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Dictionnaire amoureux de la France

Электронная книга - «Dictionnaire amoureux de la France». Краткое содержание книги:

Le terroir et la littérature ont toujours fait bon ménage. Diverse et belle, la France n'en finira jamais d'inspirer les écrivains. Avec ce Dictionnaire amoureux, Denis Tillinac nous offre le plus beau des miroirs car l'image ici réfléchie est tout simplement celle de notre histoire.
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Nationale 7

Elle débutait à la porte d’Italie, traversait Le Kremlin-Bicêtre puis Monaco et achevait son périple à Menton, aux portes de l’Italie. On y lâchait, dans un désordre ensoleillé, des fringales de calanques et de pinèdes, de pastis et de pétanque après la sieste, des réminiscences de Giono, de Pagnol et de Daudet recyclées en images drolatiques de Fernandel ou de Raimu. Avec l’accent de la Provence et dans l’imaginaire de Français, la Provence est l’allégorie d’un Paradis à la fois luxuriant et un peu enfantin.

Les bourgeois avaient leurs escales : Les Templiers avant Montargis, L’Espérance à Pouilly, l’Hôtel de Paris à Moulins, la Brasserie Georges à Lyon, le Napoléon à Montélimar. Les moins friqués déjeunaient sur l’herbe à Saint-Pierre-le-Moûtier ou à La Pacaudière avant d’affronter le col de Tarare. Les curieux s’arrêtaient à Briare pour voir le pont du canal, mais tous avaient hâte de dépasser Valence pour atteindre le vrai Midi avec ses mas crémeux, ses cyprès noirs, ses « oliviers bleus » (la chanson de Trenet), sa caillasse pâle, ses campaniles, ses terrasses où l’ombre des platanes avait le goût des fruits mûrs et des aulx.

C’était la route des vacances qui selon Trenet faisait de Paris « la banlieue de Saint-Paul-de-Vence ». Sa magie allumait des présomptions de flirts sous des ciels étoilés, modulés par les tubes de l’été. « Sur la plage abandonnée, coquillages et crustacés… » (Brigitte Bardot, jeune). « Allez donc vous faire bronzer… » (Sacha Distel). Les Marchés de Provence (Gilbert Bécaud). « Bleu, bleu, le ciel de Provence… » (Marcel Amont). Il y a le ciel, le soleil et la mer… (François Deguelt). Dans ma mémoire, cette tisane accompagne la traversée de Brignoles, et serine jusqu’à Cannes où la « 7 » atteignait la côte et ne la quittait plus, escortée par la voie ferrée qui va à Vintimille.

La nationale 7 n’existe plus. On retrouve des tronçons ici et là, des souvenirs affluent, mais la route contourne la plupart des villes et les nouvelles générations ignorent ce qu’elle a représenté pour les Parisiens, les banlieusards, les gens du Nord, les Anglais, les Hollandais, les Belges. Pour autant, le Midi n’a pas cessé d’incarner un éden ; simplement, c’est l’autoroute dite « du Soleil » (A 7) qui nous y mène. On y arrive plus vite, on ne le rêve pas moins dès le péage de Dordives. Au lieu du Gâtinais, du Nivernais, du Bourbonnais et du Roannais, on traverse la Bourgogne. Mais, à partir de Lyon, la balade est à peu près la même, on sent poindre le Midi du côté de Livron, on hume franchement la Provence des santons au péage du Plan-d’Orgon et passé Aix on a des envies de Méditerranée. Bandol ? Le Rayol ? Antibes ? Villefranche ? A notre bon choix, elle est toujours là, docile aux injonctions d’une féerie mûrie pendant onze mois sous la pluie de Paris ou d’ailleurs.

J’habitais dans l’Allier durant mon adolescence et la nationale 7 traversait ce département de part en part — Moulins, Varennes, Lapalisse. Quand arrivait l’été je regardais passer des files de voitures coiffées d’un canoë. J’étais partagé entre deux désirs : retrouver mon village et dévaler la « 7 » pour y savourer le plus érotique des strip-tease, celui qui dévoile au fil des kilomètres le corps du Midi jusqu’à la nudité crue de la Provence (la Sainte-Victoire selon Cézanne) et les mirages de la Riviera (Twist à Saint-Tropez de Dick Rivers). Pour être tout à fait franc, j’escomptais bêtement qu’au bout du voyage une minette bronzée et salée sur pile et sur face mettrait sa vertu en grandes vacances pour me consentir des faveurs sur un lit d’aiguilles de pin. Avec en guise d’accompagnement un murmure de vaguelettes. La nationale 7 ne m’a jamais déçu : cette impatience en longeant le Rhône après Vienne, ce bonheur en dépassant Avignon, c’était si bouleversant qu’il me suffit de revoir le panneau rouge, fût-ce à Villejuif ou à Pougues-les-Eaux, pour que renaissent des désirs lancinants de mer bleue sous un ciel bleu. Quant aux minettes, une fois sur place, c’était une autre affaire, pas toujours reluisante, mais ça venait de moi, ou d’elles, la « 7 » n’y était pour rien.

Nostalgie (La)

Tout écrivain est porté à cultiver ses nostalgies, la recherche du temps perdu étant son obsession, presque sa raison d’être. En touillant sans relâche la marmite de ses souvenirs, il oppose au néant une fiction d’immortalité et il y trouve un réconfort dont il se repaît en soupirant. Nostalgie, triste bonheur : nos tendres années ne reviendront pas, ni les êtres chers qui sont dans les tombes. Ni les grandes illusions, ni les grandes ivresses. À moins que…

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