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Le bûcher d'un roi

Электронная книга - «Le bûcher d'un roi». Краткое содержание книги:

Le destin des Sept Royaumes est sur le point de basculer. A l’Est, Daenerys, dernière descendante de la Maison Targaryen, secondée par ses terrifiants dragons arrivés à maturité, règne sur une cité de mort et de poussière, entourée d’ennemis. Mais alors que certains voudraient la voir passer de vie à trépas, d’autres entendent rallier sa cause, tel Tyrion Lannister, le Lutin, dont la tête vaut de l’or depuis qu’il s’est rendu coupable du meurtre de son père, Tywin. Au Nord, où se dresse l’immense Mur de glace et de pierre qui garde la frontière septentrionale des Royaumes, Jon Snow, le bâtard de feu Eddard Stark, a été élu 998e Commandant en chef de la Garde de Nuit, mais ses adversaires se dissimulent des deux côtés du Mur, y compris parmi les troupes de Stannis Baratheon qui ont élu domicile dans ces contrées glacées…
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Griff soupesa cela un moment. « Comprends-moi bien, le nain. Tu es le dernier et le moindre de notre compagnie. Tiens ta langue et fais ce qu’on te dit, ou tu ne tarderas pas à le regretter. »

Oui, Père, faillit riposter Tyrion. « Comme vous le dites, messire.

— Je ne suis pas un seigneur. »

Menteur. « C’était pure courtoisie, l’ami.

— Je ne suis pas non plus ton ami. »

Ni chevalier, ni seigneur, ni ami. « Dommage.

— Épargne-moi ton ironie. Je t’emmènerai jusqu’à Volantis. Si tu te montres obéissant et utile, tu pourras rester avec nous, pour servir la reine au mieux de tes capacités. Prouve que tu apportes plus d’ennuis que tu ne le vaux, et tu devras poursuivre seul ton chemin. »

Certes, chemin qui me conduira au fond de la Rhoyne avec des poissons pour me grignoter ce qui me reste de nez. « Valar dohaeris.

— Tu peux dormir sur le pont ou dans la cale, comme tu préfères. Ysilla te procurera un couchage.

— C’est fort aimable à elle. » Tyrion exécuta une courbette en se dandinant, mais à la porte de la cabine il se retourna. « Et si en trouvant la reine nous découvrions que cette histoire de dragons n’est que fariboles de marin ivre ? Le vaste monde abonde en contes tout aussi fous. Grumequins et snarks, fantômes et goules, sirènes, gobelins des rochers, chevaux, cochons… et lions ailés. »

Griff le fixa, la mine sombre. « Je t’ai loyalement mis en garde, Lannister. Surveille ta langue ou tu la perdras. Des royaumes sont dans la balance, ici. Nos vies, nos noms, notre honneur. Ce n’est pas un jeu, auquel nous nous adonnerions pour ton divertissement. »

Bien sûr que si, songea Tyrion. Le jeu des trônes. « Il en ira ainsi que vous le dites, capitaine », murmura-t-il en s’inclinant de nouveau.

Davos

La foudre fendit le ciel au nord, gravant la tour noire de la Lanterne des Nuits sur le ciel blanc-bleu. Six battements de cœur plus tard, le tonnerre roula, comme un tambour au loin.

Les gardes escortèrent Davos Mervault sur un pont de basalte noir et sous une herse de fer trahissant des points de rouille. Au-delà s’étendaient de profondes douves d’eau salée et un pont-levis soutenu par une paire de chaînes massives. Des eaux vertes se précipitaient en contrebas, projetant en hauteur des gerbes d’embruns pour pilonner les fondations du château. Puis un second poste de garde, plus grand que le premier, aux pierres barbues d’algues vertes. Davos, les mains ligotées aux poignets, trébucha en traversant une cour envasée. Le grésil lui piquait les yeux. Les gardes le houspillèrent jusqu’en haut des marches, pour entrer dans le caverneux donjon de pierre de Brisants.

Une fois à l’intérieur, le capitaine retira sa cape pour l’accrocher à une cheville, afin de ne pas laisser de flaque sur le tapis myrien élimé. Davos l’imita, tâtonnant avec le fermoir à cause de ses mains entravées. Il n’avait pas oublié les façons courtoises qu’on lui avait enseignées à Peyredragon durant ses années de service.

Ils trouvèrent le seigneur solitaire, dans la pénombre de sa grand-salle, soupant de bière, de pain et d’une potée de légumes. Vingt appliques en fer étaient fixées le long de ses épais murs de pierre, mais seules quatre portaient des torches, et aucune n’était allumée. Deux grosses chandelles de suif dispensaient une lumière chiche et tremblotante. Davos entendait la pluie fouailler les murs et un goutte-à-goutte régulier à l’endroit du plafond où une fuite s’était déclarée.

« M’sire, annonça le capitaine, nous avons trouvé cet homme au Ventre de la Baleine, il essayait de négocier un passage hors de l’île. Sur lui, il avait douze dragons, et ça, également. » Le capitaine déposa l’objet sur la table : un large ruban de velours noir bordé de tissu d’or, chargé de trois sceaux ; un cerf couronné appliqué sur de la cire d’abeille dorée, un cœur ardent sur de la rouge, et une main sur de la blanche.

Davos attendait, trempé et dégoulinant, les poignets éraflés à l’endroit où la corde mouillée lui entamait la peau. Un mot de ce seigneur et il serait promptement pendu à la porte des Potences de Sortonne, mais au moins était-il à l’abri de la pluie, avec de la pierre ferme sous les pieds au lieu du roulis d’un pont. Il ruisselait, dolent, abasourdi, miné par le deuil et les trahisons, et dégoûté des tempêtes.

Le seigneur s’essuya la lippe du revers de la main et saisit le ruban pour l’examiner de plus près, de ses yeux plissés. Au-dehors, un éclair flamboya, blanchissant et bleutant les meurtrières le temps d’un demi-battement de cœur. Un, deux, trois, quatre, compta Davos, avant que ne suive le tonnerre. Quand le grondement se tut, il écouta l’eau tomber, et le rugissement plus sourd sous ses pieds, où les vagues se fracassaient contre les énormes arches de pierre de Brisants et plongeaient leurs remous à travers ses cachots. Il risquait bien de finir là-bas, enchaîné à des dalles de pierre suintante, abandonné pour être noyé quand le flux s’y engouffrerait. Non, essaya-t-il de se convaincre, c’est ainsi qu’un contrebandier pourrait périr, mais pas une Main de Roi. J’ai plus de valeur s’il me vend à sa reine.

Le seigneur musa distraitement avec le ruban, considérant les sceaux en fronçant les sourcils. L’homme était laid, massif et charnu, avec le lourd gabarit des rameurs, et sans cou. Un chaume rude et gris, blanchi par plaques, couvrait ses joues et son menton. Au-dessus de la massive saillie des sourcils, il était chauve. Son nez boursouflé se couperosait de veinules éclatées, il avait des lèvres épaisses et une sorte de palmure entre les trois doigts médians de sa main droite. Davos avait entendu dire que certains seigneurs des Trois Sœurs possédaient des mains et des pieds palmés, mais il avait toujours classé cette histoire dans la catégorie des contes de marin.

Le seigneur se redressa sur son siège. « Tranchez ses liens, ordonna-t-il, et retirez-lui ces gants. Je veux voir ses mains. »

Le capitaine obtempéra. Lorsqu’il brandit sèchement la main gauche mutilée de son prisonnier, l’éclair fulgura de nouveau, plaquant l’ombre des doigts raccourcis de Davos Mervault sur la face rogue et brutale de Godric Borrell, sire de Dolcesœur. « N’importe qui peut voler un ruban, commenta le lord, mais ces doigts ne mentent pas. Vous êtes le chevalier oignon.

— On m’a appelé ainsi, messire. » Davos était lord lui-même, et chevalier de longue date, désormais, mais, au plus profond de lui, il restait ce qu’il avait toujours été, un contrebandier de basse extraction qui s’était acheté un titre de chevalier avec une cale remplie d’oignons et de poisson salé. « On m’a aussi appelé bien pire.

— Certes. Traître. Rebelle. Tourne-casaque. »

La dernière épithète le hérissa. « Je n’ai jamais retourné ma casaque, messire. Je suis un homme du roi.

— Seulement si Stannis est roi. » Le seigneur le jaugea avec des yeux noirs et durs. « La plupart des chevaliers qui échouent sur mes côtes me recherchent dans ma salle, pas au Ventre de la Baleine. Un antre sordide de contrebandiers, que ce bouge. Seriez-vous en train de reprendre votre ancien commerce, chevalier oignon ?

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