Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
READ-E-BOOK » Путеводители » Dictionnaire amoureux de la France
Dictionnaire amoureux de la France - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Dictionnaire amoureux de la France

Электронная книга - «Dictionnaire amoureux de la France». Краткое содержание книги:

Le terroir et la littérature ont toujours fait bon ménage. Diverse et belle, la France n'en finira jamais d'inspirer les écrivains. Avec ce Dictionnaire amoureux, Denis Tillinac nous offre le plus beau des miroirs car l'image ici réfléchie est tout simplement celle de notre histoire.
1 ... 43 44 45 46 47 48 49 50 51 ... 81
Перейти на страницу:

Montpensier

Le mot sonne vieille France, avec une touche de mélancolie, une autre de langueur féminine, peut-être à cause du roman de Mme de Lafayette. Mot proustien. Comme Guermantes ou Méséglise, il ébauche un pastel de châtelaine idéale, cernée de pages et qui se morfond dans l’attente indéfinie d’un chevalier en vadrouille du côté de Saint-Jean-d’Acre. Poésie de ces noms de lieux et de fiefs, quand ils sont doux, parfumés et souriants. Langeais, Maillé-Brézé, La Vallière, Nemours, Montmorency, Sablé, Meilleraye.

De fait, Montpensier était un apanage d’une branche des Bourbons. Du château érigé sur son promontoire, il ne reste rien, Richelieu l’a fait raser. Il avait ses raisons. Des arbres ont poussé sur la butte, quelques maisons en contrebas. Un clocher roman a survécu. Mais, au-delà d’Effiat, propriété du père de Cinq-Mars, la forêt qui s’étend jusqu’aux abords de Vichy s’appelle toujours Montpensier. Adolescent, j’y venais avec une demoiselle plus accorte que d’autres. Elle n’était pas princesse comme l’héroïne du roman, il s’en fallait de beaucoup. Néanmoins, que la forêt portât ce nom ennoblissait tant soi peu nos déhanchements sur des tapis de feuilles mortes. J’ai récidivé ultérieurement, pour satisfaire à cet étrange pouvoir des mots ; en l’occurrence celui-là résume ou presque la poétique d’une histoire de France des provinces somnolentes à laquelle j’associe le Bourbonnais qui débute à Montpensier, l’ennui peut-être lancinant, peut-être voluptueux, qu’on devait endurer dans le château, avant qu’il soit détruit. Il recompose un univers sans temporalité précise, un peu médiéval, un peu Renaissance, un peu « classique », un univers dont je retrouve la langueur à la fois délectable et oppressante dans la ville de Moulins avec son jaquemart sur la place pavée, ses cours ombragés et bornés d’hôtels du Grand Siècle en brique polychrome — rouge et noir —, les restes du château des ducs de Bourbon, la maison à colombages de guingois où Jeanne d’Arc fit escale. Pouvoir inouï des mots : cet univers, il me suffit de lire « Anne de Beaujeu » dans un grimoire pour réveiller le florilège d’enluminures qui décorent les sous-sols de mon petit « moi » et inscrivent la cour qu’elle tenait à Moulins dans une nuée merveilleuse. Il se trouve que cette femme — « la moins folle du royaume », disait son père Louis XI — a fait valoir des talents politiques remarquables durant la minorité de son frangin Charles VIII et, sur les gravures qui la représentent, son visage a la beauté hiératique d’une sainte — je l’aime beaucoup. Mais, eût-elle été la pire des garces, le seul accolage de son prénom et de son nom — Anne de Beaujeu — n’aurait pas moins représenté ce royaume imaginaire dont j’hérite aussi quand le mot Montpensier me trotte dans les neurones.

J’ai vu, sur une gravure, feu le château de Montpensier — deux tours, une chapelle, à peine de quoi picorer un songe creux. Un incendie a détruit l’autre château des Bourbons, à Aigueperse, où naquit le connétable de triste mémoire. C’est à deux pas de Montpensier, on a les pieds dans la Limagne bien grasse, l’œil escalade les côtes d’Auvergne et se pose sur les volcans. J’ai des amis dans les parages, des bourgeois de campagne à l’ancienne, comme on dit des confitures, plus ou moins acoquinés avec les particules du cru. Il en reste, on les appelle les « fonds de château ». En allant les voir je traverse la forêt enchantée, j’admire au passage le château d’Effiat (Louis XIII), je contourne la butte orpheline. C’est un fragment de ma France intime, il y en a beaucoup d’autres mais celui-là, outre l’amitié, s’est figé en fantasme par la magie d’un seul mot et j’aime le chuchoter, j’aime le voir apparaître sur un panneau indicateur.

Moulinsart

En créant Moulinsart sur le modèle approximatif de Cheverny, Hergé qui était wallon à imagé le décor idéal d’un bonheur de Français à la retraite : un château de taille raisonnable dans un grand parc. Moulinsart est un havre de « calme, luxe et volupté » où Tintin vient rejoindre le capitaine Haddock pour bucoliser dans le parc entre deux aventures. Tintin n’a pas de racines. Haddock, lui, s’est découvert une mémoire familiale, la propriété ayant appartenu à l’un de ses ancêtres, corsaire de son état (Le Trésor de Rackham le Rouge). Moulinsart reste un havre provisoire, pour ne pas dire illusoire, car Tintin vient toujours relancer le capitaine, il faut repartir. Mais l’aspiration à une vraie retraite est attestée dans un vrai terroir : Cheverny existe ; des millions de touristes parcourant le Val de Loire l’ont vu de leurs yeux. Le parallèle s’est imposé spontanément à leur esprit en découvrant ce joyau immaculé posé sur un tapis de verdure avec ses deux pavillons couronnés de coupoles. C’est Moulinsart, bel et bien ; rien de plus évident que de le peupler de Tournesol, de la Castafiore, de Séraphin Lampion, d’Abdullah et de rôdeurs nocturnes. Ou de chercher l’enseigne de la boucherie Sanzot autour de l’église de Cour-Cheverny. D’ailleurs un musée Tintin a été implanté dans les anciens communs. On y voit le sous-marin en forme de squale de Tournesol, son laboratoire, son pendule. On y rencontre Nestor en uniforme de maître d’hôtel, on suppose qu’il va nous accueillir devant l’escalier d’honneur et nous proposer le whisky de son maître. Pour que la magie s’exerce sur notre imagination, il fallait que Cheverny fût un château de la Loire, sis dans un vrai village de province, noble mais pas princier, de facture « classique », enclos dans ses murs, avec des pelouses soyeuses à perte de vue semées d’arbres plusieurs fois centenaires. Il fallait que la lignée des propriétaires fût patricienne, sans prétendre à trop d’éminence. Or Cheverny appartient à la même famille depuis six siècles, en l’occurrence les Hurault de Vibraye. Accréditation discrète de l’Histoire : ils existent aujourd’hui encore, avec marquisat à la clé, sans plus. Qu’ils soient aristos, bourgeois ou prolétaires, les Français ont un faible pour les vieilles maisons de famille, c’est un reste de leur souche paysanne. Ils aiment régner sur un enclos. Pour peu qu’ils soient friqués, un château ne leur fait pas peur, et encore moins la particule, même s’ils professent un républicanisme de stricte obédience. Ils sont châtelains dans l’âme, sans le savoir ; aussi apprécient-ils qu’à l’intérieur de Cheverny, des portraits d’ancêtres scandent le cours de l’histoire de France. Un Hurault servit Henri IV, c’était une bonne pioche. Un autre Hurault servit Charles X, métier moins glorieux mais pas déshonorant. Un portrait en pied de Louis XVI et une armure du comte de Chambord enfant semblent confirmer un attachement à feu notre monarchie qui ne choque personne, fût-ce au Grand Orient. L’histoire de l’art parachève la balade dans le temps jadis : Jean Monner a peint des panneaux de bois évoquant les aventures de Don Quichotte, ancêtre moral de Tintin en quelque façon. Simon Vouet a dessiné des tapisseries. Clouet, Mignard, le Titien, Raphaël, Rigaud, Quentin de La Tour ont signé des portraits, Hubert Robert des paysages : de la Renaissance aux Lumières, les styles font la ronde. Cheverny est historique, tout en restant intimiste. Son charme sidère sans intimider. Sobriété suprêmement gracieuse du dessin, inspiré par le palais du Luxembourg, étrangeté de la blancheur, imputable à la pierre de Bourré ; suavité des verts qui de partout enchâssent le bâtiment : voilà le secret d’une grâce sans équivalent dans les autres châteaux du circuit touristique (voir : Val enchanté). Cheverny est une demeure, pas un palais. Il faut se hasarder dans les allées du parc, au couchant, de préférence un jour où le ciel est d’un azur séraphique. On se sent chez soi, ou presque, comme Tintin quand il chemine benoîtement avec le propriétaire en culotte de cheval, stick à la main et monocle sur l’œil. Le vent porte les aboiements de la meute du chenil, c’est la France des derniers Valois, la doulce France du pays blésois, en retrait du grand fleuve. Un pays encore solognot sur les bords de perspectives cavalières, de maisons basses et de vignes en pente très douce. Le vin de Cheverny a pris juste ce qu’il fallait de soleil. Le mot lui-même, Cheverny, évoque une douceur de vivre civilisée, un épicurisme tempéré, un raffinement sans afféterie. La proximité des « Trois marchands », auberge de chasseurs où l’on dîne excellement mais à la bonne franquette, instaure une connivence entre le bourg et son château. Chambord n’est pas loin mais le songe qui nous y surprend n’inspire pas un sentiment de familiarité. Un caprice royal l’a enfanté, des sommités y chassent, des républiques l’ont patrimonialisé. Tandis que Moulinsart, n’importe quel Français s’y verrait à la retraite, avec ou sans Nestor ; il suffirait qu’un hasard lui exhume un ancêtre bourlingueur assez chanceux pour avoir rapporté un trésor.

1 ... 43 44 45 46 47 48 49 50 51 ... 81
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)