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Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants

Электронная книга - «Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants». Краткое содержание книги:

Le kopje (mine de diamants) de Nelson’s Fountain était, ce jour-là, plus que jamais, plein de bruit et d’animation. À l’incessante activité habituellement déployée par les diggers de toute race, de toute couleur, avait brusquement succédé une sorte de frénésie dont un observateur attentif et de sang-froid eût promptement deviné la cause.
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XVI

Où l’on fait enfin connaissance avec madame de Villeroge et son père. – Sur la route des Champs de Diamants. – À travers l’Afrique Australe. – Attaque d’une diligence. – Bandits masqués. – Toujours des cadavres. – Infâme comédie. – Nouveaux exploits de Klaas le Boër. – M. Smithson grièvement blessé. – Le kraal abandonné. – Singulière rencontre. – Encore une victime du Boër. – La fille du juif de Nelson’s Fountain. – Les deux orphelines.

Le jour même où Albert de Villeroge, après avoir intrépidement lutté pour retrouver son ami enlevé par la horde sauvage, tombait foudroyé par la fièvre pernicieuse, sur le radeau devenu le jouet des flots, les rayons du soleil couchant éclairaient une scène dramatique dont les bords de la rivière Brack était le théâtre.

Une voiture beaucoup plus petite, et infiniment plus légère que les wagons énormes qui depuis l’origine de la colonie servent encore, au Cap, de véhicule à la plupart des voyageurs, file rapidement au trot de ses quatre chevaux, sur une voie à peine tracée au milieu des herbes desséchées. Sur le porteur de gauche, un postillon enfoui dans d’immenses bottes, la tête protégée par un casque blanc, se tient avec cette rigidité qui est le propre de tout cavalier anglais. Il interrompt de temps en temps le clic-clac agaçant de son fouet pour emboucher un petit cornet de cuivre suspendu en bandoulière à son épaule, pendant que le cocher, sortant de dessous la capote où l’avait confiné la chaleur du jour, aspire à longs traits la brise qui commence à souffler. L’un et l’autre portent à la ceinture un revolver de fort calibre accroché dans une sacoche de cuir, et jettent de droite et de gauche des regards quelque peu soucieux.

L’intérieur de la voiture est occupé seulement par deux voyageurs. Un vieillard et une jeune femme. Le premier, grand, maigre, les cheveux rares et gris, la face soigneusement rasée, présente à première vue, le type bien connu sur lequel semblent s’être modelés la plupart des missionnaires protestants. Sa compagne est une de ces adorables Anglaises aux cheveux d’or, aux yeux d’azur et dont la carnation superbe appelle cette comparaison surannée, quoique toujours gracieuse, d’une rose en plein épanouissement. Mais, si en dépit des fatigues d’un voyage déjà bien long, son visage conserve toute sa juvénile fraîcheur, une poignante inquiétude contracte à chaque instant ses traits si délicats, plisse douloureusement ses lèvres, et fait perler une larme au coin de ses yeux.

– Père !... s’écrie-t-elle douloureusement, quand l’attelage essoufflé ralentit sa course, père !... Nous n’avançons pas !...

» Voyez ! la nuit va venir, et nous devrions déjà être au kraal.

– Anna, mon enfant bien-aimée, prenez courage. Nous avons fait tout ce qui était humainement possible.

» C’est à peine si nous nous arrêtons. Nous avons près de deux jours d’avance sur le courrier...

– Mais, Albert qui m’attend. depuis trois mortelles semaines. Albert blessé. Mort peut-être, termina la jeune femme avec un sanglot déchirant.

Le vieillard essuya une larme qui coula lentement sur sa joue ridée, et appela le cocher :

– Dick !...

– Master Smithson ?

– Où sommes-nous, en ce moment ?

– À dix milles environ de Pampin-Kraal.

– Arriverons-nous ce soir ?

– S’il plaît à Dieu, gentleman, et si nos chevaux ne s’abattent pas.

– Pensez-vous pouvoir vous guider à la clarté de la lune, quand le soleil aura disparu.

– Je l’espère.

– Êtes-vous sûr de la route ?

– De la direction, oui, master Smithson, mais, quant à pouvoir affirmer que nous sommes en sécurité, je n’oserais le garantir, ajouta-t-il à voix basse.

» Voyez-vous, si je ne craignais pas d’effrayer madame ?...

– Chut !... interrompit avec angoisse le vieillard.

» Allons, en avant !... Et pressez vos bêtes. Je doublerai vos profits et ceux de votre camarade.

» Crevez plutôt vos chevaux, nous en achèterons d’autres au kraal.

– Oh ! merci, père, s’écria la jeune femme en l’embrassant avec tendresse. Merci !... Que vous êtes bon !

» Comme je vous bénis, à chaque minute qui me rapproche d’Albert.

» Oh ! nous le retrouverons en vie, n’est-ce pas ? Nous le guérirons, et notre affection fera le reste.

On devine, par ce qui précède, que le plan diabolique, élaboré par Klaas le Boër, a pleinement réussi. Le misérable, après le complot tramé dans la case déserte du kopje de Nelson’s Fountain, en compagnie de ses frères Pieter et Cornélis, et de ce personnage énigmatique que nous connaissons seulement sous cette appellation : le Révérend, n’a pas perdu son temps. Quelques heures à peine après l’assassinat du malheureux mercanti, il s’est mis en route pour Cape-Town. Surexcité par l’amour, la haine et la cupidité, il s’est lancé au galop sans hésiter à travers l’énorme étendue de terrain qui s’étend entre le diggin et la petite ville de Beaufort. Rencontrant partout des affidés, trouvant dans les kraals, avec la généreuse hospitalité du désert, des chevaux pour remplacer ceux qu’il mettait hors de service dans sa course furieuse, il franchit en sept jours les quatre cent quatre-vingt-dix kilomètres qui séparent ces deux points extrêmes.

Sans s’inquiéter des gorges, des ravins, des forêts, des rivières, il n’a fait que toucher à Kramer’s Fountain, a franchi Steinkopf-River, un des affluents de l’Orange, et a acheté un cheval au kraal de Campbell’s Dorp. Le passage du Kaiba, en face la mission de Backouse, a failli lui être fatal. Il en fut quitte pour un plongeon et perdit son cheval. De Backouse il gagna Hope-Town, escalada un massif rocheux où nul n’eût osé s’aventurer seul, et arriva brisé à Roodkuil-Kraal. Deux jours après, il était à Richmond, brûlait la route jusqu’à Victoria, et, marchant jour et nuit, arrivait à Beaufort tellement courbaturé, qu’il fallut le descendre de cheval, et fendre ses bottes devenues trop étroites pour ses pieds tuméfiés. Le trajet de quatre cent cinquante kilomètres dans un wagon du chemin de fer qui relie Beaufort à Cape-Town, lui rendit toute sa vigueur, et il s’arrêta enfin au chef-lieu de la colonie, aussi dispos qu’au moment du départ. Il avait accompli en neuf jours, ce trajet de près de mille kilomètres, dont cinq cents à cheval, à travers un des pays les plus difficiles qui soient au monde.

Il fit insérer le fait divers relatant l’assassinat du Juif dans un de ces journaux à scandale qui éclosent et vivent sous le soleil colonial, comme sur la boue des métropoles, et fit parvenir à madame de Villeroge, la lettre écrite par le Révérend, dans laquelle il était dit que son mari, grièvement blessé, l’attendait au kopje de Nelson’s Fountain.

Cette nouvelle, comme on peut l’imaginer, produit sur la pauvre femme l’effet d’un coup de foudre.

– Partons, dit-elle, en réagissant énergiquement, à son père atterré par cette catastrophe.

En digne fille de missionnaire, habituée aux hasards et aux périls d’une existence aventureuse, elle ne s’inquiéta ni des distances, ni de la fatigue, ni des éventualités d’un semblable voyage. Master Smithson, toujours prêt à partir, acquiesça sans discussion à ce projet devant lequel eussent reculé les moins timorés des habitants de nos pays.

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