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Le bûcher d'un roi

Электронная книга - «Le bûcher d'un roi». Краткое содержание книги:

Le destin des Sept Royaumes est sur le point de basculer. A l’Est, Daenerys, dernière descendante de la Maison Targaryen, secondée par ses terrifiants dragons arrivés à maturité, règne sur une cité de mort et de poussière, entourée d’ennemis. Mais alors que certains voudraient la voir passer de vie à trépas, d’autres entendent rallier sa cause, tel Tyrion Lannister, le Lutin, dont la tête vaut de l’or depuis qu’il s’est rendu coupable du meurtre de son père, Tywin. Au Nord, où se dresse l’immense Mur de glace et de pierre qui garde la frontière septentrionale des Royaumes, Jon Snow, le bâtard de feu Eddard Stark, a été élu 998e Commandant en chef de la Garde de Nuit, mais ses adversaires se dissimulent des deux côtés du Mur, y compris parmi les troupes de Stannis Baratheon qui ont élu domicile dans ces contrées glacées…
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« Oui. Il vient de Qarth. Du poivre, également. » Lord Godric en préleva une pincée, afin de saupoudrer son propre tranchoir. « Du poivre noir moulu de Volantis, il n’en est point de plus fin. Prenez-en autant qu’il vous faudra si vous êtes d’humeur poivrée. J’en ai quarante coffres. Sans parler des clous de girofle et de la muscade, et d’une livre de safran. Je l’ai prise sur une aguicheuse. » Il rit. Il avait encore toutes ses dents, nota Davos, bien que la plupart fussent jaunies et l’une d’elles, en haut, noire et morte. « Elle faisait voile vers Braavos, mais une tempête l’a drossée sur la Morsure et elle s’est brisée contre certains de mes récifs. Ainsi, voyez-vous, vous n’êtes pas le seul présent que m’aient apporté les tempêtes. La mer est une créature traîtresse et cruelle. »

Point si traîtresse que les hommes, songea Davos. Les ancêtres de lord Godric avaient été des rois pirates jusqu’à ce que les Stark fondent sur eux, avec le feu et l’épée. Désormais, les hommes des Sœurs laissaient la piraterie franche à Sladhor Saan et à son engeance, et se bornaient au rôle de naufrageurs. Les fanaux qui brûlaient au long des côtes des Trois Sœurs étaient censés alerter contre les récifs, les écueils et les rochers et indiquer la voie vers la sécurité, mais, par les nuits de tempête et de brume, certains Sœurois recouraient à des feux trompeurs pour entraîner les capitaines imprudents vers leur perte.

« Les tempêtes vous ont été clémentes, en vous soufflant sur le pas de ma porte, poursuivit lord Godric. Vous auriez reçu un accueil glacial à Blancport. Vous arrivez trop tard, ser. Lord Wyman a l’intention de ployer le genou, mais pas devant Stannis. » Il but une gorgée de bière. « Les Manderly ne sont point Nordiens, pas au tréfonds. Il n’y a pas plus de neuf cents ans qu’ils sont venus dans le Nord, chargés de tout leur or et de leurs dieux. Ils avaient été de grands seigneurs sur la Mander jusqu’à ce qu’ils voient trop grand et que les mains vertes leur rabattent le caquet. Le Roi Loup a pris leur or, mais leur a donné des terres et permis de garder leurs dieux. » Il sauça sa potée avec un morceau de pain. « Si Stannis se figure que le gros lard va enfourcher le cerf, il se trompe. Le Lion a jeté l’ancre à Sortonne, il y a douze jours, pour refaire ses provisions d’eau douce. Vous connaissez le bâtiment ? Des voiles rouges, un lion d’or à sa proue. Et débordant de Frey, tous en route vers Blancport.

— De Frey ? » C’était la dernière chose à laquelle se serait attendu Davos. « Les Frey ont tué le fils de lord Wyman, avons-nous entendu dire.

— Certes, et la fureur du gros lard a été telle qu’il a fait serment de ne vivre que de pain et de vin jusqu’à ce qu’il ait obtenu vengeance. Mais avant la fin du jour, il enfournait à nouveau palourdes et gâteaux dans sa bouche. Il y a des navires qui font sans arrêt la navette entre les Sœurs et Blancport. Nous leur vendons des crabes, des poissons et du fromage de chèvre, ils nous apportent le bois, la laine et des peaux. D’après tout ce que j’ai entendu dire, Sa Seigneurie est plus grasse que jamais. Au temps pour les serments. Les mots sont du vent, et le vent sorti de la bouche de Manderly n’a pas plus de valeur que celui qui s’échappe de son fondement. » Le lord déchira un autre morceau de pain pour finir de saucer son tranchoir. « Les Frey apportaient au gros imbécile un sac d’os. Certains qualifient cela de courtoisie : rapporter à un homme les ossements de son défunt fils. S’il s’était agi du mien, je la leur aurais rendue, leur courtoisie, et j’aurais su remercier les Frey avant que de les pendre. Mais pas le gros lard, il est trop noble pour ça. » Il se bourra la bouche de pain, mastiqua, avala. « J’ai reçu les Frey à souper. L’un d’eux était assis à votre place actuelle. Rhaegar, il s’appelait. J’ai failli lui rire au nez. Il avait perdu sa femme, disait-il, mais comptait s’en trouver une nouvelle à Blancport. Des corbeaux sont allés et venus. Lord Wyman et lord Walder ont conclu un pacte, qu’ils ont l’intention de sceller par un mariage. »

Davos eut l’impression que le lord lui avait assené un coup de poing dans l’estomac. S’il dit vrai, mon roi est perdu. Stannis Baratheon avait désespérément besoin de Blancport. Winterfell constituait le cœur du Nord, mais Blancport en était la bouche. Depuis des siècles, son estuaire restait libre de glaces, même au plus profond de l’hiver. Avec l’hiver qui arrivait, cela pouvait représenter tant et plus. Il en allait de même pour l’argent de la cité. Les Lannister disposaient de tout l’or de Castral Roc, et avaient épousé les richesses de Hautjardin. Les coffres du roi Stannis étaient exsangues. Je dois essayer, à tout le moins. Il se pourrait que je puisse empêcher ce mariage. « Je dois parvenir à Blancport, dit-il. Votre Seigneurie, je vous en conjure, aidez-moi. »

Lord Godric commença à dévorer son tranchoir, le déchirant de ses grosses mains. Le ragoût avait amolli le pain rassis. « Je n’aime guère les Nordiens, annonça-t-il. Les mestres racontent que le Viol des Trois Sœurs s’est passé il y a deux mille ans, mais Sortonne n’oublie pas. Avant, nous étions un peuple libre, avec nos propres rois pour nous gouverner. Dès après, nous avons dû plier le genou devant les Eyrié afin de chasser les Nordiens. Mille ans le loup et le faucon se sont disputé notre possession, jusqu’à avoir rongé toute la graisse et la viande sur les os de ces pauvres îles. Quant à Stannis, votre roi, lorsqu’il était maître de la flotte de Robert, il a envoyé une flotte dans mon port sans me demander permission et m’a fait pendre une douzaine de bons amis. Des hommes comme vous. Il a été jusqu’à menacer de me pendre – moi ! –, si un vaisseau devait s’échouer parce que la Lanterne des Nuits s’était éteinte. J’ai dû avaler son arrogance. » Il mangea une partie du tranchoir. « Et maintenant, le voilà qui s’en vient dans le Nord, l’orgueil en berne, la queue entre les jambes. Pourquoi devrais-je lui apporter mon aide ? Répondez-moi donc. »

Parce qu’il est votre roi légitime, se dit Davos. Parce que c’est un homme fort et qu’il est juste, le seul capable de rétablir le royaume et de le défendre contre les périls qui s’amassent au nord. Parce qu’il possède une épée magique qui rutile sous l’éclat du soleil. Les mots restèrent logés au fond de sa gorge. Aucun d’eux ne fléchirait le lord de Dolcesœur. Aucun d’eux ne le rapprocherait d’un pas de Blancport. Quelle réponse désire-t-il ? Dois-je lui promettre l’or que nous n’avons pas ? Un mari de haute lignée pour la fille de sa fille ? Des terres, des honneurs, des titres ? Lord Alester Florent s’était essayé à ce petit jeu, et le roi l’avait expédié au bûcher pour cela.

« La Main a perdu sa langue, dirait-on. Il n’aime ni la potée de la sœur, ni la vérité. » Lord Godric s’essuya la bouche.

« Le lion est mort, déclara lentement Davos. Votre vérité, la voilà, messire. Tywin Lannister est mort.

— Eh bien, quoi ?

— Qui règne désormais à Port-Réal ? Pas Tommen, ce n’est qu’un enfant. Est-ce ser Kevan ? »

La lueur des chandelles brillait dans les prunelles noires de lord Godric. « Si tel était le cas, vous seriez aux fers. C’est la reine qui gouverne. »

Davos comprit. Il entretient des doutes. Il ne voudrait pas se retrouver du côté des vaincus. « Stannis a tenu Accalmie face aux Tyrell et aux Redwyne. Il a pris Peyredragon aux derniers Targaryen. Il a écrasé la Flotte de Fer au large de Belle Île. Cet enfant roi ne prévaudra pas contre lui.

— Cet enfant roi a à sa disposition la fortune de Castral Roc et la puissance de Hautjardin. Il a pour lui les Bolton et les Frey. » Lord Godric se massa le menton. « Cependant… En ce monde, il n’est de certain que l’hiver. Ned Stark a dit cela à mon père, dans cette même salle.

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