Le clan de l'ours des cavernes
- Автор: Ауэл Джин М.
- Серия: Les enfants de la Terre #1
- Год: 2002
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-258-05932-1
- Переводчик: Philippe Rouard
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Le clan de l'ours des cavernes». Краткое содержание книги:
Elle musarda ainsi dans les collines boisées une bonne partie de la matinée puis, s’étant soudain aperçue de l’heure tardive, elle décida de regagner directement la clairière aux merisiers. Comme elle s’en approchait, elle perçut des bruits de voix et entrevit à travers les arbres la silhouette des hommes se livrant à quelque activité. Elle s’apprêtait à faire demi-tour quand elle se rappela l’écorce de merisier, et un instant elle hésita. Les hommes ne seraient pas contents de me surprendre dans le coin, pensa-t-elle. Brun ne manquerait pas de me réprimander, mais Iza a besoin de son écorce. Peut-être qu’ils ne tarderont pas à rentrer. Je me demande ce qu’ils sont en train de faire, tout de même. Elle s’avança à pas de loup et se cacha derrière le large tronc d’un grand arbre pour observer à travers les buissons enchevêtrés ce qui se passait.
Les hommes s’entraînaient au lancer en prévision de la prochaine chasse. Ayla se rappela les avoir vus confectionner de nouvelles lances. Ils avaient commencé par abattre de jeunes arbres aux troncs minces, souples et bien droits, dont ils avaient élagué toutes les branches ; puis ils en avaient durci au feu l’extrémité, pour ensuite les tailler en pointe et les aiguiser à l’aide d’un grattoir en silex. Ayla frémissait encore au souvenir de la réprobation générale qu’elle avait provoquée en osant toucher l’un de ces épieux.
Il était strictement interdit aux femmes de toucher les armes, lui apprit-on ce jour-là, ainsi que les outils utilisés pour leur fabrication. Ayla ne voyait pourtant aucune différence entre un couteau servant à couper le cuir destiné à confectionner une fronde et celui servant à tailler un vêtement. La lance que sa main avait souillée fut brûlée, pour la plus grande irritation du chasseur qui l’avait fabriquée. Creb et Iza l’avaient soumise par gestes à une longue réprimande dans le but d’ancrer dans sa conscience l’abomination de son acte. Les femmes étaient consternées devant une telle audace ; quant à Brun, son regard noir en disait long sur sa réprobation. Mais ce fut le malin plaisir que prit Broud à la voir accablée de reproches qui ulcéra particulièrement Ayla.
La fillette observait, mal à l’aise, la scène qui se déroulait derrière l’écran de broussailles. Outre leurs lances, les hommes avaient emporté leurs autres armes. A l’exception de Dorv, de Grod et de Crug en grande discussion sur les mérites comparés de la lance et de la massue, la plupart des hommes s’entraînaient à la fronde. Vorn se trouvait parmi eux depuis que Brun l’avait estimé en âge d’apprendre le maniement de cette arme, sous la conduite de Zoug.
Zoug montrait à Vorn comment tenir ensemble les deux extrémités de la bande de cuir et comment placer le caillou. Il avait préféré utiliser une fronde passablement usée dont il avait raccourci les deux bouts pour l’adapter à la petite taille de son élève.
Ayla, tout attentive, se sentit rapidement captivée par la leçon de Zoug, et elle suivit avec autant d’intérêt que le jeune garçon les explications du vieil homme. Au premier essai de Vorn, la fronde s’emmêla et le caillou tomba à ses pieds. Le garçon semblait avoir le plus grand mal à donner le coup de poignet indispensable pour faire tournoyer la fronde et lui donner ainsi la force nécessaire à la projection violente du caillou.
Légèrement à l’écart, Broud observait Vorn. Le garçon lui vouait une véritable adoration. C’était Broud qui lui avait fabriqué sa première lance, dont il ne se séparait jamais, même pour dormir, et qui lui avait appris à s’en servir en le traitant d’égal à égal. Or, voilà qu’à présent Vorn reportait son admiration sur le vieux chasseur, au grand dépit de Broud. Après que Vorn eut échoué plusieurs fois, Broud interrompit la leçon.
— Attends, Vorn, je vais te montrer comment il faut s’y prendre, déclara Broud en écartant du coude le vieil homme.
Zoug recula, foudroyant du regard l’arrogant jeune homme. Chacun, médusé, se figea. Brun était furieux de l’insolence de Broud envers le meilleur tireur à la fronde du clan. C’était la raison pour laquelle il avait confié au vieil homme le soin d’initier Vorn à cette discipline. Le jeune garçon devait recevoir le meilleur enseignement, et Broud savait que la fronde n’était pas son arme favorite. Broud devait apprendre qu’un bon chef utilisait au mieux le talent de chaque homme. Zoug était non seulement le plus apte à former Vorn mais encore avait-il le temps de le faire pendant que les autres chasseurs étaient en expédition. Broud commence à se montrer un peu trop prétentieux et arrogant sous prétexte qu’un jour il sera chef, se dit-il.
Broud prit la fronde des mains de l’enfant, ramassa un caillou, le plaça au creux du cuir, et tira aussitôt. Il visa trop court et le caillou tomba bien avant d’avoir atteint la cible. A la fois furieux et vexé d’avoir manqué son coup, Broud prit une autre pierre et la lança précipitamment pour bien montrer toute sa dextérité au maniement de la fronde. Il sentait tous les regards braqués sur lui. La fronde était plus courte que celle à laquelle il était habitué ; la pierre partit beaucoup trop à gauche et atterrit aussi loin du but que la première fois.
— As-tu toujours l’intention de faire une démonstration à Vorn ou bien préfères-tu prendre toi-même quelques leçons à sa place, Broud ? lui demanda ironiquement Zoug. Je peux rapprocher la cible, si tu veux.
Broud s’efforça de garder son sang-froid, furieux de se voir tourné en ridicule et d’avoir encore raté son objectif. Il lança une autre pierre, mais cette fois-ci l’envoya trop loin.
— Si tu veux bien attendre que j’en aie terminé avec Vorn, je me ferai un plaisir de te donner une leçon à toi aussi, insista Zoug, sarcastique. Tu en aurais besoin à ce que je vois.
— Comment Vorn peut-il apprendre à tirer avec cette fronde pourrie ? lança Broud en jetant l’arme par terre d’un air dégoûté. Personne ne pourrait tirer convenablement avec ça. Vorn, je vais te fabriquer une nouvelle fronde. Tu n’apprendras jamais rien avec une vieillerie pareille appartenant à un vieillard qui n’est même plus capable de chasser !
Alors Zoug se mit réellement en colère. Il avait été longtemps second avant de céder la place au fils de sa compagne et il se sentait profondément blessé dans son orgueil par la remarque insolente de Broud. Par ailleurs, tout chasseur souffrait dans sa fierté de ne plus avoir la force d’accompagner les jeunes hommes aux grandes chasses dans les steppes. Enfin Zoug, qui avait à cœur d’être utile au clan, s’était durement entraîné au tir à la fronde pour devenir le fin tireur qu’il était et un honnête pourvoyeur de petit gibier.
— Mieux vaut être un vieillard qu’un gamin qui se prend pour un homme, répliqua Zoug.
L’affront infligé à sa virilité était plus que Broud n’en pouvait supporter. Hors de lui, incapable de se contrôler davantage, il bouscula violemment le vieil homme. Surpris, Zoug perdit l’équilibre et tomba lourdement à la renverse, regardant autour de lui d’un air stupéfait. Ce geste était bien la dernière chose à laquelle il se serait attendu.