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Coulez mes larmes, dit le policier [Flow My Tears, the Policeman Said - fr]

Электронная книга - «Coulez mes larmes, dit le policier [Flow My Tears, the Policeman Said - fr]». Краткое содержание книги:

Jason Taverner est un homme comblé : toutes les semaines, 30 millions de Fans regardent son show télévisé.
Mais il se réveille un matin dans une chambre d'hôtel sordide pour s'apercevoir que son identité s'est évanouie sans laisser de trace : même sa maîtresse, la belle Heather Hart, ne se souvient plus de lui.
Une situation pour le moins inconfortable, dans un Etat ultra-policier où tout défaut de papiers d'identité suffit à vous faire expédier dans un camp de travail…
Seulement voilà : ce n'est pas un homme comme les autres. Produit d'une expérience secrète, Taverner est un six, un mutant aux nerfs d'acier qui mènera une lutte sans merci, sous les yeux d'un pol sentimental, contre la folie où vient de basculer le monde…
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— Je prendrai le volant.

— Mais je ne veux pas aller avec vous !

Elle recula, serrant toujours dans ses bras des colis enveloppés à la diable dans du papier d’emballage. Elle se rendait probablement à la poste.

— Donnez-moi vos clés.

Jason tendit la main. Et attendit.

— Mais vous risquez de perdre conscience. Alors, mon flipflap…

— Vous n’avez qu’à m’accompagner.

Elle lui remit les clés et se glissa à l’arrière du véhicule. Jason, dont le cœur cognait de soulagement, s’installa au volant, glissa la clé dans la serrure de contact, lança le moteur et le flipflap s’élança dans le ciel à sa vitesse maximale de quarante nœuds à l’heure. Taverner nota incidemment que c’était un modèle très bon marché : un Greyhound Ford. Un flipflap économique. Et pas de la première jeunesse.

— Souffrez-vous beaucoup ? s’enquit la jeune fille sur un ton anxieux.

Dans le rétroviseur, son visage trahissait la nervosité, et même la panique. Elle était dépassée par les événements.

— Non.

— Quelle était cette drogue ?

— Ils ne me l’ont pas dit.

À présent, la mescaline qu’il avait absorbée avait virtuellement cessé de faire effet. Grâce à Dieu, sa physiologie de six lui donnait assez de force pour la combattre : l’idée de piloter un flipflap à une allure d’escargot au milieu de la circulation de midi à Los Angeles alors qu’il était sous mescaline ne souriait guère à Jason. Et elle lui avait flanqué une dose de cheval, songea-t-il rageusement. En dépit de ce qu’elle avait prétendu.

Elle. Alys. Pourquoi ces disques sont-ils vierges ? Les disques… Où étaient-ils ? Affolé, il regarda autour de lui. Oh ! ils étaient là, sur le siège. Il les y avait machinalement posés en montant à bord.

Donc, tout va bien. Je les essayerai sur un autre phonographe.

— L’hôpital le plus proche est la clinique St. Martin, à l’angle de la 35e et de Webster. Il n’est pas grand mais j’y suis allée un jour pour me faire extraire une écharde du doigt. Le personnel m’a paru très consciencieux et très gentil.

— Eh bien, allons-y.

— Comment vous sentez-vous ? Mieux ou plus mal ?

— Mieux.

— C’était de chez les Buckman que vous sortiez ?

— Oui, acquiesça Jason.

— C’est vrai qu’ils sont frère et sœur ? M. et Mme Buckman, je veux dire…

— Ils sont jumeaux.

— Je comprends. Mais c’est curieux. Quand on les voit, on dirait qu’ils sont mari et femme. Ils s’embrassent, ils se tiennent par la main. Il la traite avec les plus grands égards. Et puis, parfois, ils ont des disputes terribles. (Elle se tut quelques instants. Se penchant en avant, elle reprit :) Je m’appelle Mary Anne Dominic. Et vous ?

— Jason Taverner, répondit-il.

Encore que cela ne signifiât rien, somme toute. La voix de la jeune fille rompit le fil des pensées de Jason :

— Je fais de la poterie, dit-elle timidement. Justement, j’allais à la poste pour expédier un lot de céramiques. Je travaille avec des magasins de la Californie du Nord, en particulier Gump à San Francisco et Frazer à Berkeley.

— Et vous faites du bon travail ?

Presque toutes ses pensées, presque toutes ses facultés étaient polarisées sur un point précis du temps, l’instant où il avait ouvert la porte de la salle de bains et où il l’avait vue… où il avait vu le squelette par terre. C’était à peine s’il entendait la voix de Mary Anne Dominic.

— J’essaye mais on ne sait jamais. En tout cas, ma poterie se vend.

— Vous avez des mains fortes, dit-il faute de trouver un commentaire plus approprié.

C’était presque un réflexe. C’était comme si les mots qu’il prononçait ne venaient que d’un fragment de son esprit.

— Merci.

Silence.

— Vous avez dépassé l’hôpital. Il était un peu plus haut à gauche. (Son inquiétude première revenait à la charge. Cela s’entendait à sa voix.) Allez-vous vraiment y aller ou s’agit-il d’un…

— N’ayez pas peur. (Cette fois, Jason prenait garde à ce qu’il disait. Il faisait de son mieux pour que son ton soit doux et rassurant.) Je ne suis ni un étudiant en fuite ni un évadé des camps de travail. (Il se retourna et la regarda dans les yeux.) Mais j’ai des ennuis.

— Alors, vous n’avez pas pris une drogue toxique ?

La voix de la jeune fille chancelait. Comme si ce qu’elle avait toujours le plus vivement redouté lui tombait soudain sur le dos.

— Je vais atterrir. Vous vous sentirez davantage en sécurité. Ne vous tourmentez pas, je ne vous ferai aucun mal.

Mais elle demeurait rigide, atterrée, attendant quoi ? Ni l’un ni l’autre ne le savait.

Jason posa le flipflap au bord du trottoir d’un carrefour animé et ouvrit la portière. Mais au lieu de descendre, pris d’une sorte d’impulsion, il regarda la jeune fille.

— Descendez, s’il vous plaît, bredouilla-t-elle. Je n’ai pas l’intention d’être impolie mais j’ai vraiment trop peur. On entend tant parler des étudiants qui, excités par la faim, réussissent à se glisser à travers les barricades entourant les campus…

— Écoutez-moi, lança-t-il d’un ton sec, interrompant son flot verbal.

— D’accord. (Elle se ressaisit et attendit docilement – et craintivement –, les mains posées sur les colis empilés sur ses genoux.)

— Il ne faut pas s’effrayer aussi facilement. Sinon, la vie devient insupportable.

— Oui.

Elle approuva humblement du menton, attentive comme une élève écoutant le cours du professeur.

— Avez-vous toujours peur des étrangers ?

— Je crois.

À nouveau, elle opina, baissant la tête comme si Jason la réprimandait. Ce qui, en un sens, était le cas.

— La peur, enchaîna Taverner, peut être plus néfaste que la haine ou que la jalousie. Si vous avez peur, vous ne vous abandonnez pas pleinement à la vie. La peur vous fait toujours… toujours cacher quelque chose.

— Je crois que je comprends ce que vous voulez dire. Un jour, il y a à peu près un an de cela, on a tambouriné à ma porte. J’étais si épouvantée que je me suis enfermée dans la salle de bains et que j’ai fait comme si je n’étais pas là. Je croyais que quelqu’un essayait d’entrer par effraction. Plus tard, j’ai appris que la voisine du dessus s’était fait happer la main dans la bonde d’écoulement… elle possède un de ces appareils mange-tout… en essayant de récupérer un couteau qui était parti. C’était son petit garçon qui frappait à la porte…

— Vous comprenez donc ce que je veux dire ? coupa Jason.

— Oui. Je voudrais n’être pas comme ça. Vraiment. Mais je suis comme je suis.

— Quel âge avez-vous ?

— Trente-deux ans.

Il était surpris. Elle paraissait plus jeune. De toute évidence, elle n’avait jamais mûri. Jason éprouvait de la compassion pour elle. Cela avait dû être très dur quand il avait pris possession de son flipflap et ses craintes étaient justifiées dans un domaine : s’il l’avait appelée à l’aide, ce n’avait pas été pour les raisons qu’il avait avancées.

— Vous êtes très gentille.

— Merci, répondit-elle avec soumission – et humilité.

— Vous voyez ce café là-bas ? dit-il en désignant du doigt un établissement moderne où les consommateurs étaient nombreux. On va y aller. Je veux vous parler.

Il faut que je parle à quelqu’un, à n’importe qui, sinon, six ou pas six, je vais devenir fou.

— Mais il me faut aller à la poste avant deux heures, pour que mes paquets partent avec la levée de l’après-midi, protesta-t-elle d’une voix angoissée.

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