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La grande mascarade parisienne

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La grande mascarade parisienne
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— C'est bien simple, dit Cabassol , notre ennemi est médecin, je vais

Le docteur pas»

a In polion sous lo nez de Cabassol.

m'introduire chez lui en qualité de malade, je vais aller le consulter. Quand je serai dans la place, j'étudierai son point faible.

— Parfait, dit M me Taparel, je vais vous donner une lettre de re -commandation pour lui.

L'honorable notaire se mit à son bureau et écrivit rapidement les lignes suivantes :

Mon cher confrère en calvitie,

Je me permets de vous adresser un jeune homme de mes amis, un garçon charmant, qui se trouve hélas ! depuis longtemps, dans un état de santé déplorable sans en avoir l'air.

Abandonné des médecins dans son pays, en proie à la plus profonde mélancolie, je dirai même au marasme, il donne de graves inquiétudes à sa famille.

Vous seul, prince de la science, pouvez le sauver, je vous l'envoie avec COU' fiance, faites un miracle !

La Bille-de-Billard,

Taparel.

Muni de cotte lettre de recommandation, Cabassol se rendit le jour même chez le docteur Malbousquet. Dix-sept personnes attendaient dans le salon l'instant redoutable de la consultation, mais Cabassol n'eut qu'à faire passer la lettre de M 0 Taparel pour être introduit immédiatement dans le cabinet du docteur.

L'homme qui cumulait les deux qualités de prince de la science et de Bille de billard était grand et gros; boutonné jusqu'au menton dans sa longue redingote ainsi qu'il sied à un membre important de la Faculté, toute sa personne respirait la froideur et la solennité : son front dénudé de Bille de billard était solennel, son nez était solennel, son menton grave était solennel, ses favoris poivre et sel s'allongeaient en côtelettes avec solennité.

Cabassol se donna l'air aussi intéressant que possible pour soutenir l'examen du docteur, il pencha la tête et regarda le sol avec mélancolie.

— Où souffrez-vous? demanda le docteur.

— Partout, soupira Cabassol.

— La tête?

Il passa deux heures à Loiro

— Lourde. de la chartreuse.

— Et au cœur? que ressentez-vous.

— Des battements!

Cabassol malade.

— Diable ! Et l'estomac?

— Horrible. Pas d'appétit, je bois et je mange seulement par habitude.

— Diable! voyons le pouls? C'est extraordinaire, il n'est pas mauvais.

— En reviendrai-je? demanda Cabassol d'un air inquiet.

— Soyez tranquille, nous vous soignerons. Votre état me paraît d'autant plus grave que chez vous la nature ne donne que des indications vagues sur lesquelles il serait difficile d'asseoir un diagnostic à première vue. Vous êtes atteint d'une anémie arrivée au dernier degré, compliquée de phénomènes nerveux généraux, de troubles profonds dans les régions du cœur et de l'estomac. En un mot nous sommes en présence d'une diathèse générale ou plutôt votre organisme, aussi délabré et aussi fatigué que possible, a pour ainsi dire synthétisé une foule d'affections diverses qui se combinent de façon à former des sous-affections dérivées des... enfin c'est pour la science un très beau cas, que je remercie M. Taparel de m'avoir envoyé. Je vais étudier votre maladie et combattre pied à pied.

Miradoux malade.

Ce disant le docteur Malbousquet prit une plume et griffonna de nombreuses lignes.

— Voici mon ordonnance, prenez ce que je vous indique et revenez me voir demain à la même heure.

Cabassol remercia le docteur et se retira. Dans l'antichambre, il rencontra Miradoux qui venait aussi pour consulter.

11 vida îa potion dans la Seine.

— Comment, vous aussi? dit-il tout bas.

— Je veux, pour aller plus vite, réunir tous les renseignements qui vous seront nécessaires, répondit le consciencieux Miradoux. A ce soir.

Le docteur Malbousquet avait généreusement attribué à son client une forte quantité de pharmacie. Cabassol avait deux potions à prendre par cuillerées à bouche de deux heures en deux heures, une tasse de quelque chose à avaler matin et soir, et des frictions à subir.

Il déchira l'ordonnance en petits morceaux et s'en fut chez M e Taparel pour attendre Miradoux.

Celui-ci revint au bout de trois heures avec une ordonnance et quelques petits renseignements obtenus des domestiques.

Le docteur Malbousquet était marié, sa femme était à la campagne, mais elle devait revenir à Paris sous trois ou quatre jours.

Cabassol retourna le Lendemain à la consultation. Le domestique prévenu le fit entrer tout de suite clans le cabinet du docteur.

— Eh bien? demanda M. Malbousquet, avez-vous pris tout ce que je vous avais ordonné?

— Tout! répondit Cabassol.

— Et le résultat?

— Ça va plus mal.

Le docteur prit la main de Cabassol pour consulter le pouls.

— En effet, dit-il, mais cela ne durera pas, l'attaque soudaine et simultanée de vos diverses affections a provoqué un trouble passager, nous allons continuer la médication dans le même sens, sans nous laisser effrayer par ces phénomènes inexpliquables.

Et le docteur refit encore une ordonnance plus longue et plus compliquée que la première.

— A demain.

Cabassol rencontra encore Miradoux en sortant.

— Madame Malbousquet a trente-buit ans, glissa-t-il dans l'oreille de son complice.

— C'est beaucoup, fit Cabassol, mais baste! c'est le bel âge de la femme, ce n'est pas le printemps, mais c'est encore l'été... saison plantureuse!...

Quand il revint pour la troisième consultation. Cabassol répondit encore aux questions du docteur que son état paraissait s'aggraver.

— Ça va plus mal? je m'en doutais, la maladie se défend, mais patience, nous en viendrons à bout.

— Que dois-je faire maintenant?...

— Pour le moment, attendez !...

Le docteur Malbousquet prit une grosse fiole posée sur son bureau, l'agita fortement, la déboucha, la flaira avec des mouvements de narines caressants et la passa ensuite sous le nez de Cabassol.

— Sapristi que ça sent mauvais ! murmura Cabassol.

Vous m'en direz des nouvelles, j'ai préparé cela moi-même, répondit le docteur en versant une pleine cuillerée de potion, tenez, avalez-moi ça!

Cabassol fit un saut en arrière, il ne s'attendait pas à celle-là. Passe encore pour des ordonnances qu'il jetterait au feu, mais ingurgiter réellement des potions, cela dépassait ses intentions.

— Hein? fit sèchement le docteur, j'aime les malades dociles, si vous reculez devant les médicaments que j'ordonne, vous ne guérirez jamais!

— Pardon, c'est que...

— Quand on est dans votre état, mon pauvre ami, on doit s'en remettre

Madame Malbousquct.

les yeux fermés à la Faculté... vous allez me prendre une cuillerée à bouche de celte potion et continuer d'heure en heure... allons! Il n'y avait pas moyen de lutter, le docteur avançait sa cuillerée jusque sous le nez de Gabassol, notre pauvre ami ferma les yeux et avala...

— Pouah ! fit-il avec une affreuse grimace.

— Bah! ce n'est pas exquis, mais c'est souverain, je n'ai pas cru qu'il fut néces saire de noyer ma mixture dans le sirop dont les pharmaciens abusent, mais vous vous y habituerez. Emportez la fiole... d'heure en heure, vous m'entendez bien, et agitez éner-giquement! à demain.

Miradoux était encore à la consultation. Gabassol [en sortant ne fit pas attention à ses signaux, il avait hâte de faire passer avec des liqueurs quelconques l'affreux goût de la potion du prince de la science.

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