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Les martiens [The Martians - fr]

Электронная книга - «Les martiens [The Martians - fr]». Краткое содержание книги:

D’une mission d’entraînement en Antarctique aux terrifiantes tempêtes de sable qui balaient les canyons désolés de la planète rouge, Les Martiens met en scène toute une galerie de personnages ayant joué un rôle dans cette histoire de la colonisation de la planète soeur magistralement décrite par Kim Stanley Robinson dans sa trilogie martienne, d’ores et déjà saluée comme l’un des grands classiques de la science-fiction.
Depuis l’épopée des Cent — les premiers explorateurs —, ce sont des générations d’hommes et de femmes qui ont transformé en colonie durable ce qui n’était au départ qu’un avant-poste à l’existence bien ténue. Les expéditions internationales qui se sont succédé ont débouché sur la création d’un monde. Celui-ci a connu une évolution inéluctable, avec son cortège de luttes politiques, de révolutions et de conflits armés.
A une époque où la longévité est de l’ordre d’un siècle et demi, Les Martiens raconte l’épopée de générations d’humains vivant aux limites de la frontière ultime, où les paysages façonnés par les hommes sont sans cesse en butte aux monstrueux caprices de la nature.
Les Martiens, c’est la chronique épique d’une planète qui représente l’un des recours les plus plausibles de l’humanité. A l’horizon 2050, autrement dit demain…
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— C’est presque aussi sérieux sur la paroi. L’an dernier, Marie guidait un groupe sur la paroi quand une pierre est tombée sur une corde fixe et l’a sectionnée alors qu’un client effectuait une traversée. Il a été tué.

— C’est réjouissant, comme boulot.

— Ces chutes de pierres sont redoutables. Je déteste ça.

Sa voix trahit une émotion surprenante. Peut-être un accident s’est-il produit alors qu’elle guidait une expédition ? Roger la regarde avec un regain de curiosité. C’est drôle de ne pas faire preuve de plus de stoïcisme envers ce genre de danger quand on est guide de montagne.

D’un autre côté, les chutes de pierres sont un danger sur lequel la compétence ne peut rien.

Elle lève les yeux. Désespérée.

— Vous comprenez.

— On a beau faire attention…, acquiesce-t-il.

— Exactement. Enfin, on peut toujours prendre des précautions, mais ça ne suffira jamais.

Le campement des grimpeurs de tête a disparu sans laisser de trace, et une nouvelle corde monte à gauche du Goulet, passe par une anfractuosité du surplomb et disparaît au-dessus. Ils s’arrêtent pour boire et manger et repartent. Ils sont impressionnés par la difficulté du passage suivant. Même avec la corde, il a l’air infranchissable. Ils s’insinuent dans l’interstice entre une colonne de glace et la paroi gauche et montent péniblement, pouce par pouce.

— Je me demande pour combien de temps on en a, fait Roger en regrettant qu’ils n’aient pas emporté de crampons.

Eileen, qui est au-dessus de lui, ne répond pas tout de suite.

— Plus que trois cents mètres, dit-elle au bout d’une longue minute, d’une voix qui sort de nulle part.

Roger pousse un gémissement théâtral, de client persécuté par son guide.

En réalité, il adore suivre Eileen dans ce passage difficile.

Elle observe et se déplace selon un rythme rapide qui lui rappelle Dougal, mais son choix de prises est tout à fait personnel. Et plus proche de celui que ferait Roger à sa place. Son calme alors qu’ils commentent les ancrages, la façon coulée dont elle se hisse sur les appuis, les proportions élégantes de ses longues jambes, se tendant vers les prises incertaines : c’est une belle grimpeuse. Et de temps en temps, Roger éprouve un petit pincement à la mémoire.

Trois cents mètres plus haut, ils retrouvent leurs ouvreurs de voie, qui sont sortis du Goulet et se sont arrêtés sur une plate-forme de près d’un hectare, du côté gauche, cette fois. De ce point de vue, ils voient des sections de la paroi situées à droite du Goulet, au-dessus d’eux.

— Bel emplacement pour bivouaquer, remarque Eileen.

Marie, Dougal, Hannah et Ginger s’asseyent pour se reposer avant l’installation de leurs petites tentes murales.

— On dirait que vous avez passé une sale journée, en bas.

— Ravigotante, répond Dougal en haussant les sourcils.

Eileen les passe en revue, l’un après l’autre.

— J’ai l’impression que vous n’aurez pas volé un peu d’oxygène.

Le groupe de tête proteste.

— Je sais, je sais. Rien qu’un peu. Un apéritif.

— Ça ne fait que regretter de ne pas en avoir plus, décrète Marie.

— Peut-être. Mais nous ne pouvons pas en prendre beaucoup aussi bas, de toute façon.

Au cours du point radio avec les campements du bas, Eileen dit aux autres de replier les tentes du camp numéro un.

— Amenez-les en premier, avec les treuils électriques. Nous devrions pouvoir utiliser les treuils entre les campements.

Ils accueillent ces paroles avec de grands hourras. Le soleil disparaît derrière la falaise, au-dessus d’eux, et ils poussent tous des gémissements. Le groupe de tête s’affaire au montage des tentes. L’air se rafraîchit très vite.

Roger et Eileen redescendent dans l’ombre de l’après-midi vers le camp numéro deux, parce qu’il y a juste assez de matériel pour héberger le groupe de tête au camp numéro trois. La descente est moins pénible que la montée pour les muscles mais elle exige tout autant de concentration. Le temps qu’ils arrivent au camp numéro deux, Roger est très fatigué et la paroi froide, sans soleil, l’a de nouveau déprimé. Monter, descendre, remonter, redescendre…

Ce soir-là, l’échange radio entre Eileen et Marie tourne à la discussion quand Eileen ordonne à l’équipe de tête de redescendre pour effectuer du portage.

— Enfin, Marie, les autres n’ont pas ouvert un seul passage, que je sache ? Et nous ne sommes pas venus ici pour vous servir de porteurs, hein ?

La voix d’Eileen a quelque chose de tranchant, de mordant, quand elle est contrariée. Marie insiste pour que l’équipe de tête avance rapidement, elle n’est pas encore fatiguée.

— Ce n’est pas le problème. Demain, vous allez redescendre au camp numéro un et finir de tout remonter. L’équipe du bas va remonter à son tour et relier le camp deux au camp trois, et ceux d’entre nous qui seront au camp deux effectueront un trajet vers le camp trois et reprendront la tête. C’est comme ça, Marie : avec moi, on fait des sauts de puce, vous le savez.

Derrière le bruit d’électricité statique de la radio, on entend Dougal parler à Marie. Pour finir, Marie reprend :

— Ouais, eh ben, vous serez bien contents de nous avoir quand ça se compliquera. Mais nous ne pouvons pas nous permettre de trop ralentir.

Après l’échange radio, Roger sort de la tente et s’assied sur la corniche pour regarder le coucher de soleil. Loin à l’est, il y a encore du soleil, mais sous ses yeux le paysage s’assombrit, devient vaguement violet sous le ciel cassis. La poussière qui fait miroir. Quelques étoiles piquettent le dais, très haut au-dessus de lui. L’air est froid mais il n’y a pas un poil de vent, et il entend Hans et Frances qui s’engueulent sous leur tente au sujet du poli glaciaire. Frances est une aréologue assez réputée, et elle n’est apparemment pas d’accord avec Hans sur les origines de l’escarpement. Elle passe un certain temps, au cours de l’escalade, à chercher des preuves dans la roche.

Eileen s’assied à côté de lui.

— Je vous dérange ?

— Non.

Elle n’ajoute rien et il se dit qu’il l’a peut-être froissée.

— Dommage que Marie soit d’un contact si difficile, dit-il.

Elle élude sa remarque d’un revers de sa main gantée.

— C’est toujours pareil, avec elle. Ça ne veut rien dire. La seule chose qui l’intéresse, c’est de grimper. C’est toujours comme ça, chaque fois qu’on part ensemble, dit-elle en riant. Enfin, je l’aime bien quand même.

— Hmph, fait Roger en haussant les sourcils. Je n’aurais pas cru.

Pendant un long moment ils restent là. Les pensées vagabondes de Roger remontent dans le passé et il ne peut empêcher son moral de sombrer à nouveau.

— Vous avez l’air… ennuyé par quelque chose, risque Eileen.

— Bof, répond Roger. Par tout, j’imagine.

Et il lui fait un clin d’œil pour excuser sa confidence. Mais elle a l’air de comprendre.

— Alors vous avez toujours combattu le terraforming ? reprend-elle.

— Pour l’essentiel, ouais. D’abord, à la tête d’un groupe de lobbying. Vous devez en faire partie, maintenant : les Explorateurs Martiens.

— Je paie la cotisation.

— Alors j’ai été dans le gouvernement Rouge. Et au ministère de l’Intérieur, quand les Verts ont pris le dessus. Mais ça n’a servi à rien.

— Pourquoi ?

— Parce que… bredouille-t-il. Parce que j’aimais la planète comme elle était quand nous l’avons trouvée. Comme beaucoup d’entre nous, à l’époque. Elle était si belle… Plus que ça. Elle était plus renversante que belle. La taille des choses, leur forme… La planète avait évolué, les formes géologiques, je veux dire, pendant cinq milliards d’années, et on trouvait encore en surface des traces de ces cinq milliards d’années, visibles, lisibles. À condition de savoir regarder. C’était tellement merveilleux, rien que d’être là.

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