Le bûcher d'un roi
- Автор: Мартин Джордж Рэймонд Ричард
- Серия: Le Trone de fer #13
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Pygmalion
- ISBN: 978-2-7564-0586-5
- Переводчик: Patrick Marcel
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le bûcher d'un roi». Краткое содержание книги:
La chaleur de la fosse était palpable, même à cette distance ; pour les sauvageons, elle devait être terrible. Il vit des hommes se contracter en approchant des flammes, entendit des enfants pleurer. Quelques-uns se tournèrent vers la forêt. Il regarda une jeune femme s’éloigner en trébuchant, un enfant à chaque main. Chaque fois qu’elle avançait de quelques pas, elle se retournait pour s’assurer que personne ne les poursuivait, et lorsqu’elle atteignit les arbres, elle se mit à courir. Un vieillard chenu empoigna la branche de barral qu’on lui tendait et en usa comme d’une arme, frappant avec elle jusqu’à ce que les gens de la reine convergent sur lui avec des lances. Les suivants durent contourner son corps ; finalement, ser Corliss le fit jeter au brasier. Ils furent plus nombreux dans le peuple libre à choisir les bois après cela… Un sur dix, peut-être.
Mais la plupart continuèrent de venir. Derrière eux, il n’y avait que le froid et la mort. Devant eux, l’espoir. Ils vinrent, serrant leurs bribes de bois jusqu’à ce que vienne le moment d’en alimenter les flammes. R’hllor était un dieu jaloux, toujours inassouvi. Aussi le nouveau dieu dévora-t-il le cadavre des anciens, et projeta-t-il sur le Mur les ombres gigantesques de Stannis et de Mélisandre, noires contre les reflets rougeoyant sur la glace.
Sigorn fut le premier à s’agenouiller devant le roi. Le nouveau Magnar de Thenn était une réplique plus jeune et plus courtaude de son père – mince, dégarni, portant grèves de bronze et chemise de cuir cousue d’écailles de bronze. Puis vint Clinquefrac, dans une bruyante armure d’os et de cuir bouilli, avec pour casque un crâne de géant. Sous les os se terrait une créature ravagée et piteuse avec ses dents brunes et fendues et ses yeux aux blancs teintés de jaune. Un homme petit, malveillant et sournois, aussi borné que cruel. Jon ne croyait pas un instant qu’il resterait loyal. Il se demanda ce que ressentait Val en le voyant s’agenouiller, pardonné.
Suivirent des dirigeants de moindre importance. Deux chefs de clan des Pieds Cornés, dont les pieds étaient noirs et durs. Une vieille sage, révérée par les peuples de la Laiteuse. Un gamin de douze ans, maigre, aux yeux sombres, le fils d’Alfyn Freux-buteur. Halleck, frère d’Harma la Truffe, avec les cochons de sa sœur. Chacun mit un genou en terre devant le roi.
Il fait trop froid pour cette comédie, jugea Jon. « Le peuple libre méprise les agenouillés, avait-il mis en garde Stannis. Laissez-leur préserver leur fierté et ils ne vous en aimeront que mieux. » Sa Grâce n’avait point voulu écouter. Il avait répliqué : « D’eux, j’attends des épées, pas des baisers. »
Ayant ployé le genou, les sauvageons défilèrent d’un pas pénible devant les rangs des frères noirs, jusqu’à la porte. Jon avait délégué Tocard, Satin et une demi-douzaine d’autres pour les guider à travers le Mur avec des torches. De l’autre côté, les attendaient des bols de soupe à l’oignon chaude, des morceaux de pain noir et des saucisses. Des vêtements, aussi : des manteaux, des chausses, des bottes, des tuniques, des gants de bon cuir. Ils dormiraient sur des piles de paille propre, avec des feux ronflants pour tenir en respect le froid de la nuit. Le roi était par-dessus tout méthodique. Tôt ou tard, cependant, Tormund Fléau-d’Ogres lancerait un nouvel assaut contre le Mur et, quand viendrait cette heure, Jon se demandait quel camp les nouveaux sujets de Stannis choisiraient. Tu peux leur donner des terres et de la miséricorde, mais le peuple libre choisit ses propres rois, et ils avaient choisi Mance, pas toi.
Bowen Marsh approcha sa monture de celle de Jon. « Voilà un jour que je n’aurais jamais pensé voir. » Le lord Intendant avait visiblement maigri depuis sa blessure à la tête reçue au pont des Crânes. Une portion d’oreille avait disparu. Il ne ressemble plus guère à une pomme granate, songea Jon. « Nous avons versé notre sang pour arrêter les sauvageons dans la Gorge, déclara Marsh. Des hommes braves ont péri là-bas, des amis, des frères. Pour quel résultat ?
— Le royaume nous maudira tous pour ça, déclara ser Alliser Thorne sur un ton venimeux. Chaque honnête homme de Westeros détournera la tête pour cracher, à la mention de la Garde de Nuit. »
Que sais-tu des honnêtes gens ? « Silence dans les rangs. » Ser Alliser usait de plus de circonspection depuis que lord Janos avait perdu sa tête, mais sa malveillance était toujours présente. Jon avait songé à lui confier le commandement que Slynt avait refusé, mais il tenait à conserver l’homme à ses côtés. Il a toujours été le plus dangereux des deux. Il avait nommé à sa place un intendant de Tour Ombreuse, blanchi sous le hamois, afin de prendre en main Griposte.
Il espérait que ces deux nouvelles garnisons feraient une différence. La Garde peut verser le sang du peuple libre, mais, au bout du compte, nous n’avons aucun espoir de les arrêter. Livrer Mance Rayder aux flammes n’avait pas changé cette vérité. Nous sommes toujours trop peu et eux trop nombreux et, sans patrouilleurs, nous sommes pratiquement aveugles. Il faut que j’envoie des hommes. Mais si je le fais, reviendront-ils ?
Le tunnel traversait le Mur par un goulet étroit et sinueux, et nombre de sauvageons étaient vieux, malades ou blessés, si bien que la progression s’effectuait avec une pénible lenteur. Le temps que le dernier d’entre eux ait plié le genou, la nuit était tombée. Le feu dans la fosse brûlait bas, et l’ombre du roi sur le Mur avait rétréci jusqu’à un quart de sa taille première. Jon Snow distinguait son souffle dans l’air. Il fait froid, constata-t-il, et cela ne fait que commencer. Cette comédie a assez duré.
Une quarantaine de captifs s’attardaient près de l’enclos. Parmi eux, quatre géants, des créatures massives et hirsutes aux épaules voûtées, aux jambes aussi grandes que des troncs d’arbre et aux énormes pieds écartés. En dépit de leur envergure ils auraient quand même pu passer sous le Mur, mais l’un d’eux refusait d’abandonner son mammouth, et les autres, de le quitter. Le reste de ces traînards avaient tous taille humaine. Certains étaient morts, d’autres mourants ; davantage encore étaient des parents ou des proches, qui n’acceptaient pas de les laisser, fût-ce pour un bol de soupe à l’oignon.
Certains grelottant, d’autres trop engourdis pour grelotter, ils écoutèrent la voix du roi dont l’écho roulait contre le Mur. « Vous êtes libres de partir, leur dit Stannis. Racontez à votre peuple ce dont vous avez été témoins. Dites-leur que vous avez vu le vrai roi, et qu’ils sont les bienvenus en son royaume tant qu’ils en préservent la paix. Sinon, qu’ils fuient ou qu’ils se cachent. Je ne tolérerai plus aucune attaque contre mon Mur.
— Un royaume, un dieu, un roi ! » lança dame Mélisandre.
Les gens de la reine reprirent le cri, martelant de la hampe de leurs lances leurs boucliers. « Un royaume, un dieu, un roi ! STANNIS ! STANNIS ! UN ROYAUME, UN DIEU, UN ROI ! »
Val ne se joignait pas au cri scandé, constata Jon. Ni les frères de la Garde de Nuit. Durant le tumulte, les quelques sauvageons qui restaient se fondirent entre les arbres. Les géants furent les derniers à partir, deux à califourchon sur le dos d’un mammouth, les deux autres à pied. Seuls les morts furent laissés en arrière. Jon regarda Stannis descendre de l’estrade, Mélisandre auprès de lui. Son ombre rouge. Elle ne quitte jamais longtemps son côté. La garde d’honneur du roi prit position autour d’eux – ser Godry, ser Clayton et une douzaine d’autres chevaliers, tous gens de la reine. Le clair de lune luisit sur leur armure et le vent fouetta leurs manteaux. « Lord Intendant, ordonna Jon à Marsh, démantelez cet enclos pour en faire du bois pour le feu et jetez les cadavres dans les flammes.