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READ-E-BOOK » Научная фантастика » À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]
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À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]

Электронная книга - «À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]». Краткое содержание книги:

La chute des comètes avait apporté le long hiver, comme, cent millions d’années plus tôt, lorsque les dinosaures avaient disparu. L’Hiver durait depuis soixante-dix mille ans.
Le Peuple survivait à l’abri de son cocon souterrain, génération après génération. Et voilà que le Printemps, annoncé par la Tradition, était revenu. Le Peuple devait sortir et aller recueillir son héritage dans la glorieuse cité de Vengiboneeza. Mais était-il encore humain ?
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De fait, quelques heures plus tard, le vent retomba, la pluie s’apaisa et des échappées de ciel bleu apparurent entre les nuages noirs.

8. Une seule chose extraordinaire à la fois

Quand l’orage fut passé, le temps redevint encore plus chaud qu’avant. Les versants de la montagne dominant la cité se couvrirent de fleurs multicolores et, dans l’air embaumé, les arbres se mirent à pousser si vite que leurs branches s’allongeaient presque à vue d’œil. Comme si le ciel ténébreux, les torrents de pluie et les hurlements du vent n’avaient été que les dernières convulsions de l’agonie du Long Hiver, comme si le Printemps Nouveau, ayant fait sa véritable apparition, devait enfin s’installer d’une manière définitive.

Mais Koshmar était en plein désarroi et sa détresse ne faisait que s’accentuer de jour en jour.

Elle avait trouvé dans un lieu à moitié en ruine de la cité un petit coin retiré qu’elle nommait sa chapelle et qui était si secret que même Torlyri en ignorait l’existence. C’est dans cet endroit qu’elle se rendait quand elle était en proie au doute et qu’elle avait besoin de demander conseil aux dieux ou à celles qui l’avaient précédée à la tête de la tribu. C’était un peu pour elle l’équivalent de la pierre noire de la grande salle du cocon.

Au début, la chapelle était pour elle une distraction, une diversion à ses soucis. Elle s’y rendait très irrégulièrement et pouvait oublier son existence pendant plusieurs semaines d’affilée. Mais maintenant Koshmar y allait presque quotidiennement. Elle s’y rendait furtivement aux premières heures du jour, très tard le soir, ou même au beau milieu de la journée, esquivant les audiences auxquelles sa fonction de chef l’astreignait.

Pour rejoindre sa chapelle, Koshmar prenait d’abord la direction de l’orient et des montagnes, puis elle bifurquait vers le nord en longeant les vestiges d’une tour noire à l’aspect rébarbatif et descendait un escalier impressionnant composé de cinq volées de marches, qui donnait sur une grande place en forme de soucoupe et dallée de marbre rose. Du côté opposé de la place s’élevaient cinq arches intactes et les restes de six autres. Ces onze arches donnaient accès à onze salles où devaient jadis se dérouler d’importantes cérémonies. Maintenant, elles étaient vides, mais, à l’exception de deux ou trois, elles étaient encore ornées de merveilleuses sculptures dorées montrant des corps presque humains avec un soleil en guise de visage, des animaux fabuleux aux membres interminables ou des guirlandes entrelacées de plantes mystérieuses. Des portes pivotantes donnaient accès à ces onze salles.

Koshmar avait découvert par hasard le mécanisme commandant l’ouverture des portes et, parmi les onze salles, elle avait choisi celle du milieu pour en faire sa chapelle. Elle y avait élevé un petit autel autour duquel elle avait disposé un certain nombre d’objets rituels ou pourvus d’une valeur sentimentale. C’est dans ce lieu qu’elle priait en secret et qu’elle invoquait les dieux, ou, plus fréquemment, Thekmur, son prédécesseur à la tête de la tribu.

Koshmar se couvrit le visage du masque ivoire, plat et luisant, de l’ancien chef Sismoil, où des fentes très étroites étaient ménagées pour les yeux. Puis elle s’agenouilla et réunit en bouquet quelques fleurs séchées qu’elle fit brûler. La fumée odorante s’éleva vers Thekmur.

— Combien de temps doit-il encore s’écouler avant qu’il nous soit donné de découvrir ce que nous sommes venus chercher ici ? demanda-t-elle. Ô Thekmur, toi qui demeures maintenant auprès des dieux, dis-moi ce qu’ils nous réservent ! Et dis-moi quel sort m’est réservé, ô Thekmur !

Koshmar eut l’impression de voir l’âme de Thekmur flotter devant elle. Chaque fois qu’elle l’invoquait, la forme de Thekmur était un peu plus visible et elle espérait que le jour viendrait où ces apparitions auraient la même réalité palpable que sa propre chair.

Thekmur était une petite femme râblée, d’une grande force physique aussi bien que mentale, à la fourrure grisâtre et au regard calme et ferme. Elle avait aimé un grand nombre d’hommes, mais aussi de nombreuses femmes, et elle avait guidé la tribu avec une compétence sereine jusqu’à son jour de mort. Et elle avait franchi sans trembler le sas du cocon. Koshmar avait parfois le sentiment de n’être qu’une pâle copie de Thekmur, une médiocre remplaçante de la disparue, mais ces moments de pessimisme étaient assez rares.

— Les dieux ne veulent rien me dire, confia-t-elle à Thekmur. J’ai envoyé Hresh dans la ville et il ne trouvait rien. Et maintenant qu’il a trouvé quelque chose, cela ne nous a encore servi à rien. Il y a eu un terrible orage, le ciel s’est ouvert en deux et les éclairs nous ont aveuglés. Explique-moi ce que tout cela signifie ! Dis-moi ce que nous attendons ici ! Réponds-moi, ô Thekmur ! Réponds-moi, cette fois, je t’en conjure !

L’image de Thekmur fut noyée dans les volutes de fumée et elle s’évanouit. Et Thekmur ne parla point ou, si elle parla, Koshmar ne l’entendit pas.

Koshmar avait pris conscience que, ces derniers temps, elle s’abandonnait peu à peu à un sombre désespoir, ou tout au moins qu’elle sombrait dans un état voisin du désespoir. La vie à Vengiboneeza semblait s’être figée et le bonheur qu’elle avait éprouvé dans les premiers temps à organiser l’installation de la tribu dans la ville n’était plus qu’un lointain souvenir.

Dans le cocon, tout était immobile, statique, figé. Tout le monde le savait et nul ne le remettait en question. Les habitants du cocon grandissaient, faisaient ce qu’on leur disait de faire, suivaient les commandements des dieux et savaient qu’ils mourraient à leur heure et que d’autres prendraient leur place. Ils comprenaient dès leur plus jeune âge que leur vie serait tout entière contenue entre les parois de pierre de leur refuge et qu’elle ne serait pas fondamentalement différente de celle qu’avaient menée avant eux tous leurs ancêtres depuis des centaines de milliers d’années. L’unique but de chacun des maillons de l’immense chaîne s’étirant de l’époque de la Grande Planète à la venue tant espérée du Printemps Nouveau était de perpétuer l’existence du Peuple. Nul ne s’attendait à voir en personne le Printemps Nouveau ; nul n’imaginait vivre un jour à l’extérieur du cocon.

Mais le Printemps Nouveau était bel et bien arrivé. Le monde s’était épanoui comme une fleur et la tribu s’y était hardiment engagée. La première étape prescrite par les textes sacrés était la cité de Vengiboneeza, mais elle ne leur avait apporté jusqu’alors qu’impatience, anxiété et désarroi. Leur humanité même avait été mise en doute par les sentinelles artificielles des yeux de saphir et si, pour Koshmar, leurs allégations n’étaient qu’un tissu de mensonges, elle soupçonnait que pour certains la question n’était toujours pas résolue et qu’elle était la source d’une profonde angoisse.

— Comment puis-je faire avancer les choses ? demanda Koshmar. Ma vie s’écoule et je voudrais étreindre la planète tout entière, maintenant qu’elle est à nous. Je brûle d’impatience, Thekmur, je me sens aussi entravée que si j’étais encore dans le cocon !

Une partie d’elle-même aspirait à quitter Vengiboneeza et à reprendre la route, sans savoir pour autant quelle direction suivre, mais en même temps elle était sous le charme puissant de la cité des yeux de saphir et redoutait de la quitter.

Koshmar n’ignorait pas qu’une grande partie des membres de la tribu s’y plaisaient. Mais ils étaient ainsi faits qu’ils se seraient plu n’importe où. Ils avaient troqué l’espace exigu du cocon contre l’immensité d’une ville et ils vivaient bien. Les jardins qu’ils y cultivaient produisaient une nourriture abondante et les guerriers rapportaient toute la viande nécessaire des pentes de la montagne, baptisée le Mont du Printemps par Hresh, qui regorgeaient de gibier et où la chasse était facile. Ils traversaient une période de bonheur ; ils s’accouplaient, ils chantaient, ils jouaient. Les couples se formaient et leurs premiers enfants venaient au monde. La tribu comptait déjà plus de soixante-dix individus et de nouvelles naissances étaient proches. Tous ces nouveaux venus, débarrassés de la fatalité de la limite d’âge, pouvaient espérer couler des jours heureux et paisibles.

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