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Le bûcher d'un roi

Электронная книга - «Le bûcher d'un roi». Краткое содержание книги:

Le destin des Sept Royaumes est sur le point de basculer. A l’Est, Daenerys, dernière descendante de la Maison Targaryen, secondée par ses terrifiants dragons arrivés à maturité, règne sur une cité de mort et de poussière, entourée d’ennemis. Mais alors que certains voudraient la voir passer de vie à trépas, d’autres entendent rallier sa cause, tel Tyrion Lannister, le Lutin, dont la tête vaut de l’or depuis qu’il s’est rendu coupable du meurtre de son père, Tywin. Au Nord, où se dresse l’immense Mur de glace et de pierre qui garde la frontière septentrionale des Royaumes, Jon Snow, le bâtard de feu Eddard Stark, a été élu 998e Commandant en chef de la Garde de Nuit, mais ses adversaires se dissimulent des deux côtés du Mur, y compris parmi les troupes de Stannis Baratheon qui ont élu domicile dans ces contrées glacées…
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Le Cor de Joramun s’enflamma.

Il s’embrasa avec un bruit de souffle tandis que des langues tourbillonnantes de feu vert et jaune dansaient en crépitant sur toute sa longueur. Le destrier de Jon, nerveux, broncha, et tout au long de la ligne d’autres cavaliers s’évertuèrent eux aussi à calmer leur monture. Une plainte monta de l’enclos lorsque le peuple libre vit son espoir prendre feu. Quelques-uns jetèrent des cris et des imprécations, mais la plupart s’abîmèrent dans le silence. L’espace d’un demi-battement de cœur, les runes gravées sur les bandeaux d’or parurent trépider dans l’air. D’une poussée, les gens de la reine firent dégringoler le cor dans la fosse à feu.

À l’intérieur de sa cage, Mance Rayder s’acharna avec ses mains liées sur le nœud coulant autour de son cou et hurla des phrases incohérentes sur la traîtrise et la sorcellerie, reniant sa royauté, reniant son peuple, reniant son nom, reniant tout ce qu’il avait jamais été. Il hurla en implorant pitié, maudit la femme rouge et partit d’un rire hystérique.

Jon observait sans ciller. Il n’osait faire montre de sensiblerie devant ses frères. Il avait ordonné que sortent deux cents hommes, plus de la moitié de la garnison de Châteaunoir. À cheval, en de solennelles rangées ébène, leurs grandes piques à la main, ils avaient relevé leurs cagoules pour placer leurs visages dans l’ombre… et dissimuler le fait que tant d’entre eux étaient des barbes grises et des gamins sans expérience. Le peuple libre craignait la Garde. Jon voulait qu’ils emportent cette peur avec eux dans leurs nouveaux foyers au sud du Mur.

Le cor s’écrasa au sein des bûches, des feuilles et du petit bois. En trois battements de cœur, toute la fosse flamba. Empoignant à deux mains les barreaux de sa cage, Mance sanglotait, suppliait. Quand le feu l’atteignit, il exécuta une petite danse. Ses cris devinrent un long hurlement inarticulé de peur et de souffrance. À l’intérieur de sa cage, il voletait comme une feuille embrasée, comme un papillon de nuit tombé dans la flamme d’une bougie.

Jon se surprit à se rappeler une chanson.

Frères, ô mes frères, mon temps ici s’achève, Le Dornien a pris ma vie, Mais qu’importe : tous les hommes crèvent, Et au Dornien j’ai pris sa mie !

Val se tenait sur l’estrade aussi immobile que si on l’avait sculptée dans le sel. Elle ne pleurera ni ne détournera les yeux. Jon se demanda ce qu’aurait fait Ygrid à sa place. Ce sont les femmes qui sont fortes. Il se reprit à penser à Sam et à mestre Aemon, à Vère et au bébé. Elle me maudira jusqu’à son dernier souffle, mais je ne voyais pas d’autre issue. Fort-Levant avait signalé des tempêtes terribles sur le détroit. Je voulais les placer en sécurité. Les ai-je en vérité livrés en pâture aux crabes ? La nuit précédente, il avait rêvé de Sam noyé, d’Ygrid morte, sa flèche plantée en elle (la flèche n’avait pas appartenu à Jon, mais dans ses rêves, c’était toujours la sienne), de Vère versant des larmes de sang.

Jon Snow en avait assez vu. « Maintenant », décida-t-il.

Ulmer du Bois-du-Roi ficha sa lance dans le sol, prit son arc et encocha une flèche noire prise dans son carquois. Gentil Donnel Hill rejeta son capuchon pour l’imiter. Garth Plumegrise et Ben la Barbe placèrent des flèches, bandèrent leurs arcs et décochèrent.

Une flèche frappa Mance Rayder à la poitrine, une au ventre, une à la gorge. La quatrième heurta un des barreaux de bois de la cage, et vibra un instant avant de prendre feu. Les sanglots d’une femme résonnèrent contre le Mur tandis que le roi sauvageon s’effondrait mollement au fond de sa cage, auréolé de flammes. « À présent sa Garde est achevée », murmura doucement Jon. Mance Rayder avait jadis été un homme de la Garde de Nuit, avant de troquer son manteau noir contre un autre, avec des crevés de soie rouge vif.

En haut sur la plate-forme, Stannis faisait la grimace. Jon refusa de croiser son regard. Le fond de la cage de bois avait cédé, et ses barreaux se disloquaient. Chaque fois qu’une langue de feu montait, d’autres branches libérées dégringolaient, rouge cerise et noires. « Le Seigneur de Lumière a créé le soleil et la lune et les étoiles pour éclairer notre chemin, et nous a donné le feu pour tenir la nuit en respect, proclama Mélisandre aux sauvageons. Nul ne peut soutenir ses flammes.

— Nul ne peut soutenir ses flammes », reprirent en écho les gens de la reine.

Les robes de la femme rouge, teintes d’un écarlate profond, se balançaient autour d’elle et ses cheveux cuivrés composaient un halo autour de son visage. De hautes flammes jaunes dansaient au bout de ses doigts, comme des griffes. « PEUPLE LIBRE ! Tes faux dieux ne peuvent pas t’aider. Ton faux cor ne t’a pas sauvé. Ton faux roi ne t’a apporté que la mort, le désespoir, la défaite… Mais ici se tient le vrai roi. CONTEMPLEZ SA GLOIRE ! »

Stannis Baratheon dégaina Illumination.

L’épée rutila, rouge, jaune et orange, toute vive de lumière. Jon avait déjà assisté au spectacle… mais pas comme ça, jamais encore comme ça. Illumination était le soleil devenu acier. Lorsque Stannis éleva la lame au-dessus de sa tête, les hommes durent détourner le regard ou se couvrir les yeux. Les chevaux piaffèrent, et l’un d’eux jeta son cavalier à terre. Dans la fosse, le brasier sembla se rétracter face à cet ouragan de lumière, comme un roquet se recroqueville devant un dogue. Le Mur lui-même revêtit des teintes rouges, rosées et orange, tandis que des vagues de couleur dansaient sur la glace. Est-ce donc là la puissance du sang des rois ?

« Westeros n’a qu’un roi », clama Stannis. Sa voix résonnait avec rudesse, sans rien de la mélodie de celle de Mélisandre. « Avec cette épée, je défends mes sujets et je détruis ceux qui les menacent. Ployez le genou et je vous promets de la nourriture, des terres et la justice. Agenouillez-vous et vous vivrez. Ou partez et mourez. Le choix vous appartient. » Il glissa Illumination dans son fourreau et le monde s’obscurcit de nouveau, comme si le soleil avait passé derrière un nuage. « Ouvrez les portes. »

« OUVREZ LES PORTES ! » beugla ser Clayton Suggs d’une voix aussi grave qu’une trompe de guerre. « OUVREZ LES PORTES ! » reprit ser Corliss Penny en écho, pour relayer l’ordre aux gardes. « OUVREZ LES PORTES ! » gueulèrent les sergents. Les hommes s’empressèrent d’obéir. Des épieux aiguisés furent arrachés au sol, des planches jetées en travers de fossés profonds, et les portes de l’enclos grandes ouvertes. Jon Snow leva la main et l’abaissa, et les rangs noirs s’écartèrent sur la droite et sur la gauche, dégageant un passage jusqu’au Mur, où Edd-la-Douleur Tallett ouvrit la porte en fer d’une poussée.

« Venez, les encouragea Mélisandre. Venez à la lumière… ou courez rejoindre les ténèbres. » Dans la fosse au-dessous d’elle crépitait l’incendie. « Si vous choisissez la vie, venez à moi. »

Et ils vinrent. D’abord lentement, certains en boitant, ou appuyés sur leurs camarades, les captifs commencèrent à émerger de leur enclos grossièrement édifié. Si vous voulez manger, venez à moi, songea Jon. Si vous ne voulez pas geler ou crever de faim, soumettez-vous. Hésitant à l’affût d’un piège, les premiers prisonniers traversèrent les planches et le cercle d’épieux, pour aller vers Mélisandre et le Mur. D’autres les imitèrent, lorsqu’ils virent qu’il n’était advenu aucun mal aux premiers passés. Puis davantage, jusqu’à ce que cela devienne un flot régulier. Des gens de la reine en jaque cloutée et demi-heaumes tendaient au passage à chaque homme, femme et enfant un morceau de barral : un bâton, une branche cassée, pâle comme un os brisé, une liasse de feuilles rouge sang. Un morceau des anciens dieux pour nourrir le nouveau. Jon plia les doigts de sa main d’épée.

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