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Le livre des crânes [The Book of Skulls - fr]

Электронная книга - «Le livre des crânes [The Book of Skulls - fr]». Краткое содержание книги:

Ils sont quatre :
Timothy, 22 ans, riche, jouisseur, dominateur.
Oliver, 21 ans beau, athlétique, bloc lisse à la faille secrète.
Ned, 21 ans, homosexuel, amoral, poète à ses heures.
Eli, 20 ans, juif, introverti, philologue, découvreur du Livre des Crânes.

Tous partis en quête du secret de l’immortalité : celle promise par le Livre de Crânes. Au terme de cette quête, une épreuve initiatique terrible qui amènera chacun d’eux à contempler en face le rictus de son propre visage. Une épreuve au cours de laquelle deux d’entre eux doivent trouver la mort (l’un assassiné par un de ses compagnons, l’autre suicidé) et les deux autres survivre à jamais.
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“Toi aussi, tu me fais le coup du suicide ?” répondis-je à Oliver. “Vous me faites chier tous les deux. Balance-toi dans le vide si ça t’amuse, moi je m’en fous.” Je pensais qu’Oliver bluffait, comme c’est généralement le cas quand quelqu’un parle ainsi. Mais Oliver ne bluffait pas. Il ne me répondit pas, il ne prit même pas le temps de penser, il fit simplement un pas de côté. Je le vis suspendu dans le vide pendant ce qui me sembla durer une dizaine de secondes, le visage tourné vers moi, paisible, serein, puis il tomba de cinq cents mètres, accrocha une saillie, rebondit comme une poupée désarticulée et alla s’écraser en bas. Tout s’était passé si rapidement que je n’avais pas encore commencé à comprendre — la menace, ma réponse sèche, ignoble, le saut dans le vide — un, deux, trois. Puis je réalisai progressivement. Je me mis à frissonner de tout mon corps. Je hurlai comme un fou. »

Pendant quelques instants, déclara Ned, il envisagea sérieusement de se jeter aussi dans le vide. Puis il reprit ses esprits et entreprit de redescendre, avec beaucoup de difficultés maintenant qu’Oliver n’était plus là pour l’aider. Il lui fallut des heures pour arriver en bas, et la nuit était déjà en train de tomber. Il n’avait pas la moindre idée de l’endroit où le corps d’Oliver devait se trouver. Il n’y avait ni police ni téléphone, ni rien, et il dut faire deux kilomètres à pied sur la route avant qu’un automobiliste s’arrête pour le prendre. (Il ne savait pas conduire à l’époque, et il fut obligé de laisser la voiture d’Oliver garée au pied de la montagne.)

« J’étais dans un état de panique totale », dit-il. « Les automobilistes qui me prenaient en stop me croyaient malade, et l’un d’eux voulut me conduire dans un hôpital. La seule chose que j’avais en tête était un sentiment de culpabilité. J’avais tué Oliver. J’étais aussi responsable de sa mort que si je l’avais poussé. »

Comme tout à l’heure, les mots de Ned me disaient une chose, et son regard m’en disait une autre. « Culpabilité », proclamait-il tout haut, et télépathiquement je percevais satisfaction. « Responsable de la mort d’Oliver », affirmait-il, et, derrière cela, il fallait comprendre : excité à l’idée que quelqu’un avait pu se tuer par amour pour moi. « Panique », disait-il, et derrière ces mots il triomphait : ravi de mon pouvoir de manipuler les autres. Il continua son récit :

« J’essayais de me persuader que ce n’était pas ma faute, que je n’avais aucune raison de penser qu’Oliver parlait sérieusement. Mais je n’y réussissais pas. Oliver était un homosexuel, et les homosexuels sont par définition instables, n’est-ce pas ? Si Oliver me disait qu’il allait se jeter, je n’aurais pas dû virtuellement le défier de le faire, parce que c’était tout ce qu’il attendait pour sauter. »

Verbalement, Ned plaidait : « J’ai été bête, mais je suis innocent. » Et moi, je recevais : je suis un salaud d’assassin. Il reprit :

« Je me demandais ce que j’allais dire à Julian. J’avais débarqué un beau jour chez eux, j’avais flirté avec eux jusqu’à ce que j’aie ce que je voulais, je m’étais interposé entre eux, et maintenant j’avais causé la mort d’Oliver. Julian restait tout seul. Qu’étais-je censé faire ? Me proposer comme substitut d’Oliver ? Prendre soin du pauvre Julian pour l’éternité ? J’étais dans une drôle de merde. Je rentrai à l’appartement vers quatre heures du matin, et ma main tremblait tellement que je pouvais à peine introduire la clé dans le trou de serrure. J’avais préparé huit explications différentes à donner à Julian, toutes sortes de justifications, mais je n’eus à utiliser aucune d’entre elles.

— Julian avait foutu le camp avec le concierge, suggérai-je.

— Julian s’était ouvert les veines juste après que nous étions partis le vendredi soir, fit Ned. Je le découvris dans sa baignoire. Il était mort depuis un jour et demi. Tu vois, Timothy, je les avais tués tous les deux. Ils m’aimaient, et je les ai détruits. Et je porte cette faute comme un fardeau depuis ce temps-là.

— Tu te sens coupable de ne pas les avoir pris au sérieux quand ils ont menacé de se suicider ?

— Je me sens coupable d’avoir éprouvé tant de jouissance quand ils l’ont fait, dit-il. »

XXXVI

OLIVER

Timothy est arrivé au moment où j’allais me coucher. Il est entré en traînant la jambe, l’air morose et boudeur, et, pendant quelques instants, je n’ai pas compris ce qu’il venait faire ici.

— Bon, dit-il en s’appuyant en arrière contre le mur. Débarrassons-nous le plus vite possible de cette corvée.

— Tu n’as pas l’air content.

— Non. Je ne suis pas content de ce merdier où je suis obligé de me vautrer.

— Ne t’en prends pas à moi.

— Est-ce que je m’en prends à toi ?

— Ton expression n’est pas spécialement amicale.

— Je ne me sens pas spécialement d’humeur amicale, Oliver. J’ai envie de foutre le camp de ce bordel d’endroit juste après le petit déjeuner demain. Depuis combien de temps moisissons-nous ici ? Deux semaines ? Trois ? C’est beaucoup trop longtemps. Beaucoup trop longtemps.

— Tu savais que cela prendrait du temps quand tu as accepté de venir. Il n’y avait aucune chance pour que l’Épreuve se termine en quatre jours. Hop ! fini ! vous voilà immortels ! Si tu fous le camp maintenant, tu risques de tout gâcher pour nous. Et n’oublie pas que nous avons juré…

— Nous avons juré, nous avons juré ! Bon Dieu ! Oliver ! on dirait que j’entends parler Eli ! Vous n’avez pas fini de me rappeler ce putain de serment ? On dirait que vous me retenez tous les trois prisonnier au bout d’un fil !

— Ainsi, tu m’en veux tout de même.

Il haussa les épaules :

— J’en veux à tout le monde, et surtout à moi-même, j’imagine. Pour m’être laissé entraîner dans ce putain de merdier. Pour n’avoir pas eu le bon sens de me retirer dès le départ. Je pensais que ce serait marrant, j’étais venu pour la balade. Marrant ! Tu parles !

— Tu penses toujours que tout ça n’est qu’une perte de temps ?

— Toi non ?

— Ce n’est pas mon point de vue, dis-je à Timothy. Je me sens transformé chaque jour. J’exerce un contrôle plus profond sur mon corps. J’étends la portée de mes perceptions. Je suis branché sur quelque chose de grand. Et Eli aussi, et Ned également, aussi il n’y a pas de raison pour que tu n’y participes pas.

— Des cinglés. Vous êtes des cinglés.

— Si tu voulais seulement te laisser faire et prendre vraiment part aux méditations et aux exercices spirituels.

— Ça y est. Te voilà reparti.

— Désolé ! N’en parlons plus, Timothy.

Je respirai profondément. Timothy était mon ami le plus proche, peut-être mon seul ami, et pourtant, soudain, j’étais écœuré, écœuré de son gros visage bovin, écœuré de ses cheveux en brosse, écœuré de son arrogance, de son fric, de ses ancêtres, de son mépris pour tout ce qui n’était pas à portée de sa compréhension. Je lui dis d’une voix glacée :

— Écoute, si tu ne te plais pas ici, fous le camp ! Je ne veux pas que tu penses que c’est moi qui te retiens. Fous le camp, si c’est ce que tu veux ! Et ne t’en fais pas pour moi, pour le serment ou tous ces trucs-là. Je suis assez grand pour me débrouiller tout seul !

— Je ne sais pas ce que je veux faire, murmura-t-il. Et, l’espace d’un instant, l’irritation morose disparut de son visage. L’expression qui la remplaça n’est pas facile à associer à Timothy : une expression de confusion, de vulnérabilité. Mais elle disparut aussitôt pour faire place à un air dédaigneux :

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