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Le livre des crânes [The Book of Skulls - fr]

Электронная книга - «Le livre des crânes [The Book of Skulls - fr]». Краткое содержание книги:

Ils sont quatre :
Timothy, 22 ans, riche, jouisseur, dominateur.
Oliver, 21 ans beau, athlétique, bloc lisse à la faille secrète.
Ned, 21 ans, homosexuel, amoral, poète à ses heures.
Eli, 20 ans, juif, introverti, philologue, découvreur du Livre des Crânes.

Tous partis en quête du secret de l’immortalité : celle promise par le Livre de Crânes. Au terme de cette quête, une épreuve initiatique terrible qui amènera chacun d’eux à contempler en face le rictus de son propre visage. Une épreuve au cours de laquelle deux d’entre eux doivent trouver la mort (l’un assassiné par un de ses compagnons, l’autre suicidé) et les deux autres survivre à jamais.
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— Et autre chose, reprit-il. Pourquoi est-ce que je serais obligé de confier mes foutus secrets à quiconque ?

— Tu n’y es pas obligé.

— Frater Javier a dit qu’il le fallait.

— Et qu’est-ce que ça peut te faire ? Si tu n’as pas envie de le faire, ne le fais pas.

— Ça fait partie du rituel.

— Mais tu ne crois pas au rituel. De plus, tu pars demain. Ce que dit frater Javier ne te concerne pas.

— Est-ce que j’ai dit que je partais ?

— C’est ce que j’ai cru comprendre.

— J’ai dit que j’avais envie de partir. Je n’ai pas dit que j’allais partir. Ce n’est pas pareil. Je n’ai pas encore décidé.

— Reste ou pars, comme tu voudras. Confesse-toi ou pas. Mais si tu n’as pas l’intention de faire ce que frater Javier t’envoie faire ici, j’aimerais bien que tu me laisses dormir un peu.

— Ne me bouscule pas, Oliver. Ne me presse pas comme ça ! Je ne peux pas aller aussi vite que tu le voudrais !

— Tu as eu toute la journée pour décider si tu avais quelque chose à me dire ou non.

Il acquiesça lentement. Il se baissa, pencha la tête en avant jusqu’à ce qu’elle soit entre ses genoux, et resta ainsi accroupi, adossé au mur, sans rien dire, pendant un long moment. Mon irritation tomba. Je voyais qu’il avait réellement des ennuis. Cet aspect-là de Timothy était entièrement nouveau pour moi. Il voulait s’ouvrir, il voulait participer, mais il méprisait tellement tout cela qu’il en était incapable. Je ne lui dis rien. Je le laissai ainsi accroupi, et finalement il releva la tête et dit :

— Si je te raconte ce que j’ai à te raconter, quelle assurance est-ce que j’ai que tu ne le répéteras pas ?

— Frater Javier nous a donné comme instructions de ne répéter à personne ce que nous entendrions dans ces confessions.

— Je sais, mais est-ce que tu garderas vraiment le secret ?

— Tu n’as pas confiance en moi, Timothy ?

— Je ne fais confiance à personne pour ça. C’est une chose qui pourrait me détruire. Le frater ne plaisantait pas quand il disait que chacun de nous a quelque chose au fond de son cœur qu’il n’ose pas laisser sortir. J’ai fait pas mal de choses dégueulasses dans ma vie, oui, mais il y en a une qui est tellement dégueulasse que ça lui confère une valeur presque sacrée. Un péché monstrueux. Les gens me mépriseraient s’ils savaient. Tu vas probablement me mépriser. — Son visage était devenu gris. — Je ne sais pas si j’ai envie de te raconter ça.

— Si tu n’en as pas envie, ne le fais pas.

— Je suis censé me libérer.

— Seulement si tu adhères à la discipline du Livre des Crânes. Ce qui n’est pas ton cas.

— Oui, mais si je voulais y adhérer, il faudrait que je fasse maintenant ce que demande frater Javier. Je ne sais pas. Je ne sais pas. Tu es sûr que tu ne répéterais rien à Eli ou à Ned ? Ni à personne d’autre ?

— J’en suis absolument sûr.

— J’aimerais bien pouvoir te croire.

— Je ne peux pas t’aider sur ce chapitre, Timothy. C’est comme dit Eli : il y a des cas où il faut avoir la foi.

— Peut-être qu’on pourrait conclure un marché, dit-il, le front couvert de sueur, l’air désespéré. Je te raconte mon histoire et ensuite tu me racontes la tienne, et ainsi nous aurons chacun un moyen de pression sur l’autre et une garantie qu’il n’en parlera à personne.

— Celui à qui je dois me confesser, c’est Eli, et pas toi.

— Tu refuses, alors ?

— Je refuse.

Il resta de nouveau sans rien dire. Encore plus longtemps que la dernière fois. Finalement, il releva les yeux. Son regard était effrayant. Il s’humecta les lèvres et remua la mâchoire, mais aucun son ne sortit. Il paraissait au bord de la panique, et une partie de sa terreur me gagnait. Je me sentais nerveux, tendu, oppressé par la chaleur écrasante que je ressentais soudain.

Finalement, il réussit à prononcer quelques mots :

— Tu connais ma sœur cadette.

Oui, je la connaissais. Je l’avais vue plusieurs fois, quand j’avais été invité chez Timothy pendant les vacances de Noël. Elle avait deux ou trois ans de moins que lui. C’était une blonde aux jambes harmonieuses, assez jolie, mais pas particulièrement brillante. Une Margo sans la personnalité qu’avait Margo, en fait. La sœur de Timothy était l’exemple type de l’étudiante de Wellesley, genre débutante allant aux thés de charité, faisant du tennis, de l’équitation et du golf. Elle avait un beau corps, mais à part ça je ne l’avais pas trouvée attirante du tout parce que j’étais rebuté par son air hautain, son air argenté, son expression de virginité vertueuse. Je ne trouve pas les vierges terriblement intéressantes. Celle-ci donnait la nette impression d’être largement au-dessus de choses aussi basses, aussi vulgaires que le sexe. Je l’imaginais en train de parler à son fiancé tandis que le pauvre mec essayerait de glisser la main dans son corsage : « Oh ! chéri ! ne sois pas si vulgaire ! » Je doute qu’elle ait eu plus de sympathie pour moi que je n’en éprouvais pour elle. Mes origines du Kansas me désignaient comme un bouseux, et mon père n’appartenait pas aux clubs qu’il fallait, et je n’étais pas membre de l’Église qu’il fallait. Mon manque total de lettres de créance pour la haute société me rangeait définitivement dans cette catégorie de mâles que les filles de sa sorte ne peuvent tout simplement pas envisager comme des cavaliers, maris ou amants potentiels. À ses yeux, je faisais simplement partie des meubles, comme un jardinier ou un garçon d’écurie.

— Oui, répondis-je, je connais ta sœur cadette.

Timothy m’étudia en silence pendant un moment interminable.

— Quand j’étais en dernière année au lycée, déclara-t-il d’une voix aussi caverneuse et décrépite qu’une vieille tombe abandonnée, je l’ai violée, Oliver. Violée !

Je crois qu’il s’attendait à ce que le ciel s’ouvre en deux et que la foudre descende quand il me fit cet aveu. Au moins, il s’attendait à me voir sursauter de stupeur, me couvrir les yeux et m’écrier que j’étais épouvanté par ses paroles choquantes. En fait, j’étais un peu surpris, d’une part qu’il se soit donné la peine de s’attaquer à une tâche aussi rébarbative, et d’autre part qu’il ait réussi à enfiler sa sœur sans autre conséquence immédiate, c’est-à-dire sans recevoir une bonne raclée quand les hurlements de la gosse avaient attiré le reste de la maisonnée. Et il fallait que je revoie entièrement l’image que j’avais d’elle, maintenant que je savais que ses cuisses hautaines avaient été labourées par la bite de son frère. Mais, à part ça, je n’étais pas autrement stupéfait. Là où je suis né, le simple poids de l’ennui pousse couramment les jeunes à l’inceste, et bien pis. Bien que je n’aie jamais baisé ma sœur, je connais plein de types qui ont baisé la leur. Plutôt que le tabou tribal, c’est le manque d’inclination qui m’en a empêché. Mais, pour Timothy, c’était visiblement une affaire sérieuse, aussi je gardais un silence respectueux ainsi qu’un air grave et troublé pendant tout le temps que dura son histoire.

Il s’exprimait avec peine au début, transpirant, bafouillant et cherchant ses mots, comme Lyndon Johnson cherchant à expliquer sa politique au Viêt-Nam devant un tribunal de crimes de guerre. Mais, au bout d’un moment, les mots se mirent à affluer librement, comme s’il s’agissait d’une histoire que Timothy s’était racontée plusieurs fois dans sa tête, en répétant les mots si souvent qu’ils lui venaient maintenant automatiquement aux lèvres, une fois que le passage difficile du début était franchi. Cela s’était passé, dit-il, il y avait quatre ans exactement ce mois-ci, alors qu’il revenait d’Andover pour passer les vacances de Pâques à la maison et que sa sœur rentrait de l’école de filles qu’elle fréquentait en Pennsylvanie. (Ce n’est que cinq mois plus tard que je devais faire la connaissance de Timothy). Il avait dix-huit ans, et sa sœur quinze et demi. Ils ne s’entendaient pas particulièrement bien, cela depuis toujours. C’était la sorte de gamine pour qui les relations avec son frère aîné consistaient surtout à se tirer la langue. Il la trouvait snob et morveuse, et elle le considérait comme une brute grossière. Au cours des vacances de Noël précédentes, il avait tringlé la meilleure copine de classe de sa sœur, et quand la sœurette s’en était aperçue, cela n’avait fait qu’envenimer leurs relations.

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