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Le clan de l'ours des cavernes

Электронная книга - «Le clan de l'ours des cavernes». Краткое содержание книги:

Il y a 35.000 ans, la terre se réchauffe lentement, alors que l’homme se dégage peu à peu de la bête, maîtrise l’outil et le feu. Une fillette de 5 ans, nommée Ayla, échappe à un tremblement de terre. Elle se réfugie auprès d’un clan étranger qui l’adopte.
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Dans le clan, les chasseurs ne s’agressaient jamais physiquement ; ce traitement était réservé aux femmes, incapables de comprendre des remontrances exprimées de manière plus subtile. L’énergie bouillonnante des jeunes gens se dépensait lors de tournois de lutte, de concours de lancer de l’épieu ou encore dans les compétitions de tir à la fronde et aux bolas à l’occasion desquels ils en profitaient pour perfectionner leur adresse à la chasse. Broud, presque aussi surpris que Zoug par sa propre audace et mesurant la gravité de son geste, se détourna, rouge de honte.

— Broud !

Tel un grondement rauque, le nom sortit de la bouche de Brun. Broud leva la tête craintivement. Jamais de sa vie il n’avait vu Brun dans une telle colère. Le chef s’approcha de lui d’un pas lourd et décidé et, en quelques gestes rapides et précis, se mit en devoir de le tancer vertement.

— Cette manifestation de mauvaise humeur on ne peut plus puérile est impardonnable ! Si tu ne te trouvais déjà au dernier rang des chasseurs, je t’y aurais relégué sur-le-champ. Qui t’a demandé de te mêler de la leçon de Vorn ? T’ai-je chargé de son entraînement ? (Les yeux du chef étincelaient de fureur.) Et tu te prétends chasseur, alors que tu ne peux même pas te comporter comme un homme ! Vorn sait mieux se contrôler que toi. Une femme a plus de discipline que toi. Est-ce ainsi que tu entends mener tes hommes le jour où tu seras chef ? Si tu es incapable de bien te conduire toi-même, comment peux-tu prétendre conduire le clan un jour ? Zoug a raison, tu n’es qu’un gamin qui se prend pour un homme.

Broud était mortifié. Jamais il n’avait subi de réprimande aussi sévère, et qui plus est, devant les chasseurs et devant Vorn. Jamais il ne parviendrait à faire oublier cette scène humiliante. Il aurait préféré affronter un lion des cavernes plutôt que d’encourir la colère de Brun. Et de la colère, Brun en manifestait d’autant plus rarement que l’harmonie régnait dans le clan, auquel il donnait un exemple de dignité, de sagesse et de rigueur personnelle. Jamais Brun n’avait à élever la voix ; il savait se faire obéir d’un seul regard appuyé. Broud, tout honteux, baissa humblement la tête.

Après avoir jeté un coup d’œil en direction du soleil, Brun donna le signal du départ. Témoins gênés d’une semonce aussi sévère, les autres chasseurs se sentirent soulagés de partir et se mirent à leur place derrière leur chef qui prit à vive allure le chemin de la caverne. Le visage encore cramoisi, Broud terminait la marche.

Ayla s’aplatit sur le sol, sans bouger, sans même oser respirer, paralysée de peur à l’idée que les hommes viennent à la découvrir. Elle savait qu’elle avait assisté à une scène qu’aucune femme n’avait le droit de surprendre. Broud n’aurait jamais été réprimandé de la sorte devant une femme. Quels que fussent les reproches qu’ils avaient à se faire, les hommes restaient fraternellement solidaires les uns des autres face à la gent féminine. Mais cette algarade avait fait découvrir à la petite fille tout un aspect de la vie des hommes qu’elle n’avait jamais envisagé. Ils n’étaient donc pas des êtres tout-puissants et jouissant de l’impunité, ainsi qu’elle l’avait toujours cru. Ils étaient eux aussi obligés d’obéir à des ordres et pouvaient également se faire réprimander. Seul Brun semblait au-dessus de toute loi et de tout homme. Ayla ne pouvait s’imaginer combien Brun, plus que quiconque, se trouvait soumis à de lourdes contraintes : celles des us et coutumes du clan et celles, imprévisibles, que lui imposaient les esprits mystérieux et son propre sens des responsabilités.

Ayla resta cachée longtemps après le départ des hommes, redoutant leur retour à tout instant. Et c’est toute tremblante qu’elle osa enfin sortir des buissons. Si elle n’était pas encore réellement à même de mesurer toutes les conséquences de sa nouvelle perception des hommes, une chose au moins était claire : elle avait vu Broud aussi soumis qu’une femme, et cela lui avait procuré un vrai plaisir, car elle en était venue peu à peu à détester l’arrogant jeune homme qui ne manquait jamais de l’admonester durement et de la frapper pour de prétendus manquements à la discipline dont elle ne se sentait pas coupable. Elle avait beau accourir à ses ordres et accomplir tout ce qu’il lui commandait, jamais il n’était satisfait d’elle.

Ayla traversait la clairière en songeant encore à l’incident quand elle aperçut à ses pieds la fronde que Broud avait jetée dans sa rage. Personne n’avait pensé à la ramasser avant de partir. Elle la contempla sans oser la toucher. C’était une arme, et elle avait bien trop peur de Brun pour commettre une faute qui lui attirerait sa terrible colère. Il lui revint en mémoire le début de la scène, quand les hommes étaient rassemblés autour de Zoug qui prodiguait à Vorn ses conseils, et la difficulté du petit garçon à tirer. Est-ce vraiment si difficile ? se demanda-t-elle. Si Zoug me montrait comment faire, serais-je capable de tirer ?

Ayla pâlit devant la témérité de ses propres pensées, jetant autour d’elle des regards inquiets pour s’assurer qu’elle était bien seule. Puis elle se baissa pour ramasser la fronde. A peine eut-elle en main l’arme au cuir souple et usé qu’elle prit conscience du châtiment qui l’attendait si elle venait à être surprise. Elle revit Broud essayer de toucher le poteau, la grimace moqueuse de Zoug comme le présomptueux manquait sa cible, et une lueur espiègle s’alluma dans ses yeux.

Comme Broud enragerait s’il me savait capable de réussir là où il échoue ! Elle aurait aimé le battre à toutes les disciplines. Mais l’ombre de Brun la retenait encore. Brun serait furieux, pensa-t-elle. Et Creb ne serait pas content de moi. Et Broud me battrait, c’est certain. Il tiendrait enfin un bon prétexte pour le faire. Il serait fou de rage s’il savait que je l’ai vu baisser la tête comme une femme. De toute façon, le mal est fait, j’ai touché à une arme. Mon crime serait-il plus grand si je l’essayais ? Déchirée entre son désir d’essayer la fronde et la crainte du châtiment, Ayla était sur le point de la jeter quand ses regards se posèrent sur la pile de cailloux. La tentation était trop forte. Elle s’assura une fois encore qu’elle était bien seule et se dirigea vers le monticule de galets ronds.

Ayla en ramassa un, en s’efforçant de se rappeler les instructions de Zoug. Elle prit les deux extrémités de la fronde qu’elle tint fermement ensemble. La bande de cuir pendait tristement. Ayla ne savait comment faire pour placer le caillou dans la légère poche réservée à cet effet. Elle se sentait horriblement maladroite et, plusieurs fois de suite, la pierre tomba à peine eut-elle esquissé un geste. Elle se concentra intensément sur ce qu’elle faisait en essayant de se remémorer la démonstration du vieil homme. Elle fit une nouvelle tentative qui faillit réussir, mais le caillou roula par terre encore une fois. Au coup suivant, elle réussit à projeter le galet quelques pas plus loin. Après plusieurs essais malheureux, elle parvint à lancer une seconde pierre. Elle renouvela ses tentatives jusqu’au moment où son projectile fila droit vers la cible, mais bien au-dessus. Ayla avait attrapé le coup de main. Les essais suivants révélèrent de nouveaux progrès. Enfin, elle lança son dernier caillou. Il toucha le poteau avec un bruit mat et rebondit tandis qu’Ayla sautait de joie.

Elle avait fini par y arriver ! C’était un pur hasard, un coup de chance extraordinaire, mais cela n’entama pas son enthousiasme. Elle voulut rééditer son exploit, mais elle tira trop court. Peu importe, elle avait réussi une fois, et elle était persuadée de réussir encore.

Elle s’apprêtait à reconstituer sa pile de galets quand elle s’aperçut que le soleil était déjà proche de l’horizon. Elle s’empressa de fourrer la fronde dans les replis de son vêtement, se précipita vers les merisiers dont elle arracha l’écorce à l’aide d’une pierre tranchante, puis courut vers la caverne aussi vite qu’elle put, ne s’arrêtant qu’aux abords de la mare pour reprendre le maintien réservé aux femmes. Elle ne tenait aucunement à donner de nouveau prétexte à une éventuelle semonce. Son retour tardif suffisait amplement.

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