Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
READ-E-BOOK » Военная проза » Les salauds ont la vie dure
Les salauds ont la vie dure - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Les salauds ont la vie dure

Электронная книга - «Les salauds ont la vie dure». Краткое содержание книги:

Le grand roman noir et rouge de la France de l'Occupation, celui aussi de la révolte aveugle, de la rébellion et de l'horreur. Un voyou parisien, devenu résistant malgré lui à la suite d'un crime passionnel, mène sa guerre personnelle face à l'autorité, aux polices française et allemande, à la milice et aux troupes nazies.
Feuilletons, romans d'aventure, BD endiablées, sérials comico-héroïques, chroniques tragiques d'une époque, petite histoire des Français, Les salauds ont la vie dure et sa suite, Le Festival des macchabées, sont tout cela et plus encore.
La multiplicité des talents littéraires d'André Héléna, son imagination, son sens de l'action, la pluralité de son écriture, l'acuité du regard font de cette saga unique une épopée hors du commun, dont la pertinence historique n'a rien à envier à celles des chroniques les plus averties. L'histoire vue par l'autre bout de la lorgnette, et un chef-d'œuvre d'un genre littéraire n'appartenant qu'à son auteur.
1 ... 46 47 48 49 50 51 52 53 54 ... 93
Перейти на страницу:

J’étais couché dans l’herbe rase du fossé, dans ce coin curieux de la banlieue de Perpignan qui s’appelle Les Hortes et qui ressemble à un de ces coins de campagne qu’on retrouve dans les estampes du XVIIIe siècle. Ce ne sont que de vieilles maisons moussues, des ruisselets qui serpentent à travers les jardins et des régiments d’arbres fruitiers. Je suis sûr qu’au printemps ou en été ça doit être gentil, ici.

Mais pour l’instant, dans ce déchaînement forcené des éléments, ça n’avait rien de croquignolet.

Je m’étais planqué là et je fumais tranquillement ma cigarette, relativement à l’abri parce que Monsieur Antoine Pourguès, chef local de la Milice, était venu visiter une maison qu’il possédait là. De l’endroit où j’étais, je ne pouvais pas le manquer lorsqu’il sortirait du jardin pour rentrer à Perpignan.

Oh ! je ne caressais aucun espoir. Tel qu’il était là, je ne pouvais pas l’avoir. Il n’était pas fou, le gars, il était méfiant, il ne sortait jamais qu’avec une équipe de gardes du corps. Ici, par exemple, ils étaient six autour de lui. Et serrés comme une botte de poireaux. On pouvait tirer dans le tas, bien sûr, mais on n’était pas certain d’atteindre précisément le bonhomme et d’ailleurs je ne tenais pas à recommencer à Perpignan, qui n’était pas Lyon, la corrida du quai Saint-Paul. Là-bas, il y avait des ressources, mais ici, pour se planquer, peau de balle, et le lendemain on serait reconnu en pleine rue par vingt-cinq personnes.

Je commençais à en avoir plein le dos, et comment, de cette surveillance. Depuis huit jours que j’étais là, il n’était pas une fois sorti seul, et encore il ne se baladait qu’au milieu de la foule. Je me demande si son garde du corps n’y assistait pas quand il tranchait sa femme, des fois que le Deuxième Bureau profite précisément de cet instant.

Quand j’étais arrivé, je pensais qu’il n’y en avait que pour vingt-quatre heures, deux jours au maximum, et Francis aussi, mais va te faire voir, pas moyen de le jointer. Il me faisait bouffer de l’orge ce mec-là.

Après tout, je travaillais à forfait.

En conséquence de ça, j’étais obligé de changer d’hôtel toutes les nuits, de restaurant à chaque repas et de bistrot à chaque apéritif. Je ne tenais pas, en effet, à ce que les gens s’habituent à ma tête et soient frappés par certaines circonstances. J’en étais arrivé même à éviter de passer dans certains quartiers.

Or, je l’ai dit, Perpignan, ce n’est pas Paris. On en a vite fait le tour. Si ça durait encore huit jours je serais tricard de la ville, je ne pourrais plus sortir et je serais obligé de repartir bredouille.

J’en étais là de mes réflexions par folichonnes lorsqu’une voiture noire à gazogène entra dans la propriété que je surveillais. Qu’est-ce que c’était encore que ça ? Je me levai en m’efforçant de me cacher derrière un saule qui se trouvait là par hasard. Quelques instants plus tard, la bagnole ressortait. Elle était entrée vide, elle ressortait pleine.

J’avais compris. Pas besoin d’explications supplémentaires. La trottinette était venu chercher mon fumier. Je n’avais plus rien à fiche ici.

Je me levai et je crus que le vent allait emporter tous mes tifs et me laisser l’œuf à zéro. Je jetai avec rage la troisième allumette que le souffle de l’enfer venait de m’éteindre et je repartis vers la ville en rongeant mon frein.

Ah ! j’en avais marre, marre à crier ! Il n’y avait donc de chance que pour ce salaud ? Il était inattaquable ? On ne pouvait pas le mettre en l’air comme le commun des mortels ? On avait bien descendu Darlan, que diable ! Et qu’est-ce qu’il était, lui, ce monsieur Antoine Pourguès, d’autre qu’un peu d’ordure, un tout petit tas encore.

Je me rongeais le sang ma parole.

J’allai prendre le pastis dans un bar en terrasse au-dessus de la Têt, à côté du pont du Vernet, et je m’engueulai intérieurement comme ça ne m’était pas arrivé depuis longtemps. À Lyon, le major Bodager devait commencer à croire que je me foutais de lui ou que j’avais la frousse, ce qui, de toutes manières, n’était pas reluisant. Le mieux, évidemment, ce serait de coincer mon phénomène dans un coin obscur, tout seul, et de lui mettre une valse avant de le laisser sur le carreau. Seulement ça, c’était du domaine de l’utopie. Il ne sortait jamais seul et il avait passé l’âge de fréquenter les coins obscurs.

J’avalai mon glass et fis remettre ça. Mon visage, trop longtemps martyrisé par ce vent glacé, brûlait. J’avais l’impression, pas tellement désagréable d’ailleurs, qu’on était en train de me le faire cuire à feu doux.

Je résolus de passer voir Francis et d’aller ensuite lire l’Indépendant au café de la Loge. Car maintenant j’avais compris, la nuit ne tarderait pas à tomber, Monsieur Pourguès ne sortirait plus. Encore une journée de foutue.

Je me disais aussi que l’autre pucelle, à Lyon, elle devait commencer à se faire des cheveux. Je lui avais promis de ne pas la quitter plus d’une semaine. Je comptais, dans ce laps de temps, faire le travail ici et aller cueillir à Leucate les renseignements demandés. C’était trop beau pour être vrai. La pauvre gosse devait à chaque instant attendre le télégramme lui disant de venir me rejoindre.

Surtout, je ne voulais pas écrire avant que tout, ici, soit terminé, j’avais l’impression que ça me porterait malheur et du reste je ne voulais pas donner mon adresse. J’avais un intérêt supérieur à passer inaperçu.

Francis était derrière le bar qu’il avait adjoint à son hôtel.

— Alors, dit-il en me voyant.

— Alors, peau de balle. Je me demande si j’y arriverai un jour.

Je posai mes coudes sur le comptoir. Sans attendre la commande, Francis posa un pastis devant moi. Il commençait à avoir l’habitude.

— Il ne faut pas te décourager. Il n’est pas increvable, ce type.

— Non, mais jusqu’à présent il est increvé, c’est ce qui m’embête.

Je me tus, car une femme d’un âge indistinct, vêtue de noir, venait d’entrer. Sa tenue ne m’étonna pas, car les Catalanes, dès qu’elles ont dépassé l’âge de plaire ou celui qu’elles jugent tel, font abstraction de toute élégance et s’habillent uniformément de noir.

— Oh ! tu peux y aller, dit Francis, avec elle, on ne risque rien. Tiens, je te présente la femme de Joseph, le mécanicien du train qu’ils ont fusillé à Cerbère. Lui, il faisait passer les jeunes en Espagne dans le tender de la locomotive. Arrivés sous le tunnel, les types se débinaient. De l’autre côté, c’est Port-Bou, territoire espagnol. C’est un de ceux que la Milice a balancés aux Fridolins.

— Oui, Monsieur, dit la pauvre femme, d’un air las. C’est bien triste. Et du coup, vous pensez, la Compagnie ne nous fait pas de pension. J’ai deux jeunes enfants, je suis forcée d’aller faire des ménages. Ils sont venus chez nous, les miliciens, et ils ont tout pillé, tout cassé.

Je m’aperçus alors qu’elle était beaucoup plus jeune qu’on ne l’aurait d’abord cru. Ce qui déroutait, c’était cet air désabusé, fatigué, comme si elle n’espérait plus rien et qu’elle n’ait plus le courage de vivre. Je trouvai alors que somme toute, moi, je n’avais pas à me plaindre. J’étais plus heureux que beaucoup d’autres, en définitive. Bien sûr, il y avait Hermine et Jimmy. Je ne les reverrais plus, ces deux-là.

Depuis quelques jours d’ailleurs, Hermine commençait à reprendre en moi la place qu’un instant Claudine lui avait disputée. Mais la partie n’était pas égale. On ne vit pas impunément avec quelqu’un pendant deux piges. Une femme qui n’a passé que deux nuits avec vous ne peut pas prétendre à la même exclusive. Pourtant, on ne vit pas avec les morts.

1 ... 46 47 48 49 50 51 52 53 54 ... 93
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)