sous le ciel immense, il supportait très mal de devoir vivre en reclus dans l’enceinte de la cité morte des yeux de saphir où flottaient encore les relents de la présence de la race éteinte. Mais le plus difficile à supporter, un prurit pire encore que les piqûres des piquefeux, c’était la perspective de devoir rester sous la férule de Koshmar jusqu’à la fin de ses jours.

Le moment était venu de mettre un terme au gouvernement des femmes. Le moment était venu de restaurer la royauté.

Mais Harruel avait le sentiment que Koshmar présiderait encore aux destinées de la tribu quand il serait devenu un vieux guerrier voûté, à la fourrure chenue. La cérémonie fatidique du jour de mort avait été abolie. Koshmar était un peu plus âgée que lui, mais elle était encore très vigoureuse et en parfaite santé. Elle pouvait vivre longtemps. Jamais rien ne le débarrasserait d’elle, sauf s’il se décidait à le faire lui-même. Mais Harruel se refusait à aller jusque-là. Tuer le chef était au-dessus de ses forces. Il avait même de la peine à le concevoir. Et pourtant il savait qu’il ne pourrait plus accepter très longtemps l’autorité de Koshmar.

Ces derniers temps, Harruel avait pris l’habitude de partir seul pour de longues promenades. Il voulait apprendre à connaître Vengiboneeza. La cité des yeux de saphir était son ennemie et Harruel savait qu’il était important de connaître son ennemi. Mais c’était la première fois qu’il osait s’y aventurer en pleine nuit.

Tout était métamorphosé. Les tours semblaient plus hautes et les autres bâtiments plus trapus. Les rues se coupaient en formant des angles insolites. Toutes les ombres recelaient une menace. Mais Harruel continuait de marcher, il avait emporté sa lance ; il n’avait pas peur.

Certaines rues étaient revêtues de dalles immaculées, comme si les yeux de saphir n’avaient abandonné la ville que depuis la veille. D’autres étaient sillonnées de crevasses et d’ornières et de hautes herbes poussaient entre leurs pavés. D’autres encore, dépouillées de leur revêtement, n’étaient plus que des chemins boueux bordés de constructions délabrées. Harruel ne parvenait pas à comprendre la ville et il la détestait. Cela lui faisait mal de savoir que son fils verrait le jour dans cette maudite ville, cette cité qui n’avait rien d’humain.

Il y avait aussi des fantômes et il demeurait sur ses gardes.

Le guerrier avait la conviction que des fantômes étaient tapis partout dans la ville et que c’étaient eux qui faisaient les réparations. Elles avaient toujours lieu à la faveur de la nuit, quand personne ne pouvait rien voir. Tel ou tel bâtiment effondré, choisi, semblait-il, au hasard, était consolidé du jour au lendemain, les décombres nettoyés, la façade refaite. Harruel avait remarqué ces transformations qui n’avaient pas non plus échappé à quelques autres, Konya, Staip et Hresh. Mais qui était donc l’auteur de ces travaux ?

Harruel se méfiait de tous les animaux nocturnes. La plupart des animaux nuisibles disparaissaient avec le jour, sauf ceux qui avaient élu domicile à l’intérieur des bâtiments. Mais cela ne voulait pas dire qu’il ne risquait rien.

Quelques jours plus tôt, tandis qu’il allait sans but à la nuit tombante, Harruel s’était retrouvé au bord de la mer chaude qui baignait la partie occidentale de la cité. Il avait vu une armée de hideux petits reptiles grisâtres ressemblant à des lézards ramper hors des flots. Les monstrueuses créatures au corps allongé de la taille de son avant-bras avait de fortes pattes et des ailes vertes et plissées qu’elles gardaient repliées sur le dos. Dans leurs yeux jaunes brillait une lueur sinistre. Elles émettaient une sorte de grondement menaçant qui semblait s’adresser personnellement à lui : Harruel ! Harruel ! Nous allons te dévorer ce soir !

Elles avançaient en formation serrée tout en claquant des mâchoires. Quand elles ne furent plus qu’à une trentaine de pas de lui, Harruel chercha quelque chose pour se défendre. Il ramassa quelques poignées de cailloux qu’il lança sur la horde de reptiles tout en reculant, mais ce n’était pas suffisant pour les arrêter. Harruel se trouvait sur la digue, à l’aplomb d’une rangée de blocs de pierre verte équarris et ornés de mystérieuses gravures représentant de minuscules visages.

Dès que les reptiles arrivèrent à la hauteur des blocs de pierre, ils s’arrêtèrent net, comme s’ils venaient de rencontrer quelque barrière invisible. Puis, l’air déçus, ils firent demi-tour et repartirent vers la mer. Harruel se dit qu’ils avaient peut-être perçu la présence, de l’autre côté des blocs de pierre, d’une autre espèce, encore plus malfaisante que la leur. Ou que, tout simplement, ils n’avaient pas aimé son odeur. En tout cas, il savait qu’il avait eu de la chance de s’en sortir à si bon compte.

Un autre jour, il avait vu un vol d’oiseaux si dense que le ciel de midi en était assombri. Il avait cru reconnaître ceux qui avaient harcelé la tribu pendant la traversée des grandes plaines et qui avaient reçu le nom d’oiseaux de sang. Il s’était immobilisé, prêt à repartir en courant pour donner l’alarme, mais les oiseaux avaient semblé se contenter de décrire des cercles dans le ciel, sans jamais descendre plus bas que le sommet des tours les plus élevées.

Cette nuit-là, il arriva à proximité des piliers de pierre verte auprès desquels les trois machines des yeux de saphir montaient la garde et il n’était plus qu’à quelques mètres de l’avenue qui se dirigeait vers la jungle.

Sans idée précise, il commença de se diriger vers la porte méridionale de la cité. Mais au bout de quelques instants, il s’arrêta brusquement. Il venait d’entendre un léger bruit derrière lui, comme une respiration ou un bruit de pas étouffé. Sa main se referma sur la hampe de sa lance. Minbain l’avait-elle suivi ? Ou bien l’un de ces fantômes qui parcouraient nuitamment la ville ? Il pivota sur lui-même et scruta l’obscurité.

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