La grande mascarade parisienne
- Автор: Robida Albert
- Язык: французский
- Жанр: Европейская старинная литература
Электронная книга - «La grande mascarade parisienne». Краткое содержание книги:
— Soit, je chercherai de mon côté, et si je trouve je viendrai vous soumettre mon idée ; cependant, je tâcherai ce soir, puisque vous m'avez fait l'honneur de m'inviter, de faire revenir M™ 6 Bizouard sur ses préventions contre M lle Virginie Galoubet.
Cabassol, en sortant de chez le peintre, sauta dans une voiture et se fit conduire chez Griquetta qu'il trouva prête.
— Vite, ma chère Criquetta, en voiture! dit-il.
Criq uetta, assez intriguée, se demandait où Gabassol la conduisait, mais pressentant sans doute quelque surprise agréable, elle ne questionna pas notre ami.
La voiture les déposa boulevard de Glichy. Gabassol et Griquetta montèrent rapidement jusqu'à l'atelier de Bizouard.
— Nous y sommes, dit Gabassol en sonnant.
On entendit dans l'atelier un bruit de chaudrons, c'était Jean Bizouard qui venait ouvrir lui-même.
— C'est encore moi, dit Gabassol, j'ai réfléchi et j'ai une idée : au lieu du jambon et des chaudrons que vous me proposiez, je préférerais que vous me fissiez le portrait de madame...
EL il démasqua Griquetta.
— Tiens! fil Bizouard avec un geste d'étonnement.
— Tiens ! fit Griquetta.
Gabassol se frottait les mains, ils se reconnaissaient.
— A nous deux, Jocko! pensa-t-il.
— Par quel hasard... Comment, te... vous... vous voilà! s'écria Jean Bizouard.
— En voilà une surprise, Coco! mon vieux Coco! répondit Griquetta, il y a longtemps que nous ne nous sommes vus, tu sais que je te permets de membrasser, aimable Coco I
Le peintre profitait de la permission lorsque deux cris, où la colère et la surprise se mêlaient à dose égale, le clouèrent sur la place.
Le premier cri était poussé par madame Estelle Bizouard elle-même, qui venait s'assurer de la sincérité des promesses de son mari, et qui arrivait juste à temps pour le voir en train d'embrasser une de ces jeunes et jolies dames qu'elle croyait avoir proscrites à jamais de l'atelier.
Quant au second cri, il avait été proféré par notre héros Cabassol. Lui aussi était furieux et il y avait de quoi : l'exclamation de Griquetta venait de lui faire comprendre qu'une fausse piste avait encore été suivie, et que Bizouard n'était pas le Jocko tant cherché.
Il y avait encore une fois quiproquo, on avait pris Coco pour Jocko!
Le célèbre peintre impressionniste Jean Bizouard présentait l'image d'un homme accablé par le malheur : debout à côté de Griquetta, il courbait la tête sous les regards indignés de madame Estelle Bizouard.
Une explication orageuse allait avoir lieu entre le peintre et son épouse.
— Je considérai ce crâne sous toutes les faces.
On sentait, à l'œil irrité de la trop aimante Estelle, qu'un simple juge de paix ne suffirait pas à rétablir la concorde. Gare le procès en séparation !
— Je comprends très bien, dit enfin Estelle Bizouard d'une voix cruellement ironique, je comprends très bien que monsieur ne veuille pas d'un simple sapeur pour modèle, ainsi que s'en contentaient Raphaël et Horace Vernet; un sapeur a la peau moins satinée, il n'aurait pas tant de plaisir à l'embrasser! Nous verrons ce que les tribunaux penseront de cette conduite...
— Pardon, pardon, chère madame, s'écria Griquetta furieuse à son tour, qu'est-ce que vous me voulez avec votre sapeur? On ne peut donc plus être poli quand on se rencontre?
— Coco! une autre femme l'appelle Coco! continua «Estelle, ô mes illusions ! ô mes rêves de jeune fille ! Le tribunal ne refusera pas de délier les chaînes qui m'attachent à ce monstre I...
— Sapristi! pensa Gabassol, voilà une fâcheuse aventure, je découvre que Bizouard est innocent juste au moment où j'occasionne des troubles dans son ménage ! Il faut que j'essaye de réparer mes torts...
— Madame, dit-il tout haut en s'adressant à M me Bizouard, je vous jure qu'il y a ici un malentendu, je suis seul coupable, si coupable il y a : c'est moi qui, admirateur du talent de votre mari, al amené madame, pour le prier de peindre d'après elle une de ces œuvres magistrales qui sont la gloire de la nouvelle école française !...
Mais M me Bizouard ne l'écoutait pas, elle continuait à faire à son mari de sanglants reproches. Bizouard protestait de toutes ses forces, il jurait de consacrer désormais son pinceau aux jambons et aux casseroles de cuivre ; de temps en temps il faisait des signaux désespérés à Gabassol pour le conjurer d'emmener au plus vite Griquetta loin des yeux irrités de son épouse.
— Ma foi, sauvons-nous, il s'arrangera mieux sans nous, se dit Gabassol en entraînant rapidement Criquetta vers la sortie de l'atelier.
En descendant l'escalier, il put entendre encore M me Bizouard qui s'écriail d'une voix entrecoupée :
— Coco ! Elle vous a appelé Coco I
Chsz le docteur Malbousquet.
VII
Un prince de la science. — Cabassol et Miradoux, esclaves du devoir, risquent des maladies pour le service de la succession Badinard. — Trop de potions!
Personne ne fut plus désolé que M. Miradoux lorsque Cabassol, accouru en sortant de chez Bizouard, lui apprit qu'il était encore tombé sur un faux Jocko; outre l'inconvénient d'avoir occasionné une foule de désagréments à l'innocent impressionniste et d'être en partie cause d'une séparation imminente, il y avait encore la perte d'un temps précieux.
Où trouver le véritable Jocko ? Gomment le découvrir parmi les Billes de Liv. 33.
billard? Allait-on en être réduit à consulter une somnambule pour sortir d'embarras?
M 0 Taparel était sorti. Quand on lui apprit la nouvelle, il ne manifesta qu'un étonnement relatif.
— Voulez-vous que je vous dise? dit-il, eh bien, je m'en doutais, j'avais des pressentiments! Hier, au dîner des Billes de billard, je considérais M. Bi-Eouard et je me disais que son crâne paraissait plus jeune que celui de la photographie de Jocko. Le crâne de Bizouard est dévasté par une calvitie précoce, tandis que la calvitie du crâne de Jocko n'a pas le même caractère... Et tout en étudiant les différentes calvities qui m'entouraient, je tressaillis à la vue d'un crâne que je ne connaissais pas encore. C'était celui d'une Bille de billard qui, depuis ma réception, n'avait pu prendre part à nos agapes; un étrange soupçon se glissa dans ma tête... Si c'était là le vrai Jocko? me dis-je, éperdu à la pensée des malheurs suspendus sur la tête de l'innocent Bizouard... Et de toute la soirée je ne pus détacher mes regards de ce crâne, je le considérai sur toutes les faces, et j'acquis à la fin la conviction que mes soupçons étaient fondés 1
— Et vous ne m'avez pas prévenu par dépêche ! s'écria Gabassol.
— Je ne croyais pas les choses aussi avancées avec Bizouard. Ce matin je suis sorti pour aller chercher quelques renseignements sur Jocko...
— Gomment se nomme-t-il?
— C'est un prince...
— Un prince !
— Un prince... de la science, le docteur Malbousquet, une des lumières de la faculté.
— Marié ou célibataire?
— Notre président, Bezucheux de la Fricottière, le père de votre ami, n'a pu me le dire.
— Il faut sans tarder commencer les opérations. Vous êtes certain que c'est bien, cette fois, le coupable Jocko?
— Absolument certain, c'était le médecin de M. Badinard; j'ai trouvé ce malin, dans les papiers de la succession, une note d'honoraires pour soins donnés à madame!
- Horreur ! Et il réclamait des honoraires pour ça au mari ! ^ Oui, c'est scandaleux !
- Je serai sans pitié ! dit Cabassol avec solennité.
Sur ce mot, les vengeurs de Badinard commencèrent la discussion du plan d'attaque contre l'affreux docteur Malbousquet.