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READ-E-BOOK » Научная фантастика » À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]
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À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]

Электронная книга - «À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]». Краткое содержание книги:

La chute des comètes avait apporté le long hiver, comme, cent millions d’années plus tôt, lorsque les dinosaures avaient disparu. L’Hiver durait depuis soixante-dix mille ans.
Le Peuple survivait à l’abri de son cocon souterrain, génération après génération. Et voilà que le Printemps, annoncé par la Tradition, était revenu. Le Peuple devait sortir et aller recueillir son héritage dans la glorieuse cité de Vengiboneeza. Mais était-il encore humain ?
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Koshmar avait dit qu’il devait bien exister un moyen de savoir à quoi s’en tenir.

En effet, il y en avait un. Le Barak Dayir pouvait lui apporter la réponse. Depuis le jour où il avait enfin trouvé le courage de sortir la Pierre des Miracles de sa bourse de velours et d’y appliquer son organe sensoriel, il avait procédé avec une prudence inhabituelle pour étendre son contrôle sur le Barak Dayir. Il avait appris à lui donner vie, à libérer toute la puissance magique de sa musique et à laisser cette puissance effleurer son esprit. Mais il n’avait pas osé aller plus loin. Hresh avait compris qu’il risquait d’être submergé, emporté par le pouvoir incompréhensible de la Pierre des Miracles comme un fétu de paille par un torrent. Et il redoutait de ne pouvoir remonter les flots tumultueux de ce torrent. Hresh avait donc lutté de toutes ses forces pour résister à l’irrésistible. Il était resté vigilant, sur la défensive, de manière à pouvoir faire machine arrière quand le chant du Barak Dayir devenait trop séduisant, trop tentant. Il se laissait entraîner un petit peu plus loin chaque fois qu’il sortait la pierre, mais en prenant soin de ne pas la laisser s’emparer entièrement de son esprit. Hresh savait bien que la maîtrise qu’il avait du mystérieux talisman n’était pas totale.

Cet orage est la punition des dieux pour ma paresse et ma lâcheté, se dit-il, et si l’angoisse de Koshmar tourne en colère, les dieux dirigeront cette colère sur moi. Il faut donc agir au plus vite.

— Je vais interroger la Pierre des Miracles, Koshmar. Et elle me dira ce qu’il y a à craindre de cet orage.

— C’est ce que j’espérais, dit Koshmar.

Hresh regagna en hâte la tour hexagonale qui était devenue le temple de la tribu. Il pénétra dans la salle où il conservait le coffret des chroniques et où il avait pris l’habitude de dormir, car il ne se sentait plus à sa place dans le dortoir occupé par les jeunes célibataires. Sans hésiter, il sortit la Pierre des Miracles de sa bourse. Un coup de tonnerre terrifiant retentit aussitôt.

Hresh enroula son organe sensoriel autour de la pierre et fit rapidement appel à sa seconde vue. Tout retard pouvait être synonyme d’échec. Il perçut aussitôt la mystérieuse et intense musique qu’il avait déjà entendue en une douzaine d’occasions. Mais cette fois, sachant qu’il ne pourrait pas reculer, il s’ouvrit à elle comme il ne l’avait encore jamais fait. Il laissa la musique le posséder entièrement ; il devint la musique.

Il devint une colonne de son pur qui s’élevait sans résistance jusqu’au toit du monde.

Il monta au-dessus de l’orage. Tel un dieu, il dominait Vengiboneeza. La cité semblait un modèle réduit d’elle-même. La haute chaîne de montagnes qui abritait la ville donnait l’impression de n’être plus qu’une modeste élévation de terrain et la mer qui s’étendait à l’occident était devenue une simple flaque grisâtre ridée par le vent, à demi dissimulée par les noires volutes des nuages. Il aperçut la terre ferme de l’autre côté et, derrière, une autre mer infiniment plus vaste, une surface brasillante qui épousait la courbe de la planète sur une telle étendue que, malgré la hauteur colossale à laquelle il s’était élevé, il n’en apercevait point l’autre rive.

Il voyait le soleil. Il voyait le ciel d’azur au-dessus de l’orage. En tournant son regard vers l’orient, dans la direction où se trouvaient l’ancien cocon tribal et le fleuve qui coulait à ses pieds, il vit que l’air y était limpide et qu’y régnait toujours la douceur du Printemps Nouveau.

Il n’y avait rien à craindre. Le Barak Dayir lui avait appris ce qu’il voulait savoir. Il pouvait maintenant redescendre et annoncer la bonne nouvelle à Koshmar.

Mais il resta plus longtemps qu’il n’était nécessaire. Comment renoncer à une telle splendeur. La musique qui était devenue son nouveau moi se répandait majestueusement sur toute la surface de la planète, descendant sur les terres et sur les mers, sur les montagnes et dans les vallées avec une splendeur effrayante. Il tourna la tête vers la lune et projeta dans sa direction une harmonie de sons avec autant d’aisance que le Hresh d’avant eût tendu la main pour cueillir un fruit mûr sur une branche basse. Il sentait qu’il lui serait facile d’envelopper de musique l’astre de la nuit, puis de le faire avancer sur son orbite, ou bien de le rapprocher de la Terre, ou encore de le faire voler en éclats. Mais il pouvait aussi bien l’éviter pour s’enfoncer dans les profondeurs du vide et flotter entre les étoiles. Jamais il n’aurait imaginé qu’un tel pouvoir pût exister. Le Barak Dayir faisait de l’homme un dieu.

Et Hresh comprit pourquoi le vieux Thaggoran redoutait la Pierre des Miracles et pourquoi il lui avait toujours dit qu’elle recelait des dangers. Non que la pierre voulût du mal à celui qui l’utilisait, mais sa puissance était si grande qu’elle pouvait détruire tout jugement, et celui qui l’utilisait, aveuglé par le caractère divin qu’elle lui conférait temporairement, risquait de se faire du mal tout seul. Le danger était de vouloir aller trop loin.

Au prix de l’effort le plus violent qu’il lui eût jamais fallu faire, Hresh s’obligea à revenir en arrière. Il réintégra son corps. Il renonça à son caractère divin. Il redescendit en lui-même. Et il se retrouva étendu sur le sol de pierre de la salle sacrée, épuisé, couvert de sueur, frissonnant, étourdi.

Au bout d’un moment, il parvint à se relever et replaça la pierre magique dans sa bourse. Il la remit dans le coffret des chroniques dont il ferma toutes les serrures avec le plus grand soin. Il pleuvait à verse, peut-être encore plus fort qu’avant. Et pourtant il avait l’impression que la pluie torrentielle avait quelque peu perdu de sa violence. Le ciel était d’encre, mais, là encore, il croyait discerner de-ci de-là quelques traînées plus pâles.

Sans se soucier de la pluie, Hresh reprit le chemin de chez Koshmar. Torlyri s’y trouvait aussi et elles étaient blotties l’une contre l’autre comme deux animaux apeurés. Jamais Hresh ne les avait vues ainsi, les yeux écarquillés, claquant des dents, la fourrure hérissée. Elles s’efforcèrent à son arrivée de reprendre un peu d’assurance, mais leur terreur demeurait manifeste.

— Alors, demanda Koshmar d’une voix étouffée, est-ce la fin du monde ?

— De quoi parles-tu ? demanda Hresh avec un regard stupéfait.

— J’ai cru que le ciel allait s’ouvrir en deux… J’ai cru que la foudre allait embraser la montagne…

— Et le fracas du tonnerre… ajouta Torlyri. Comme un gigantesque tambour aux roulements assourdissants…

— Je n’ai rien entendu, dit Hresh. Et je n’ai rien vu. J’étais dans le temple, occupé à chercher les réponses que je devais trouver.

— Tu n’as rien entendu ? demanda Torlyri d’un ton incrédule. Rien du tout ?

Les deux femmes, encore agitées de violents frissons, ne parvenaient manifestement pas à chasser de leur esprit les images cataclysmiques. Elles ne comprenaient pas comment il avait pu ne rien remarquer.

— Peut-être est-ce la Pierre des Miracles qui m’a protégé du fracas de l’orage, dit Hresh.

Mais il savait que ce n’était qu’une partie de la vérité. Une toute petite partie. C’est lui qui était à l’origine du déchaînement des éléments. C’est lui qui avait appelé le tonnerre et la foudre en utilisant et peut-être en abusant du pouvoir de la Pierre des Miracles. Il n’avait pas entendu les bruits terrifiants de l’orage dans toute sa violence, car il avait été l’orage dans toute sa violence.

Mais il valait mieux qu’elles ne le sachent pas.

— J’ai l’assurance que tu cherchais, dit-il simplement à Koshmar. Le Barak Dayir m’a montré les limites de l’orage. Le ciel est dégagé à l’est comme à l’ouest et, dans les contrées voisines, il fait encore beau et chaud. Le Long Hiver n’est pas de retour et il n’y a pas eu de nouvelle étoile de mort. Ce n’est qu’un orage, Koshmar. Un orage très violent, mais qui ne durera plus très longtemps. Il n’y a rien à craindre.

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