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Электронная книга - «La valse lente des tortues». Краткое содержание книги:

Qu'un crocodile aux yeux jaunes ait ou non dévoré son mari Antoine, disparu au Kenya, Joséphine s'en moque désormais. Elle a quitté Courbevoie pour un immeuble huppé de Passy, grâce à l'argent de son best seller, celui que sa sœur Iris avait tenté de s'attribuer, payant cruellement son imposture dans une clinique pour dépressifs. Libre, toujours timide et insatisfaite, attentive cependant à la comédie cocasse, étrange et parfois hostile que lui offrent ses nouveaux voisins, Joséphine semble à la recherche de ce grand amour qui ne vient pas. Elle veille sur sa fille Zoé, adolescente attachante et tourmentée et observe les succès de son ambitieuse aînée Hortense, qui se lance à Londres dans une carrière de styliste à la mode. Joséphine ignore tout de la violence du monde, jusqu'au jour où une série de meurtres vient détruire la sérénité bourgeoise de son quartier. Elle-même, prise pour une autre sans doute, échappe de peu à une agression. La présence de Philippe, son beau-frère, qui l'aime et la désire, peut lui faire oublier ces horreurs. Impossible d'oublier ce baiser, le soir du réveillon de Noël, qui l'a chavirée. Le bonheur est en vue, à condition d'éliminer l'inquiétant Lefloc-Pinel, son voisin d'immeuble, un élégant banquier dont le charme cache bien trop de turpitudes.
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— Au Palais ?

Gary acquiesça. Le cappuccino avait dessiné une fine moustache blanche au-dessus de ses lèvres. Hortense l’effaça du doigt.

— Y avait une raison ? demanda-t-elle en suivant de l’œil l’homme agenouillé qui répondait au téléphone tout en essayant de refermer son attaché-case.

— Oui, elle dit que j’ai assez traîné, que je dois décider ce que je vais faire l’année prochaine. On est en janvier… C’est maintenant qu’on doit s’inscrire dans les universités…

— Et tu as répondu quoi ?

L’homme avait raccroché, il se préparait à se remettre debout quand il se mit à taper de toutes ses forces sur ses cuisses, sa poitrine avec un air de panique, les yeux roulant de tous côtés.

— Ben, rien justement. Tu sais, elle est impressionnante ! Tu te tiens à carreau devant elle…

Hortense se retint de rire. Qu’est-ce qu’il avait à présent ?

— Elle m’a donné le choix entre une académie militaire ou une université de droit, quelque chose comme ça. Elle m’a précisé que tous les hommes de la famille faisaient un passage dans l’armée, même ce vieux pacifiste de Charlie !

— Ils vont te raser la tête ! s’exclama Hortense, sans détacher les yeux du spectacle de la rue. Et tu vas porter un uniforme !

L’homme semblait avoir perdu son téléphone et était reparti à quatre pattes dans la foule le chercher.

— Je n’irai pas dans une académie militaire, je ne ferai pas l’armée et je n’étudierai pas le droit, le business ou quoi que ce soit d’autre !

— Ben, c’est clair au moins… Alors où est le problème ?

— Le problème, c’est la pression qu’elle va me mettre ! Elle lâche pas comme ça, tu sais.

— C’est à toi de décider, c’est ta vie ! Il faut que tu lui dises ce que toi, tu as envie de faire.

— De la musique… Mais je ne sais pas encore sous quelle forme. Pianiste. C’est un métier, pianiste ?

— Si tu es doué et travailles comme un enragé !

— Mon prof dit que j’ai l’oreille absolue, que je dois continuer, mais… Je sais pas, Hortense. Je sais pas. Ça ne fait que huit mois que je fais du piano. C’est angoissant de décider à mon âge de ce qu’on va faire toute une vie…

L’homme avait retrouvé son portable et, toujours accroupi, essayait de remettre le boîtier en place, tout en maintenant sa serviette coincée sous le bras, ce qui ne lui facilitait pas la tâche.

— Va te coucher, mon pauvre vieux, soupira Hortense, c’est pas ton jour !

— Merci beaucoup ! s’exclama Gary. On peut dire que tu trouves vite des solutions, toi !

— C’est pas à toi que je m’adressais ! Je parlais au mec dans la rue qui vient de tomber. T’as rien vu ?

— Je croyais que tu m’écoutais ! T’es vraiment incroyable, Hortense ! Tu te fous des gens !

— Mais non… J’ai juste commencé le feuilleton du mec dans la rue avant que tu ne te mettes à parler ! Bon, je ne le regarde plus, promis…

Juste un dernier coup d’œil : l’homme s’était redressé et cherchait quelque chose par terre. Il ne va pas ramasser son donut quand même ! Elle se hissa légèrement sur les fesses pour le suivre. L’homme scrutait le trottoir, aperçut le beignet un peu plus loin, contre un pied de l’abribus, se baissa, le ramassa, l’épousseta et le porta à sa bouche.

— Oh ! Le gros dégueulasse !

— Merci beaucoup, lâcha Gary en se levant. Tu fais chier Hortense !

Il ouvrit la porte du café et sortit, en la claquant.

— Gary ! cria Hortense, reviens…

Elle n’avait pas fini son cappuccino et hésitait à le laisser sur la table. C’était son déjeuner.

Elle se précipita dans la rue et chercha des yeux quelle direction Gary avait pris. Elle aperçut son large dos, sa haute taille qui tournait au coin de d’Oxford Street d’une pirouette furieuse. Elle le rattrapa et s’accrocha à son bras.

— Gary ! Please ! C’est pas de toi que je parlais quand j’ai dit « gros dégueulasse ! »

Il ne répondit pas. Il avançait à grandes enjambées et elle avait du mal à le suivre.

— Étant donné que tu fais dix-huit centimètres de plus que moi, tes enjambées sont donc dix-huit pour cent plus grandes que les miennes. Si tu continues à ce train-là, tu vas vite me semer et on ne pourra plus parler…

— Qui a dit que j’avais envie de parler ? maugréa-t-il.

— Toi, tout à l’heure.

Il resta muet et continua ses amples foulées, la traînant à son bras droit.

— Faut que je me roule par terre ? demanda-t-elle, essoufflée.

— Fais chier.

— L’argument est mince ! Elle a raison ta grand-mère, faudrait que tu reprennes des études, tu es en train de perdre ton vocabulaire.

— Tu m’emmerdes !

— C’est pas mieux !

Ils continuèrent à marcher. What a glorious day ! What a glorious day ! chantonnait Hortense dans sa tête. Ce matin, elle avait eu la meilleure note en classe de style et avait dessiné une boutonnière de belle allure pour le cours de cet après-midi. Les autres élèves allaient la détester. Si elle appréciait le style, elle ne négligeait pas la technique et se souvenait d’une phrase lue dans un journal : « Un styliste qui ne connaît pas la technique n’est qu’un illustrateur. »

— Je te donne jusqu’au coin de la rue pour changer d’humeur parce que au coin de la rue, nos chemins se séparent. Mon temps est précieux.

Il s’arrêta si brusquement qu’elle lui rentra dedans.

— Je veux faire de la musique, c’est la seule chose dont je sois sûr. Je ne fume pas, je ne bois pas, je ne me drogue pas, je ne pille pas les magasins à la recherche d’un look, je n’écoute pas mes cheveux pousser en attendant Dieu, je n’ai pas de goûts de luxe, mais je veux faire de la musique…

— Ben alors, dis-lui tout ça.

Il haussa les épaules et la regarda du haut de sa grande taille. Ses yeux s’arrêtèrent au-dessus d’elle et dessinèrent un toit de colère.

— Je sors le paratonnerre ou tu me foudroies tout de suite ? demanda-t-elle.

— Comme si c’était si simple ! dit-il en levant les yeux au ciel.

— Et ta mère, elle dit quoi ?

— Que je fais ce que je veux, que j’ai encore le temps…

— Et elle a bien raison !

Il s’était assis sur un muret et avait relevé le col de son caban. Il était émouvant, réfugié dans son grand col, avec des boucles de cheveux noirs qui tombaient sur ses yeux égarés. Elle vint s’asseoir à côté de lui.

— Écoute Gary, tu as le luxe de pouvoir faire ce que tu veux. Tu n’as pas de problèmes d’argent. Si toi, tu n’essaies pas de faire ce qui te passionne dans la vie, qui peut le faire ?

— Elle comprendra pas.

— Depuis quand laisses-tu quelqu’un d’autre décider de ta vie !

— Tu la connais pas. Elle lâche pas facile. Elle va faire pression sur maman qui va culpabiliser de ne pas s’occuper de moi « sérieusement » – il dessina des guillemets dans l’air – et va intervenir.

— Demande-lui de te faire confiance pendant un an…

— Mais un an, ça ne suffira pas ! Il faut bien plus de temps pour faire vraiment de la musique… Je vais pas suivre des cours de cuisine !

— Inscris-toi dans une école de musique. Une bonne école de musique. Une qui en impose.

— Elle ne voudra pas en entendre parler…

— Tu passeras outre !

— Plus facile à dire qu’à faire !

— C’est bizarre, jusqu’à aujourd’hui, je ne t’avais jamais imaginé en looser !

— Ah ! ah ! ah ! Très drôle !

Il inclina la tête comme pour dire vas-y piétine l’homme à terre, écrase-moi de ton mépris, tu es très forte à ce jeu-là.

— Tu renonces avant même d’avoir essayé. Puisque tu dis que c’est ta passion, prouve-lui que c’est sérieux et elle te fera confiance. Sinon c’est comme si tu jetais l’éponge avant même d’être monté sur le ring !

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