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La grande mascarade parisienne

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La grande mascarade parisienne
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« Attendez !... en 43, toujours aux chasseurs d'Afrique, une belle arme, en 44, 5,6, 7, 8, et 9 souvenirs embrouillés ; j'étais capitaine, je me souviens de trois Marseillaises qui, à elles trois, pouvaient bien valoir Gachucha, mais que je n'aimai pas simultanémenttandis qu'elle,... Brisons là-dessus ! il y en avait une qui me donna pendant longtemps le petit nom de Bibi; encore, je sus à la fin que ce nom ne m'appartenait pas en propre, qu'il avait servi à de simples civils et qu'en dernier lieu elle le distribuait à un sous-lieutenant et à des capitaines de zouaves ! une Maltaise, dans les moments d'épanchement, me prodigua vers 46 ou 7 des mots d'amitié qui ne ressemblent pas beaucoup à Jocko : si ça peut vou9 intéresser, elle m'appelait mio amore, mio... mio je ne sais plus quoi... Bref pas de Jocko... Ah! attendez!... non, je ne me souviens pas... En 50, quand je passai aux hussards, je fus tenir garnison à Lan-derneau! garnison embêtante... cependant, il y avait lafemme d'un pharmacien qui m'aida à passer de bons moments... J'espère que vous n'êtes pas le pharmacien de Landerneau... dans tous les cas, sivousl'êtes, je m'en fiche et je vous attends!... Bref, ma pharmacienne de Landerneau, — je ne sais plus son petit nom, — qui aimait la gaité, et que je faisais rire à en faire éclater tout Landerneau, — m'appelait son Qobichon! voilà! Le nom est drôle, mais dans ce temps-la, ça voulait dire quelque chose comme petit farceur!...

Le colonel Floquin fut interrompu à cet endroit de ses confidences, par le retour du commissionnaire qui venait chercher sa réponse.

— Enlevez I dit le colonel en lui remettant le phonographe.

Cabassol et M e Taparel attendaient pleins d'anxiété le retour du commissionnaire. Dès qu'ils eurent le phonographe, ils le mirent en mouvement et recueillirent par la sténographie le discours du colonel.

Cabassol poète.

Le phonographe s'arrêta à petit 'farceur et resta muet.

— Ce n'est pas cela, dit Cabassol.

— Parbleu, il s'est arrêté à 1850, répondit le notaire, je vais renvoyer l'instrument.

M e Taparel joignit au phonographe un petit billet ainsi conçu :

« On ne parlait pas de Gobichon ; on avait dit Jocko. On supplie le brave colonel Ploquin de passer une trentaine d'années et de dire si, dans ces derniers temps, il n'était pas Jocko pour les dames!

« Intérêt sacré, que le colonel ne l'oublie pas !

« Une personne en proie aux plus vives inquiétudes. »

— Sainte Cartouche! fit le colonel Ploquin quand il vit revenir le commissionnaire avec le phonographe, vous n'avez pas fini de m'embêter, vous là-bas?

— Faut-il le flanquer à la porte, mon colonel? demanda le brosseur du vieux guerrier.

"I — Oui, mais qu'il apporte son instrument du tonnerre de nom de nom!

— Sainte Cartouche ! reprit le colonel après avoir lu le billet, je ne peux pourtant pas compromettre des femmes du monde! Sacré nom de nom! intérêt sacré ! allons y encore !

Le colonel saisit le phonographe et reprit le cours de ses confidences.

— Sacristi! alors, s'il faut passer une trentaine d'années, il est inutile de vous parler d'une grande dame Milanaise en 59, qui m'appelait... mais non, pas la peine! ni du camp de Ghalons de61, j'étais aux lanciers, alors ni d'un tas de petites femmes; mais sachez que c'est parce que vous me parlez d'un intérêt sacré, sacrebleu! Or puisque vous voulez les dernières, dans le Midi, en 78, l'année que l'on m'a fendu l'oreille, à moi, le plus lapin encore de tous les colonels de hussards, —à part ma sacrée goutte, —dans le Midi,

enfin, où il y a des petites femmes charmantes, du vrai salpêtre, il y en avait une, — non, deux, pas ensemble, mais consécutivement, sacrebleu, je ne vous dirai pas leurs noms, inutile de les compromettre, quoique cependant, leurs petitsnomsça ne fait rien...Clémence et Azurine, toutes les deux brunes, deux nez piquants, des yeux! des mains!

Clémence m'appelait papa, et Azurine qui n'avait pas la bosse du respect, gros papa. Et voilà !

« J'espère maintenant que vous allez me ficher la paix!

Le brosseur du colonel enveloppa méthodiquement le phonographe et le remit au commissionnaire.

Le brave colonel croyait être quitte avec ces dernières confidences, mais le phonographe revint encore accompagné d'un troisième billet.

« Ce n'est pas encore cela ! revenons à Jocko, personne ne vous a donc jamais appelé Jocko ? Jocko, entendez-vous, rien que Jocko? »

Une personne désespérée d'être forcée de se montrer si importune.

— Sainte Cartouche ! hurla le colonel dans le phonographe, voulez vous insinuer que je ne suis qu'un vieux singe! à part ma sacrée goutte, j'ai bon pied, bon œil et bonne garde! Vous m'embêtez! Zut! Et si vous n'êtes pas content, envoyez vos témoins!

Sur ce, le brosseur du colonel remit le phonographe au commissionnaire et le mit à la porte avec un grand coup de balai dans le dos.

— Que vous disais-je? s'écria Cabassol, quand le notaire eut fait dire et redire au phonographe la réponse du bouillant colonel. Vous voyez, le colonel est innocent, jamais personne ne lui a donné le nom de Jocko ! il faut renoncer à découvrir cet introuvable Jocko...

— Renoncer! y pensez-vous? répondit sévèrement M e Taparel. Renoncez-vous à la succession? Non, eh bien, exécutez toutes les volontés du testateur ! D'ailleurs le champ de nos investigations se rétrécit peu à peu, nous finirons par tomber juste!

IX

Échantillon de poésie darwlniste pour la Revue préhistorique. — La bibliothèque ambulante de M. Poulet-Golard. — Collections de cailloux de l'âge de pierre et de photographies de l'âge du faux chignon.

Le jour du dîner hebdomadaire du club des Billes de billard, attendu avec tant' d'impatience par M° Taparel, arriva enfin et le notaire put reprendre ses laborieuses recherches. Il porta ses soupçons sur différents crânes et

après les avoir étudiés longuement, après les avoir comparés à la photographie du coupable, il interrogea avec adresse le président Bézucheux sur leur compte. Peu à peu les renseignements obtenus sur l'un de ces crânes prirent corps et M 9 Taparel sentit naître en lui un vif espoir.

— Ce petit père là, disait le président Bézucheux, c'est le fameux savant Poulet-Golard, le directeur de la Revue préhistorique, ancien professeur de linguistique antédiluvienne au collège do France, membre de l'Institut, etc., et de plu* un gaillard! Quelle belle Bille de billard! Ce savant qu'à première vue vous pourriez croire aussi desséché qu'un vieux silex, fait explosion de temps en temps et se repose de ses travaux historiques par de folles cas-casdes... il partage sa vie entre ses cailloux de l'âge de pierre, et des petites dames qui n'en sont pas...

Le crâne du vieux savant était plus dénudé que celui de la photographie, mais ce déboisement pouvait ôtre récent, vu les nombreux et fatigants travaux dont M. Poulet-Golard était accablé.

— Drôle de tétel dit le notaire, ses favoris poivre et sel sont bizarrement arrangés...

— Comment, vous ne savez pas? M. Poulet-Golard, persuadé que l'homme descend du singe en droite ligne, cherche à en être une preuve vivante... tous Jes jours, devant son miroir, il se fait sa tête pour ressembler à un vieux chimpanzé...

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