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Le bûcher d'un roi

Электронная книга - «Le bûcher d'un roi». Краткое содержание книги:

Le destin des Sept Royaumes est sur le point de basculer. A l’Est, Daenerys, dernière descendante de la Maison Targaryen, secondée par ses terrifiants dragons arrivés à maturité, règne sur une cité de mort et de poussière, entourée d’ennemis. Mais alors que certains voudraient la voir passer de vie à trépas, d’autres entendent rallier sa cause, tel Tyrion Lannister, le Lutin, dont la tête vaut de l’or depuis qu’il s’est rendu coupable du meurtre de son père, Tywin. Au Nord, où se dresse l’immense Mur de glace et de pierre qui garde la frontière septentrionale des Royaumes, Jon Snow, le bâtard de feu Eddard Stark, a été élu 998e Commandant en chef de la Garde de Nuit, mais ses adversaires se dissimulent des deux côtés du Mur, y compris parmi les troupes de Stannis Baratheon qui ont élu domicile dans ces contrées glacées…
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— À vos ordres, messire. » Marsh aboya des ordres, et une nuée de ses assistants sortit des rangs pour s’attaquer aux parois de bois. Le lord Intendant les regarda faire, la mine sombre. « Ces sauvageons… Croyez-vous qu’ils resteront loyaux, messire ?

— Certains, oui. Pas tous. Nous avons nos couards et nos félons, nos faibles et nos sots, tout comme eux.

— Nos vœux… Nous avons juré de protéger le royaume…

— Une fois que le peuple libre sera installé sur le Don, il deviendra partie du royaume, fit observer Jon. L’époque est désespérée, et le deviendra probablement plus encore. Nous avons vu le visage de notre véritable ennemi, un visage blanc et mort aux yeux bleus lumineux. Le peuple libre a vu cette face, également. En cela, Stannis ne se trompe pas. Nous devons faire cause commune avec les sauvageons.

— Cause commune contre un ennemi commun, je pourrais m’accorder avec cela, répondit Bowen Marsh, mais cela ne signifie pas que nous devions laisser des dizaines de milliers de sauvages à demi morts de faim passer le Mur. Qu’ils retournent dans leurs villages et qu’ils se battent là-bas contre les Autres, tandis que nous murons les portes. Ce ne sera pas difficile, à ce que me dit Othell. Il nous suffit de combler les tunnels avec des quartiers de roc et de déverser de l’eau par les meurtrières. Le Mur fera le reste. Le froid, le poids… Dans un cycle de lune, ce sera comme s’il n’y avait jamais eu de porte. Tout ennemi devra se creuser un passage.

— Ou grimper.

— Peu probable. Il ne s’agit pas de razzieurs venus dérober une épouse et un peu de butin. Tormund aura avec lui de vieilles femmes, des enfants, des troupeaux de moutons et de chèvres, et même des mammouths. Il a besoin d’une porte, et il n’en reste que trois. Et s’il devait envoyer des grimpeurs, eh bien, se défendre contre des grimpeurs est aussi aisé que de harponner des poissons dans un seau. »

Jamais les poissons ne remontent hors du seau pour venir te planter une lance dans le ventre. Jon avait déjà escaladé le Mur.

Marsh poursuivit : « Les archers de Mance Rayder ont dû décocher sur nous dix mille flèches, à en juger par le nombre de projectiles perdus que nous avons ramassés. Moins d’une centaine ont atteint nos hommes au sommet du Mur, la plupart portées par une subite rafale de vent. Alyn des Roseraies a été le seul homme à mourir là-haut et c’est sa chute qui l’a tué, pas la flèche qui lui a piqué la jambe. Donal Noye a péri afin de tenir la porte. Un acte de bravoure, certes… Mais si l’on avait scellé la porte, peut-être notre brave armurier serait-il toujours des nôtres. Que nous affrontions cent ennemis ou cent mille, tant que nous occupons le sommet du Mur, ils ne peuvent nous faire de mal. »

Il n’a pas tort. L’ost de Mance Rayder s’était brisé contre le Mur comme la vague sur une côte rocheuse, alors que les défenseurs se résumaient à une poignée de vieillards, de jeunes inexpérimentés et d’estropiés. Cependant, la méthode que suggérait Bowen allait à l’encontre de tous les instincts de Jon. « Si nous murons les portes, nous ne pourrons pas envoyer de patrouilleurs, fit-il observer. Nous serons aveugles.

— La dernière patrouille de lord Mormont a coûté à la Garde le quart de ses hommes, messire. Nous avons besoin de conserver les forces qu’il nous reste. Chaque mort nous diminue, et nous sommes déjà tellement dispersés sur nos positions… Occupe les hauteurs et tu remporteras la bataille, disait mon oncle. Il n’y a pas de plus haute position que le Mur, lord Commandant.

— Stannis promet des terres, de la nourriture et la justice à tous les sauvageons qui ploient le genou. Jamais il ne nous autorisera à murer ces portes. »

Marsh hésita. « Lord Snow, je ne suis pas homme à colporter des rumeurs, mais il se dit que vous devenez trop… vous vous liez trop avec lord Stannis. Certains suggèrent même que vous êtes… un… »

Un rebelle et un tourne-casaque, certes, et un bâtard, et un zoman par-dessus le marché. Janos Slynt n’était plus là, mais ses mensonges résistaient. « Je sais ce que l’on raconte. » Jon avait entendu les murmures, vu des hommes se détourner quand il traversait la cour. « Que voudraient-ils que je fasse, que je tire l’épée contre Stannis et les sauvageons tout d’un bloc ? Sa Grâce a trois fois le nombre de combattants dont nous disposons, et il est par ailleurs notre invité. Les lois de l’hospitalité le protègent. Et nous avons une dette envers lui et les siens.

— Lord Stannis nous a prêté main-forte quand nous avions besoin d’aide, s’entêta Marsh, mais il demeure un rebelle, et sa cause est perdue. Autant que nous le serons, si le Trône de Fer nous tient pour des traîtres. Nous devons nous assurer de ne pas choisir le côté des perdants.

— Il n’est pas dans mon intention de choisir un côté, répliqua Jon, mais je ne suis pas aussi sûr de l’issue de cette guerre que vous semblez l’être, messire. Pas après la mort de lord Tywin. » Si l’on devait croire les nouvelles venues par la route Royale, la Main du Roi avait péri, assassinée par son nain de fils tandis qu’elle trônait sur une chaise percée. Jon avait connu Tyrion Lannister, brièvement. Il m’a pris la main et considéré comme un ami. Difficile d’imaginer que le petit homme avait en lui la force de tuer son propre père, mais la réalité du trépas de lord Tywin ne semblait faire aucun doute. « Le lion à Port-Réal est un lionceau, et l’on sait que le Trône de Fer a déjà taillé des adultes en pièces.

— Ce peut être un enfant, messire, mais… Le roi Robert était fort aimé, et la plupart des hommes continuent d’accepter que Tommen est son fils. Plus ils voient lord Stannis et moins ils l’aiment, et moins nombreux encore sont ceux qui apprécient dame Mélisandre avec ses feux et son austère dieu rouge. Ils se plaignent.

— Ils se plaignaient aussi du lord Commandant Mormont. Les hommes adorent se plaindre de leurs épouses et de leurs lords, m’a dit celui-ci un jour. Ceux qui n’ont pas de femmes se plaignent deux fois plus de leurs lords. » Jon Snow jeta un coup d’œil vers l’enclos. Deux palissades étaient tombées, une troisième ne tarderait guère. « Je vous laisse ici en terminer, Bowen. Assurez-vous que tous les cadavres sont brûlés. Merci de vos conseils. Je vous le promets, je vais réfléchir à tout ce que vous avez dit. »

De la fumée et des cendres volantes flottaient encore dans l’air autour de la fosse quand Jon retourna au trot vers la porte. Là, il mit pied à terre, pour guider son destrier à travers la glace jusqu’au côté sud. Edd-la-Douleur le précéda avec une torche. Sa flamme léchait le plafond, si bien que des larmes froides dégouttelaient sur eux à chaque pas.

« Ça me soulage d’avoir vu brûler ce cor, messire, commenta Edd. La nuit dernière encore, j’ai rêvé que je pissais du haut du Mur au moment où quelqu’un décidait de sonner de ce cor. Oh, c’est pas que j’ me plaigne. Ça valait mieux que mon ancien rêve où Harma la Truffe me donnait à bouffer à ses cochons.

— Harma est morte.

— Mais pas ses cochons. Ils me regardent de la façon qu’avait l’Égorgeur de lorgner les jambons. J’ veux pas dire que les sauvageons nous veulent du mal. Oh, certes, on a taillé leurs dieux en pièces pour leur faire cramer les morceaux, mais on leur a refilé de la soupe à l’oignon. Ça compte pour quoi, un dieu, comparé à un bon bol de soupe à l’oignon ? Personnellement, pour moi, un bol, ça serait pas de refus. »

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