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Sous les vents de Neptune

Электронная книга - «Sous les vents de Neptune». Краткое содержание книги:

Cette formation sur les empreintes génétiques au Québec, Jean-Baptiste Adamsberg l’accueille avec soulagement. Deux semaines sans subir l'inexplicable hostilité de son adjoint Danglard, le paradis ! Mais une coupure de presse ravive de pesants souvenirs sur un meurtre commis durant sa jeunesse qui mettait en cause son frère Raphaël, disparu depuis. Le tueur au Trident serait-il de retour ? Un malaise et un coma éthylique plus tard, Adamsberg perd le contrôle. Seules la mansuétude d’un Danglard et l’ingéniosité de sa collaboratrice Violette Retancourt pourront le sortir, presque indemne, des affres du passé.
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— Les cops nous attendent à la GRC à neuf heures, reprit Retancourt, son regard allant de l’un à l’autre. Après vingt minutes de retard, pas plus je pense, Laliberté essaiera de joindre le commissaire à l’hôtel. Pas de réponse, l’alerte est donnée. Les gars se précipiteront dans sa chambre. Vide, suspect disparu. C’est cette impression qu’il faut donner : qu’il est déjà parti, qu’il leur a filé entre les doigts. Vers neuf heures vingt-cinq, ils débarquent dans ma chambre, au cas où je vous aurais planqué.

— Mais planqué où, Retancourt ? demanda Adamsberg avec inquiétude.

Retancourt leva la main.

— Les Québécois sont pudiques et réservés, dit-elle. Pas de femmes nues sur les couvertures de journaux ou sur les rives des lacs. C’est là-dessus qu’on table, sur leur pudeur. En revanche, dit-elle en se tournant vers Adamsberg, vous et moi devrons la laisser de côté. Ce ne sera pas le moment d’être prudes. Et si vous l’êtes, rappelez-vous seulement que vous jouez votre tête.

— Je me souviens.

— Quand les flics entreront, je serai dans ma salle de bains, et plus exactement dans mon bain, porte ouverte. Nous n’avons pas le choix des moyens.

— Et Jean-Baptiste ? demanda Raphaël.

— Planqué derrière la porte ouverte. Face à moi, les flics reculent dans la chambre. Je crie, je les insulte pour leur manque d’égards. Depuis la chambre, ils s’excusent, bafouillent, m’expliquent qu’ils cherchent le commissaire. Je ne suis pas au courant, il m’a donné l’ordre de demeurer à l’hôtel. Ils veulent fouiller les lieux. Très bien, mais qu’ils me laissent au moins le temps de m’habiller. Ils reculent encore pour me laisser sortir du bain et fermer la porte. Cela va, jusqu’ici ?

— Je suis, dit Raphaël.

— J’enfile un peignoir, un très grand peignoir qui me tombe jusqu’aux pieds. Il faudra que Raphaël nous l’achète ici. Je vous donnerai mes mensurations.

— De quelle teinte ? demanda Raphaël.

La prévenance de la question suspendit l’élan tactique de Retancourt.

— Jaune pâle, si cela ne vous ennuie pas.

— Jaune pâle, confirma Raphaël. Ensuite ?

— Nous sommes dans la salle de bains, porte fermée, le commissaire et moi. Les cops sont dans la chambre. Vous saisissez bien la situation, commissaire ?

— Justement, c’est là que tout m’échappe. Dans ces salles de bains, il y a une armoire à glace, un placard et rien d’autre. Où voulez-vous me mettre ? Dans le bain mousseux ?

— Sur moi, je vous l’ai dit. Ou plutôt derrière moi. C’est là qu’on fait corps, debout. Je les fais entrer et je me tiens, choquée, dans l’angle du fond, dos au mur. Ce ne sont pas des imbéciles, ils visitent la salle de bains à fond, regardent derrière la porte, passent le bras dans l’eau de la baignoire. J’accrois leur gêne en laissant bâiller le peignoir. Ils n’oseront pas me regarder, ils n’oseront pas risquer l’impression d’un voyeurisme. Ils sont très à cheval là-dessus et c’est notre atout maître. Terminé pour la salle de bains, ils ressortent et me laissent m’habiller, porte à nouveau fermée. Pendant qu’ils fouillent la chambre, je sors, vêtue cette fois, laissant naturellement la porte ouverte. Vous avez repris votre place derrière cette porte.

— Lieutenant, je n’ai pas saisi l’étape « on fait corps », dit Adamsberg.

— Vous n’avez jamais fait de close-combat ? L’agresseur qui vous plaque par l’arrière ?

— Non, jamais.

— Je vous expose la posture, dit Retancourt en se levant. Dépersonnalisons. Un individu debout. Moi. Grand et gros, c’est notre chance. Un autre individu plus léger et plus petit. Vous. Vous êtes sous le peignoir. La tête et les épaules sont appliquées sur mon dos, vos bras sont accrochés très serrés autour de ma taille, c’est-à-dire enfoncés dans le ventre, invisibles. Vos jambes à présent. Calées derrière les miennes, et les pieds décollés du sol, enroulés autour des mollets. Je me maintiens dans l’encoignure de la pièce, les bras croisés, les pieds un peu écartés pour abaisser mon centre de gravité. Vous me suivez ?

— Bon dieu, Retancourt, vous voulez que je me plaque comme un singe dans votre dos ?

— Que vous vous plaquiez comme une sole, même. Plaqué, c’est le concept. Cela ne durera que quelques minutes, deux au maximum. La salle de bains est minuscule et la fouille sera rapide. Ils ne me regarderont pas. Je ne bougerai pas. Vous non plus.

— C’est inepte, Retancourt, ça se verra.

— Ça ne se verra pas. Je suis grosse. Je serai enroulée dans le peignoir, postée dans l’angle, de face. Pour que vous ne glissiez pas sur ma peau, je passerai une ceinture sous mon peignoir, à laquelle vous vous accrocherez. C’est là aussi qu’on attachera votre portefeuille.

— Beaucoup trop lourd à porter, dit Adamsberg en secouant la tête. Je fais soixante-douze kilos, vous rendez-vous compte ? Cela ne marchera pas, c’est de la folie.

— Cela marchera parce que je l’ai déjà fait deux fois, commissaire. Pour mon frère, quand les flics le cherchaient à propos d’une bricole ou d’une autre. À dix-neuf ans, il avait à peu près votre taille et il pesait soixante-dix-neuf kilos. Je passais la robe de chambre de mon père et il se collait dans mon dos. On tenait quatre minutes sans broncher. Si cela peut vous rassurer.

— Si Violette le dit, intervint Raphaël, un peu effaré.

— Si elle le dit, répéta Adamsberg.

— Une chose à préciser avant que l’on ne se mette d’accord. On ne peut pas se permettre de ruser et de rater notre coup. La vraisemblance est notre arme. Je serai vraiment nue dans ce bain, cela va de soi, et donc vraiment nue sous ce peignoir. Et vous serez vraiment accroché dans mon dos. J’accepte le short mais pas d’autre habit. D’une part les vêtements glissent, d’autre part ils empêchent le tissu du peignoir de tomber normalement.

— Faux plis, dit Raphaël.

— Exactement. On ne prend pas le risque. Je mesure ce que cela a d’embarrassant, mais je ne crois pas que ce soit le moment d’être gêné. Il faut s’entendre là-dessus avant.

— Cela ne me gêne pas, hésita Adamsberg, si cela ne vous gêne pas.

— J’ai élevé quatre frères et, en certaines conditions extrêmes, j’estime que la gêne est un luxe. Nous sommes en conditions extrêmes.

— Mais bon sang, Retancourt, même s’ils sortent de votre chambre bredouilles, ils ne vont pas pour autant lâcher la surveillance. Ils vont retourner l’hôtel Brébeuf de la cave au grenier.

— Évidemment oui.

— Si bien que, corps à corps ou pas, je ne pourrai pas sortir du bâtiment.

— C’est lui qui sortira, dit Retancourt en désignant Raphaël. C’est-à-dire vous, en lui. Vous quitterez l’hôtel à onze heures, avec son costume, sa cravate, ses chaussures et son manteau. Je vous ferai sa coupe de cheveux dès notre arrivée. Cela passera parfaitement. De loin, il n’est pas facile de vous distinguer. Et pour eux, vous êtes habillé en quêteux. Les cops ont déjà vu l’homme d’affaires en costume bleu entrer à dix heures trente. Il en ressort à onze et ils s’en foutent. L’homme d’affaires, c’est-à-dire vous, commissaire, ira tranquillement à sa voiture.

Les deux Adamsberg, assis côte à côte, écoutaient attentivement le lieutenant, presque subjugués. Adamsberg commençait à prendre toute la mesure du plan de Retancourt, fondé sur deux éléments ordinairement ennemis : l’énormité et la finesse. Alliés, ils composaient une force imprévisible, un coup de bélier asséné avec la minutie d’une aiguille.

— Ensuite ? demanda Adamsberg, à qui ce projet redonnait un peu de vigueur.

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