Le livre des crânes [The Book of Skulls - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1975
- Язык: французский
- Год: OPTA
- ISBN: 2-7201-0015-3
- Переводчик: Guy Abadia
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le livre des crânes [The Book of Skulls - fr]». Краткое содержание книги:
Timothy, 22 ans, riche, jouisseur, dominateur.
Oliver, 21 ans beau, athlétique, bloc lisse à la faille secrète.
Ned, 21 ans, homosexuel, amoral, poète à ses heures.
Eli, 20 ans, juif, introverti, philologue, découvreur du Livre des Crânes.
Tous partis en quête du secret de l’immortalité : celle promise par le Livre de Crânes. Au terme de cette quête, une épreuve initiatique terrible qui amènera chacun d’eux à contempler en face le rictus de son propre visage. Une épreuve au cours de laquelle deux d’entre eux doivent trouver la mort (l’un assassiné par un de ses compagnons, l’autre suicidé) et les deux autres survivre à jamais.
C’était une phase difficile dans l’existence de Timothy. À Andover, il était un meneur puissant et universellement admiré, un héros de football, président de sa classe, symbole de virilité et de savoir-faire ; mais, dans deux mois, il allait terminer ses classes, et tout le prestige accumulé compterait pour des prunes, il se retrouverait nouveau parmi des centaines d’autres dans une université réputée dans le monde entier. C’était une expérience traumatisante pour lui. Il entretenait également une coûteuse et difficile liaison à distance avec une fille de l’université de Radcliffe qui était d’un an ou deux son aînée. Il n’était pas amoureux d’elle, c’était juste une question de prestige pour lui, histoire de dire qu’il couchait avec une étudiante, mais il était sûr qu’elle l’aimait. Et, juste avant Pâques, il avait appris par une tierce personne qu’elle ne le considérait que comme un jouet, une sorte de trophée lycéen à exhiber devant ses innombrables chevaliers servants de Harvard. Cette attitude, en bref, était encore plus cynique que celle qu’il avait envers elle. Il était donc rentré dans les terres paternelles avec le sentiment d’être particulièrement accablé, ce qui était nouveau pour un garçon comme Timothy. Immédiatement, il connut une nouvelle source de déconfiture. Il y avait dans sa ville une fille qu’il aimait, mais qu’il aimait vraiment. J’ignore exactement ce que Timothy entend par « aimer », mais je pense que c’est un terme qu’il applique à n’importe quelle fille qui satisfait à ses critères d’apparence, de fortune et de naissance, et qui n’accepte pas de le laisser coucher avec elle. Cela la rend inaccessible, cela la met sur un piédestal, et ainsi il se dit qu’il l’« aime ». Le coup de Don Quichotte, en quelque sorte. Cette fille avait dix-sept ans et venait d’être acceptée à Bennington. Elle était issue d’une famille qui avait presque autant d’oseille que celle de Timothy, était une amazone émérite et, à en croire Timothy, avait un corps digne de la faire élire Playmate de l’année. Elle et lui appartenaient au même country-club, et ils dansaient, jouaient au golf et au tennis ensemble depuis une époque où ils n’avaient pas encore atteint la puberté. Mais toutes les tentatives de Timothy pour établir une amitié un peu plus profonde avaient été expertement repoussées. Il était obsédé par elle au point d’envisager de l’épouser plus tard, et il s’était persuadé qu’elle l’avait choisi comme futur mari. Par conséquent, raisonnait-il, si elle ne me laisse pas la toucher, c’est parce qu’elle connaît mon double critère et qu’elle a peur que je ne la considère comme pas mariable si elle accepte de se faire déflorer précocement.
Les premiers temps de son retour à la maison, il lui téléphona tous les jours. Conversation polie, amicale, distante. Elle ne paraissait pas disponible pour une sortie en solo — apparemment, ce n’était pas une coutume très pratiquée par son milieu — mais elle déclara qu’elle le verrait au bal du country-club, le samedi suivant. L’espoir était en hausse. Ces bals du country-club étaient des occasions guindées où il fallait constamment changer de partenaire, avec quelques intermèdes de pelotage dans différents recoins approuvés par le club. Il réussit à l’amener dans un de ces recoins vers le milieu de la soirée, et, bien qu’il fût loin d’avoir accès à tous ses recoins à elle, il réussit quand même à aller plus loin qu’il ne l’avait jamais été avec elle : langue dans la bouche, mains sous le soutien-gorge. Il crut même discerner une certaine lueur dans ses yeux. Au bal suivant, il l’invita à faire une promenade avec lui — cela faisait partie aussi du rituel du country-club. Ils visitèrent les jardins. Puis il suggéra de descendre jusqu’au hangar à bateaux. Dans leur groupe, une promenade au hangar à bateaux signifiait baisage. Ils descendirent jusqu’au bateau. Les mains de Timothy glissèrent avidement le long des cuisses froides. Elle palpitait de tout son corps sous les caresses, et sa main passionnée frotta le devant gonflé du pantalon. Comme un taureau en folie, il la saisit avec l’intention de la transpercer sur-le-champ, mais, avec l’adresse d’une championne olympique de virginité, elle lui balança un coup de genou dans les couilles, évitant de justesse d’être violée. Après avoir proféré quelques remarques choisies sur ses manières bestiales, elle sortit dignement en le laissant plié en deux dans le hangar glacé.
Il avait le feu au bas-ventre et la rage au cœur. Qu’aurait fait à sa place n’importe quel Américain de son âge au sang rouge ? Timothy rentra au club en titubant, trouva au bar une bouteille à moitié pleine de bourbon et sortit dans la nuit, furieux et s’apitoyant sur lui-même. Après avoir avalé la moitié du bourbon, il sauta dans sa petite Mercedes de sport et rentra chez lui en roulant à cent vingt à l’heure. Il finit dans le garage ce qui restait de la bouteille, puis, ivre et furieux, monta envahir la chambre virginale de sa sœur cadette et se jeta sur elle. Elle se débattit. Elle implora. Elle gémit. Mais il était dix fois plus fort qu’elle, et rien ne pouvait le faire dévier du parcours qu’il s’était choisi, pas tant que ses pensées étaient dictées par sa monstrueuse bandaison. C’était une fille, c’était une salope, il se servirait d’elle. Il ne voyait pas pour l’instant de différence fondamentale entre l’allumeuse de pine du hangar à bateaux et sa collet-monté de frangine ; c’étaient toutes les deux des salopes, elles étaient toutes des salopes, et il allait se venger de toute la tribu des femmes d’un seul coup. Il la maintenait avec ses genoux et ses coudes : « Si tu gueules, je te brise le cou ! » lui dit-il, et il ne plaisantait pas, parce qu’il n’avait pas toute sa tête, elle le savait aussi. Le pantalon de pyjama fut baissé. Cruellement, le bélier piaffant enfonça les faibles défenses de sa sœur.
— Je ne sais même pas si elle était vierge, me dit-il, morose. Je la pénétrai sans aucun mal.
En deux minutes, tout était fini. Il se dégagea d’elle. Ils étaient frissonnants, elle du choc, et lui de la libération, et il lui fit remarquer qu’il était inutile qu’elle se plaigne à leurs parents, car ils ne la croiraient probablement pas, et, s’ils appelaient un docteur pour vérifier l’histoire, il y aurait un scandale, des insinuations, et, une fois que cela se saurait en ville, elle n’aurait aucune chance de se marier jamais avec quelqu’un qui en valait la peine. Elle le transperça de son regard. Jamais il n’avait vu des yeux aussi chargés de haine.
Il regagna tant bien que mal sa chambre, en tombant à deux ou trois reprises. Quand il se réveilla, sobre et épouvanté, il s’attendait à trouver la police qui l’attendait en bas. Mais il n’y avait personne d’autre que son père, sa belle-mère et les domestiques. Personne ne se comportait comme si quelque chose s’était passé. Son père lui demanda en souriant si le bal avait été bien, et lui annonça que sa sœur était sortie avec des amies. Elle ne rentra qu’à l’heure du dîner, et elle se comporta comme si tout était normal. En guise de bonsoir, elle lui lança un regard glacé. Ce soir-là, elle le prit à part et lui dit, d’une voix menaçante et terrifiante : « Si tu essayes encore, je te plante un couteau dans les couilles, je te le promets ! » Mais ce fut la seule occasion où elle fit allusion à ce qu’il avait fait. En quatre ans, elle n’en avait pas reparlé une seule fois, pas à son frère, tout au moins, mais probablement à personne d’autre non plus. Apparemment, elle avait muré cet épisode dans un compartiment étanche de son esprit en le classant parmi les expériences désagréables d’un soir, comme par exemple une soudaine attaque de chiasse. Je peux témoigner qu’elle maintint une surface parfaitement glacée, et qu’elle continua à jouer le rôle de vierge éternelle comme si rien ni personne n’était passé par là.