Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
READ-E-BOOK » Путеводители » Dictionnaire amoureux de la France
Dictionnaire amoureux de la France - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Dictionnaire amoureux de la France

Электронная книга - «Dictionnaire amoureux de la France». Краткое содержание книги:

Le terroir et la littérature ont toujours fait bon ménage. Diverse et belle, la France n'en finira jamais d'inspirer les écrivains. Avec ce Dictionnaire amoureux, Denis Tillinac nous offre le plus beau des miroirs car l'image ici réfléchie est tout simplement celle de notre histoire.
1 ... 45 46 47 48 49 50 51 52 53 ... 81
Перейти на страницу:

La mémoire de tout un chacun ramasse à la pelle les feuilles mortes, comme dans la chanson de Gréco. La mémoire de chaque peuple porte des deuils et la plupart des civilisations ont postulé un âge d’or, enfoui dans un passé mythifié. Les Celtes, entre autres.

La nostalgie, c’est différent. Plus intimiste et plus feutré. Plus doux. Les Français semble-t-il s’y adonnent plus volontiers que d’autres, en y mettant une sentimentalité particulière. Ne pas confondre ce sentiment avec cette mélancolie des Slaves qui est un fatalisme. L’Histoire, estiment-ils, leur veut du mal depuis la nuit des temps et ça ne changera jamais. Ne pas confondre non plus avec la saudade des Portugais, autre fatalisme. La vie, croient-ils, n’est pas gaie, elle ne l’a jamais été et ça ne s’arrangera pas. Le Français peut être dépressif, il n’est pas fataliste : une victoire en Coupe du Monde, une médaille d’or aux jeux Olympiques et la courbe du moral remonte comme par enchantement. Si ça va mal, il n’accuse pas le destin, mais ses chefs ; d’où la difficulté de gouverner la France. La nostalgie qui baigne notre littérature, qui l’inonde, nos coups de blues ou de spleen (mots anglais, sentiment français) emmêlent l’amour du passé, le goût de l’introspection et un orgueil perpétuellement insatisfait. Nous savons cueillir notre bonheur sur le fil de l’instant et dans les bas-côtés, mais il est toujours embué de regrets imprécis. Comme si nous méritions mieux. Comme si nous méritions davantage. Au deuxième apéro nous succombons à l’euphorie, tout est redevenu possible. Au troisième, la nostalgie nous surprend. Peut-être parce que nous escomptons de l’existence plus qu’elle ne peut nous offrir. Plus d’amour, plus de beauté, plus d’aventure. En tout cas nous exigeons de la France tant de noblesse et de grandeur qu’elle nous déçoit. Du moins la France « officielle ». Le temps présent nous désoblige par sa trivialité ; alors le temps perdu nous fait de l’œil. « Il n’y a plus d’après… » pour les amoureux. Plus de printemps pour ce pays qu’on a trop magnifié. Ça froisse le cœur, ce manque indéfinissable. Juste un froissement, une tristesse mezzo voce de musique de chambre, mais qui module notre sensibilité. Proust ne pouvait être que français. Baudelaire aussi, et plus encore Rimbaud. Certes il y a des raisons objectives à cette nostalgie : le temps fabuleux de Saint Louis, le temps somptueux de Louis XIV et surtout le temps épique de la Grande Armée nous endeuillent. Mais ce deuil, d’autres l’auraient converti en résignation, ou bien en agressivité vindicative. Pas nous. De nos grandeurs défuntes (à titre provisoire, pensons-nous secrètement) nous avons noué avec notre passé une relation somme toute voluptueuse. Passé collectif et individuel, toujours embrouillés comme dans les Mémoires d’outre-tombe. Le passé, nous l’affinons, le cuisinons, nous en éliminons les scories et nous le dégustons. Ça donne une sorte de tendresse vaguement éplorée, à peine larmoyante, qui caractérise notre romantisme et notre presse du cœur. Nous aimons les come-back de l’amour, les « vingt ans après » à la Balzac, à la Dumas, à la Sautet. « Vincent, François, Paul et les autres » ne sont pas malheureux, ils s’offrent juste une rasade de nostalgie pour embuer leur copinage. Ce ressassement du passé, sa résurrection douce-amère nous rendent immatures. Le Français est un ado qui se prend pour un homme tout en voulant rester fidèle à ses souvenirs d’enfant. Sa littérature, ses chansons, ses foucades politiques, relèvent d’une contradiction qui paraît insoluble. Elle ne l’est pas vraiment. Nous retrouvons toujours la route du bonheur dans ce pays qui toujours sort de ses ornières. Toujours et vite. Après Azincourt, tout semble perdu. Après Castillon-la-Bataille, les Anglais détalent. Après la débâcle, la France est en larmes. Après la Libération, elle se relève, Brigitte Bardot en robe de chair concurrence Marilyn et Françoise Sagan chuchote Bonjour tristesse, comme pour signifier que le bonheur retrouvé reste inscrit sur la trame de la nostalgie. Blondin en tirera une mélodie mi-pathétique mi-drolatique. La France, nous la rêvons nécessairement sur cette trame. Nos pauvres gouvernants misent à côté de la plaque en nous serinant qu’il faut penser à l’avenir plutôt qu’au passé. L’avenir, on s’en fout. D’ailleurs l’avenir, ça n’existe pas. Tandis que, pour un Français, le passé sera toujours le temple d’un culte, public ou privé, et une maison de famille où les portraits d’ancêtres sortent de leur cadre et vaquent comme s’ils avaient toujours vingt ans.

Notre-Dame

Avant même que soit achevée sa construction, l’histoire de France a tenu à solenniser Notre-Dame de Paris, ses riches heures et ses malheurs, ses deuils, ses résurrections. Les rois pour rendre grâces, pour convoler, pour l’ultime bénédiction avant la crypte de Saint-Denis, mais aussi Napoléon pour s’autosacrer, et de Gaulle pour le Te Deum de la Libération. Saint Louis y a déposé la couronne d’épines du Christ, Philippe le Bel y a ouvert les premiers états généraux du royaume et le procès en réhabilitation de Jeanne d’Arc y a débuté. Henri IV y a épousé Margot à la veille de la Saint-Barthélemy, Bossuet y a prononcé l’oraison funèbre du Grand Condé et, de Leclerc à l’abbé Pierre, maintes funérailles nationales y ont été ordonnées. Un seul outrage me vient à l’esprit : le couronnement d’Henri VI, roi d’Angleterre, comme roi de France. Heureusement ça n’a pas eu de suite.

Moi qui ne suis ni roi ni prince, j’aime la contempler sous toutes ses facettes ; en y déambulant, je sens vibrer — comment dire ? — l’âme de la France. Ou son cœur. En tout cas ce qu’elle a d’impérissable. C’est un bonheur empreint de gravité et de fierté de voir s’épanouir comme une gerbe les arcs du chevet depuis le pont Sully, un autre bonheur quand apparaît la rosace au débouché de la rue Maître-Albert, un autre de lever le nez sur les statues du tympan. Chaque fois, je découvre un visage ou un geste qui m’avaient échappé. Et chaque fois qu’en faisant le tour mon regard se porte sur l’enchevêtrement fabuleux des arcs, des chapiteaux, des tourelles, des gargouilles, je crois voir apparaître l’ombre démesurée de Quasimodo, avec Esmeralda sous un bras. Car ma vision de Notre-Dame — et du quartier — est tributaire du roman de Victor Hugo : ce drame romantique inspiré par une splendeur gothique, c’est une cathédrale littéraire qui s’ajoute aux autres, et tellement française : le monstre au cœur d’agneau, la romanichelle toute pure.

Curieusement, le tourisme de masse, peu supportable en d’autres lieux, ne me gêne ni ne m’offusque ; ces Japonais, ces Américains qui béent devant la clôture du chœur pérennisent d’une certaine façon la cohorte des fidèles qui depuis Saint Louis viennent prier, ou admirer. Même si le double mystère de l’humanité et de la résurrection du Christ — sujet de ces motifs sculptés — n’éveille en eux qu’une curiosité polie. Pour peu que l’orgue se déchaîne à l’heure de la grand-messe du dimanche, ils doivent sentir, me dis-je, que la France n’est pas un pays réductible à son PIB. D’autres cathédrales françaises ont surgi à la même époque, où triomphe le gothique : Laon, Beauvais, Noyon, Senlis, Amiens (la plus belle, selon Ruskin), Orléans, Bourges, Chartres, Rouen, Reims. Certaines sont plus élégantes et chacune recèle un fragment du génie national, un lambeau de sa mémoire. Mais Notre-Dame, sise sur l’antique Cité, Notre-Dame autour de laquelle jouaient les escholiers d’Albert le Grand, de Thomas d’Aquin et de Sorbon, Notre-Dame au bord du fleuve où baguenaudent les fantômes de nos poètes entre les bouquinistes et les tavernes, Notre-Dame de Paris chantée avec tant de tendresse par Édith Piaf embrasse et ennoblit la spiritualité éparse qui irrigue les clochers de ce vieux pays.

1 ... 45 46 47 48 49 50 51 52 53 ... 81
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)