Le bûcher d'un roi
- Автор: Мартин Джордж Рэймонд Ричард
- Серия: Le Trone de fer #13
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Pygmalion
- ISBN: 978-2-7564-0586-5
- Переводчик: Patrick Marcel
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le bûcher d'un roi». Краткое содержание книги:
« Qu’est-ce que tu lui as fait ? demanda Canard.
— Je lui ai envoyé un baiser. Toutes les filles pleurent quand je les embrasse. »
Au-delà du hallier de saules, la route s’interrompait abruptement et ils obliquèrent vers le nord sur une courte distance, chevauchant au bord de l’eau, jusqu’à ce que disparaissent les taillis et qu’ils se retrouvent près d’un vieil embarcadère de pierre, à demi submergé et embrassé de grands roseaux bruns. « Canard ! s’écria quelqu’un. Haldon ! » Tyrion tendit le cou sur un côté et vit un jeune garçon debout sur le toit d’un bâtiment bas, en bois, qui agitait un chapeau de paille à large bord. C’était un jeune homme svelte et bien bâti, d’allure dégingandée, à la crinière bleu sombre. Le nain évalua son âge à quinze ou seize ans, ou assez près pour que la différence ne compte guère.
Le toit sur lequel se tenait le garçon se révéla être le rouf de la Farouche Pucelle, une vieille barge mal entretenue à un seul mât. Elle était large, avec un bas tirant d’eau, idéale pour remonter les plus petits ruisseaux et passer les bancs de sable sans se mettre au plain. Une bien laide pucelle, songea Tyrion, mais les plus vilaines se révèlent parfois au lit les plus goulues. Les barges qui voguaient sur les cours d’eau de Dorne étaient souvent peintes de couleurs vives et sculptées avec art, mais pas cette pucelle-ci. Sa peinture présentait un gris brun boueux, moucheté et écaillé sa grande barre incurvée était simple et sans ornement. Elle a l’air d’un monceau de boue, se dit-il, mais sans doute est-ce le but recherché.
Canard lançait déjà un cri en retour. La jument avança en éclaboussant dans les eaux peu profondes de la rive, foulant les roseaux. Le garçon sauta du rouf sur le pont de la barge et le reste de l’équipage de la Farouche Pucelle fit son apparition. Un couple plus âgé avec quelque chose de rhoynar dans les traits se tenait près de la barre, tandis qu’une séduisante septa en souple robe blanche passait la porte de la cabine et repoussait de ses yeux une mèche de cheveux brun sombre.
Mais impossible de se tromper sur Griff. « Assez gueulé comme ça », décréta-t-il. Un silence subit tomba sur la rivière.
Avec celui-ci, ça n’ira jamais, sut immédiatement Tyrion.
Le manteau de Griff se composait de la peau et de la tête d’un loup rouge de la Rhoyne. Sous la dépouille, il portait du cuir brun, raidi par des anneaux de fer. Son visage glabre tanné, avec des pattes d’oie au coin des yeux, évoquait aussi le cuir. Bien qu’il ait les cheveux aussi bleus que ceux de son fils, les racines se révélaient rouges et les sourcils plus rouges encore. À sa hanche pendaient une épée et un poignard. S’il éprouvait la moindre joie à retrouver Canard et Haldon, il le cacha bien, mais ne se donna pas la peine de masquer son déplaisir à la vue de Tyrion. « Un nain ? Qu’est-ce que c’est que ça ?
— Je sais, vous espériez une meule de fromage. » Tyrion se tourna vers Griff le Jeune et lança à l’adolescent son plus désarmant sourire. « Les cheveux bleus peuvent convenir, à Tyrosh, mais à Westeros les enfants vont vous jeter des pierres et les filles vous rire au nez. »
Le garçon fut pris de court. « Ma mère était une grande dame de Tyrosh. Je me teins les cheveux en mémoire d’elle.
— Qu’est-ce que c’est que cette créature ? » demanda Griff.
Ce fut Haldon qui répondit. « Illyrio a envoyé une lettre pour tout expliquer.
— Alors, donne-la-moi. Conduis le nain dans ma cabine. »
Je n’aime pas ses yeux, songea Tyrion, lorsque le reître s’assit en face de lui dans la pénombre qui régnait dans le rouf, avec une table en bois couvert de marques et d’encoches, et une chandelle de suif entre eux deux. Les pupilles étaient d’un bleu de glace, pâles et froides. Le nain se méfiait des yeux pâles. Ceux de lord Tywin avaient été vert pâle, mouchetés d’or.
Il regarda le mercenaire parcourir la missive. Le simple fait qu’il sût lire révélait déjà bien des choses. Combien d’épées-louées pouvaient s’en vanter ? C’est à peine s’il remue les lèvres, nota Tyrion.
Finalement, Griff leva le regard du parchemin, et ses yeux si pâles se rétrécirent. « Tywin Lannister, mort ? De ta main ?
— De mon doigt. Celui-ci. » Tyrion le leva pour que Griff puisse l’admirer. « Lord Tywin siégeait sur une chaise percée, aussi lui ai-je décoché un carreau d’arbalète dans les tripes, pour voir s’il chiait réellement de l’or. Eh bien, non. Dommage, j’aurais eu l’usage d’un peu d’or. J’avais tué ma mère, aussi, quelque temps plus tôt. Oh, et mon neveu, Joffrey, je l’ai empoisonné durant son banquet de noces et je l’ai regardé s’étouffer et mourir. Le marchand de fromages aurait-il omis ce détail ? J’ai l’intention d’ajouter mon frère et ma sœur à la liste avant d’en avoir terminé, s’il plaît à votre reine.
— Lui plaire ? Est-ce qu’Illyrio a perdu la tête ? Pourquoi s’imagine-t-il que Sa Grâce pourrait se féliciter des services d’un régicide et d’un traître autoproclamé ? »
Question pertinente, admit Tyrion en son for intérieur, mais il dit : « Le roi que j’ai occis siégeait sur le trône de votre reine, et tous ceux que j’ai trahis étaient des lions, aussi me semble-t-il que j’ai déjà rendu à la reine de signalés services. » Il se gratta son moignon de nez. « Rien à craindre, je ne vous tuerai pas, vous n’êtes pas de ma famille. Puis-je voir ce qu’a écrit le marchand de fromages ? J’adore lire ce qu’on dit de moi. »
Griff ignora la requête. Il porta la lettre à la chandelle et regarda le parchemin noircir, se recroqueviller et s’embraser. « Le sang versé sépare les Targaryen et les Lannister. Pourquoi soutiendrais-tu la cause de la reine Daenerys ?
— Pour l’or et pour la gloire, répondit le nain avec bonne humeur. Oh, et par haine. Si vous aviez rencontré ma sœur, vous comprendriez.
— Je comprends bien la haine. » À la façon dont Griff prononça ce mot, Tyrion sut que cela au moins était vrai. Il a fait banquet de haine, lui aussi. Elle le réchauffe la nuit depuis des années.
« Alors, nous avons cela en commun, ser.
— Je ne suis pas chevalier. »
Non seulement menteur, mais mauvais menteur. C’était maladroit et sot, messire. « Et pourtant ser Canard raconte que vous l’avez fait chevalier.
— Canard parle trop.
— D’aucuns pourraient s’émerveiller de voir un canard qui parle. Qu’importe, Griff. Vous n’êtes pas chevalier et je suis Hugor Colline, un petit monstre. Votre petit monstre, s’il vous sied. Vous avez ma parole, tout ce que je désire, c’est d’être le féal serviteur de votre reine dragon.
— Et comment te proposes-tu de la servir ?
— En usant de ma langue. » Il se lécha les doigts, l’un après l’autre. « Je puis dire à Sa Grâce comment pense ma sœur, si l’on peut appeler cela penser. Je puis détailler à ses capitaines la meilleure façon de défaire mon frère, Jaime, au combat. Je sais quels seigneurs sont des braves et lesquels des poltrons, ceux qui sont loyaux et ceux qui sont vénaux. Je peux lui procurer des alliés. Et j’en sais tant et plus sur les dragons, comme votre Demi-Mestre vous le dira. Je suis amusant, en sus, et je ne mange guère. Considérez-moi comme votre lutin personnel et fidèle. »