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Les monades urbaines [The World Inside - fr]

Электронная книга - «Les monades urbaines [The World Inside - fr]». Краткое содержание книги:

L’an 2381.
La Terre porte 70 milliards d’êtres humains, dont la devise est : Croissez et multipliez.
70 milliards d’humains qui croient avoir atteint l’utopie.
Qui vivent dans des tours de mille étages, les monades urbaines.
Qui jouissent d’une totale liberté sexuelle.
Qui ne quittent jamais leurs villes verticales et qui explorent rarement un autre étage que le leur.
Le bonheur règne sur Terre.
Qui en doute est malade. Qui est malade est soigné.
Qui est incurable est exécuté.
Dieu soit loué !
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— Artha. Artha. Artha.

Ce sont des grognements primitifs. Son corps s’arque sous le sien. La petite bande de tissu rouge est roulée en boule. Il aperçoit furtivement un triangle brun entre les deux longues cuisses fuselées. Le ventre plat, presque enfantin, qui n’a jamais porté d’enfant. Si seulement il pouvait s’extirper de ses propres vêtements, tout en la maintenant sous lui. Elle se bat comme une diablesse. Heureusement que cette fois elle n’est pas venue armée. Attention, les yeux ! Leurs souffles se mélangent. Une rafale sauvage de coups de poing. Le goût légèrement salé du sang sur ses lèvres. Il plonge son regard dans le sien, et il est effrayé. Ses yeux lancent des éclairs meurtriers. Une femme sauvage ! Mais plus elle se défend, plus il a envie d’elle. Si c’est ainsi qu’elle se bat, comment fait-elle l’amour ? Son genou s’insère entre ses cuisses, les forçant à s’écarter. Elle va pour crier, mais il lui ferme la bouche de la sienne. Des dents pointues cherchent à le mordre. Des ongles lui labourent le dos. Elle est étonnamment forte.

— Artha, supplie-t-il, ne me repoussez pas. C’est de la folie. Si seulement vous…

— Animal !

— Laissez-moi vous montrer comme je vous aime…

— Fou ! Fou !

Soudain un genou se glisse entre ses jambes et remonte vivement. Il pivote sur lui-même, évitant l’attaque, mais pas suffisamment. Les larmes lui montent aux yeux. Ce n’est pas un jeu. S’il la veut vraiment il lui faudra briser sa résistance. L’immobiliser. Mais alors, cela revient à la violer ? Non. Non. Ils ont fait fausse route. La tristesse l’envahit. Son désir le quitte aussitôt. Il roule sur lui-même. La respiration lourde, le visage tourné vers le sol, il reste à genoux devant la fenêtre. Allez-y, allez dire aux vieillards ce que j’ai fait. Donnez-moi à votre dieu. Artha s’est redressée. D’un air maussade, elle remet sa jupe. Il entend le son rauque de son souffle.

— Dans une monade urbaine, explique-t-il, sans oser la regarder, on considère qu’il est hautement interdit de se refuser à quelqu’un qui vous fait des avances. (La honte fait trembler sa voix.) Vous me plaisez, Artha. J’ai pensé que vous étiez à moi. Et puis après, il était trop tard ; je ne pouvais plus m’arrêter. Rien qu’à l’idée que quelqu’un puisse se refuser à moi… Je ne pouvais pas comprendre…

— Quels animaux vous devez être, tous autant que vous êtes !

Il est incapable de croiser son regard.

— Dans le contexte urbain, cela peut se comprendre. Nous ne pouvons tolérer des situations frustrantes qui peuvent être explosives. Les conflits sont trop dangereux. Par contre ici… c’est différent, n’est-ce pas ?

— Très.

— Pourrez-vous me pardonner ?

— Nous ne nous accouplons qu’avec ceux que nous aimons vraiment, dit-elle. Nous ne nous ouvrons pas sur demande. Ce n’est pas une chose simple pour nous. Il y a les rituels d’approche. Il faut des intermédiaires. C’est très compliqué. Mais comment auriez-vous pu le savoir ?

— Exactement. Comment aurais-je pu ?

Sa voix vibre d’irritation et d’exaspération.

— Nous nous entendions si bien ! Pourquoi a-t-il fallu que vous me touchiez ?

— Vous l’avez dit vous-même. Je ne savais pas. J’ignorais. Nous étions tous les deux – je me sentais attiré passionnément vers vous – c’était naturel pour moi de…

— C’était aussi naturel pour vous d’essayer de me violer quand je vous ai résisté ?

— Je me suis arrêté avant, vous devez le reconnaître.

Elle a un rire amer.

— C’est une façon de parler. Si vous appelez ça vous arrêter à temps !

— J’ai eu beaucoup de mal à comprendre votre résistance, Artha. Je croyais que vous jouiez avec moi. Au début, je n’ai pas réalisé que vous vous refusiez vraiment. (Il ose enfin lui faire face. Ses yeux sont à la fois méprisants et tristes.) C’était un malentendu. Artha, ne pouvons-nous revenir en arrière, d’une demi-heure ? Essayer de faire comme si rien ne s’était passé ?

— Je ne pourrai jamais oublier vos mains sur moi. Je ne pourrai oublier que vous m’avez déshabillée.

— Ne soyez pas rancunière. Essayez de comprendre mon point de vue. Ce gouffre entre nos deux cultures. Nous avons tous les deux… euh… je… (Elle secoue lentement la tête. Aucun espoir qu’elle oublie.) Artha…

Elle sort. Micael se laisse tomber sur le sol poussiéreux. Une heure plus tard, le dîner arrive. La nuit approche. Il mange sans prêter attention à la nourriture. L’amertume et la honte le torturent. Et pourtant, il sait bien que ce n’était pas entièrement sa faute. C’était tellement naturel pour lui. Tellement naturel. La tristesse l’étreint ; ils étaient si proches l’un de l’autre juste avant. Si proches.

Quelques heures après le coucher du soleil, une soudaine activité sur la place. On construit un nouveau bûcher. Micael regarde les préparatifs d’un œil lugubre. Elle est donc allée voir les chefs et leur a parlé de sa conduite. Ils l’ont consolée et lui ont promis une vengeance pour la laver de l’outrage. Ils vont certainement le sacrifier à leur dieu. C’est sa dernière nuit. Tout le désordre de sa vie convergeant en un seul jour. Personne pour lui accorder un dernier souhait. Il va mourir misérablement, le corps sale. Loin de chez lui. Si jeune. Encore vibrant de désirs inassouvis. Sans avoir jamais vu la mer.

Et ça, qu’est-ce que c’est maintenant ? Une machine agricole s’approche du feu. C’est un engin énorme ; cinq mètres de haut, huit bras longs et articulés, six pattes et une immense bouche. Une sorte de moissonneuse sans doute. La carrosserie d’un métal brun poli reflète les jeux échevelés des flammes. Une idole fantastique et puissante. Moloch. Baal. Il se voit soulevé par les bras métalliques. Sa tête approche de la bouche béante. Autour, les villageois martèlent un rythme étrange et obsédant. Milcha, grosse et meurtrie, chante en pleine extase tandis qu’il plonge dans l’embouchure sombre et funeste. La glaciale Artha vient se joindre au chœur. Son sacrifice restaurera sa pureté. Les prêtres marmonnent quelque chose d’incompréhensible. Oh, non, je vous prie. Non. Mais peut-être se trompe-t-il. La nuit dernière, pendant la danse de la stérilité, il avait bien cru qu’ils punissaient la femme enceinte. En fait, c’était elle qui était honorée. Mais dieu soit loué, que cette machine a l’air méchant ! Menaçante ! Maintenant la place s’est entièrement remplie.

Il va se passer un événement important.

Artha. Ce n’était qu’un malentendu. Je croyais que vous aviez envie de moi comme j’avais envie de vous. J’agissais dans le contexte moral de ma culture, ne comprenez-vous pas ? Chez nous, le sexe n’est pas considéré comme quelque chose de compliqué. C’est comme… un sourire échangé avec un inconnu. Comme se toucher la main. Quand deux personnes sont ensemble et qu’elles se plaisent, eh bien, elles font l’amour. Pourquoi ? Pourquoi pas ? Je voulais simplement vous donner du plaisir. Vraiment. Nous nous entendions si bien.

Le son des tambours. Les atroces grincements des instruments à vent faits de bric et de broc. La danse orgiaque a commencé. Dieu soit loué, je veux vivre ! Les officiants, hommes et femmes, entrent cachés derrière leurs masques cauchemardesques. Il n’y a plus de doute, le spectacle a commencé. Et cette fois, c’est moi qui suis le clou de la soirée.

Une heure passe. Une autre passe encore. Sur la place la foule est de plus en plus frénétique, mais personne n’est encore venu le chercher. Se serait-il trompé encore une fois ? La fête de cette nuit le concerne-t-elle aussi peu que celle d’hier soir ?

Du bruit derrière lui. On ouvre la porte de sa cellule. Les prêtres viennent le prendre. Alors la fin est proche, n’est-ce pas ? Il tente de se calmer, se souhaitant une mort indolore. Il cherche des raisons métaphoriques à sa mort – elle sera un lien mystique unissant la commune à Monade Urbaine 116. Cela lui paraît bien improbable, et pourtant il ne peut s’empêcher d’y croire un peu.

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