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Dominium Mundi. Livre I

Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre I». Краткое содержание книги:

2202. Né des cendres d’une conflagration planétaire, l’Empire Chrétien Moderne règne sur une Terre ravagée et irradiée. Urbain IX, pape tout puissant et restaurateur du Dominium Mundi, y gouverne d’une main de fer ses peuples revenus à un mode de vie médiéval.Sous son impulsion, un vaisseau colonisateur est envoyé vers une planète d’Alpha du Centaure, dans l’espoir d’y trouver de nouveaux territoires pour l’humanité. Lorsque les passagers l’abordent, ils ont la surprise d’y découvrir un peuple, les Atamides. Le choc est grand. Mais ce n’est rien en comparaison d’une découverte encore plus bouleversante : le véritable tombeau du Christ ! Guidés par leur foi inébranlable, les missionnaires tentent de s’en emparer, en vain. Les indigènes les massacrent.Sur Terre, la nouvelle se répand comme une traînée de poudre. Deux ans plus tard Urbain IX achève d’armer un gigantesque vaisseau, le St-Michel, capable d’abriter un million d hommes. Pour Tancrède de Tarente, le Méta-guerrier héros des champs de bataille, et Albéric Villejust, le génie de l’Infocosme enrôlé de force, débutera une croisade sanglante vers une nouvelle Jérusalem… Les événements feront-ils bégayer l’Histoire ?
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Il fut suivi de Raymond de St. Gilles et Adhémar de Monteil qui s’installèrent en prenant leur temps. L’évêque de Monteil demanda à un assesseur de lui apporter un coussin pour son dos et s’assit avec une grimace. Il semblait trouver les fauteuils particulièrement inconfortables.

Raymond IV de St. Gilles, comte de Toulouse et de Provence, chef du contingent des chevaliers du midi, avait salué Bohémond et Godefroy d’un sourire guindé. Une vieille rivalité opposait sa famille à celle de Bohémond et ce n’était que sur la demande expresse du pape que les deux hommes avaient accepté de siéger ensemble au Conseil Croisé. Raymond était aussi notoirement ultra et d’aucuns disaient que Bohémond avait rallié le camp des modérés pour la simple raison que Raymond de St. Gilles était dans l’autre.

Hugues de Vermandois, commandant de bord du Saint-Michel, arriva peu après. Craignant d’être en retard, il avait couru et s’en trouvait légèrement essoufflé. Il s’esclaffa lorsque son ami Godefroy lui apprit qu’il était au contraire en avance, suscitant aussitôt une moue méprisante de Raymond.

Les conseils de guerre plaçaient souvent Hugues dans l’embarras tant la responsabilité d’un navire tel que le Saint-Michel était une charge accaparante. Lorsqu’il abandonnait le poste de commande, deux lieutenants de vaisseau prenaient le relais et assuraient la continuité de l’autorité. Mais plus d’une fois, Pierre l’Ermite avait dû dispenser Hugues d’assister aux Conseils Croisés parce qu’un problème important l’empêchait de quitter la passerelle.

Le dernier à venir fut bien sûr Robert de Montgomery. Il arriva seul, sans Argant, et s’inclina devant les autres seigneurs à l’orée du cercle des fauteuils. Tous lui rendirent son salut cérémonieusement. En tant que noble et chef de guerre croisé, Robert n’avait pas une position différente des autres, toutefois l’on sentait que ses pairs lui accordaient un statut spécial, une sorte de crainte mêlée de mépris. Sa réputation de seigneur violent et autoritaire était établie dans toutes les cours européennes. On le prétendait à peine plus civilisé qu’un bouseux, et d’innombrables rumeurs couraient sur son compte, le taxant toutes de stupidité, soupçon pourtant constamment démenti par son habileté politique.

Tous les seigneurs croisés étaient maintenant réunis. Ne manquait plus que Pierre l’Ermite. En l’attendant, quelques conversations roulaient sur des sujets aussi divers que la politique intérieure européenne ou le souhait exprimé par les soldats d’avoir des tournois méca à bord. Tous les assesseurs et assistants s’étaient postés à la périphérie de la salle, prêts à répondre à chaque demande exprimée par un seigneur.

Soudain, l’huissier annonça : « Le magistrat suprême de la croisade, le Prætor peregrini Pierre d’Archères, dit l’Ermite ! »

Aussitôt le silence se fit dans la salle et tous se levèrent. Pierre entra par la porte du fond et se dirigea d’un pas vif vers son siège. Il s’y installa en rabattant son long manteau d’un geste un peu théâtral, puis les seigneurs se rassirent à leur tour.

Godefroy le trouva soucieux, les traits tirés comme s’il avait passé une nuit difficile. Mais même cernés de fatigue, ses yeux donnaient encore l’impression de brûler. Il dit :

« Seigneurs, je déclare ouverte la huitième session du Conseil de Guerre du Saint-Michel. Je propose que nous commencions comme à l’accoutumée par un point sur le déroulement du voyage. Seigneur Hugues de France, comte de Vermandois ?

— Merci, seigneur Préteur, répondit celui-ci en inclinant la tête. Aucun problème notable n’étant survenu sur le bâtiment depuis le dernier Conseil, je me contenterai donc de rappeler que nous avons presque atteint l’apogée cinétique de notre trajectoire avec le franchissement de la barre des 87 % de la vitesse de la lumière. Les moteurs tunnel seront donc activés comme prévu lorsque ce chiffre passera à 87,32 %, c’est-à-dire après-demain vers treize heures. Tous les préparatifs pour la phase sommeil stasique de l’équipage ont été menés à bien et les programmes du Nod2 pour la sortie du tunnel Rœmer ont été vérifiés des dizaines de fois.

— Aucune anomalie n’a été détectée durant vos dernières simulations ? interrogea Raymond de St. Gilles.

— Pas la moindre. Je sais que beaucoup redoutent la phase de sommeil en stase semi-complète ; or tous les tests ont démontré la fiabilité de cette technologie. À dire vrai, ma seule véritable inquiétude réside dans le risque que des étourdis ne soient pas installés à temps dans leur alvéole.

— De nombreuses annonces seront faites, fit remarquer Bohémond. Cela ne devrait donc pas se produire.

— Je l’espère en effet, répondit Hugues.

— J’ai entendu dire, intervint Raymond de St. Gilles, que la proximité des ponts des intercepteurs avec les moteurs tunnel pouvait éventuellement causer des perturbations lors du transit Rœmer. Qu’en est-il exactement ?

— Il s’agissait d’un phénomène d’interférence dû aux générateurs des intercepteurs. Ils engendraient un bruit de fond résiduel dans le noyau Rœmer qui faussait légèrement les résultats des tests. Si ces erreurs étaient négligeables, la précaution a tout de même été prise avant l’appareillage d’isoler les zones contiguës entre les deux secteurs en condamnant des couloirs entiers. Ils ont été bourrés de paille.

— De paille ? s’exclama Robert de Montgomery.

— Oui, de paille, répéta Hugues avec un sourire. Je sais que cela parait quelque peu archaïque, mais les expérimentations ont montré que la paille de blé, compactée à grande densité, possédait des propriétés surprenantes comme de piéger les rayonnements béryl-bêta par exemple. Des centaines de milliers de briques compactées ont été nécessaires. »

Bohémond ne put retenir un petit rire d’amusement :

« De la paille pour faire fonctionner le summum de la technologie moderne… »

Pierre l’Ermite, qui ne montrait pas un grand intérêt pour les considérations techniques, se redressa légèrement dans son siège et saisit l’occasion pour clore le sujet :

« Bien, je pense que nous avons fait le tour de la question. Passons maintenant à l’ordre du jour. Les sujets à traiter concernent en premier lieu les entraînements amazones. Les ingénieurs attendent l’autorisation d’y utiliser le prototype de bipède de combat RK2 afin de vérifier ses performances réelles. Nous devrons ensuite aborder les détails du désorbitage des parties mobiles du Saint-Michel, pour lequel de nouvelles simulations ont été réalisées sur… »

Pierre interrompit son énumération. Il venait de prendre conscience d’un inexplicable embarras dans l’assemblée.

« Seigneurs ? L’un de vous a-t-il une remarque à faire à propos de l’ordre du jour ? »

Adhémar se dandina dans son fauteuil tandis que Godefroy se raclait la gorge et que Raymond de St. Gilles se passait la main sur ses joues mal rasées. Robert de Montgomery promena un regard plein de mépris sur l’assistance. Cette morgue en disait long sur ce qu’il pensait des seigneurs présents et de leurs soucis d’étiquette. Ce fut Bohémond qui dissipa le malaise en allant, comme à son habitude, droit au but.

« Si je peux me permettre de m’exprimer au nom de tous, cher Pierre, je pense que nul ne souhaite expédier ces sujets importants et que, pour cela, il conviendrait peut-être de traiter en premier celui qui fait déjà des gorges chaudes dans tout le bâtiment. »

Il était rare que Bohémond de Tarente utilise des formes d’expression aussi diplomatiques, mais contredire le chef suprême de la croisade devant tout le Conseil de guerre n’était pas totalement anodin. Dévisageant tranquillement son interlocuteur, Pierre l’Ermite ne sembla pas s’offusquer. Pourtant, lorsqu’il répondit, un soupçon de sarcasme teintait ses paroles.

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