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Sous les vents de Neptune

Электронная книга - «Sous les vents de Neptune». Краткое содержание книги:

Cette formation sur les empreintes génétiques au Québec, Jean-Baptiste Adamsberg l’accueille avec soulagement. Deux semaines sans subir l'inexplicable hostilité de son adjoint Danglard, le paradis ! Mais une coupure de presse ravive de pesants souvenirs sur un meurtre commis durant sa jeunesse qui mettait en cause son frère Raphaël, disparu depuis. Le tueur au Trident serait-il de retour ? Un malaise et un coma éthylique plus tard, Adamsberg perd le contrôle. Seules la mansuétude d’un Danglard et l’ingéniosité de sa collaboratrice Violette Retancourt pourront le sortir, presque indemne, des affres du passé.
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— Et on se barre par les sous-sols ? Quand ils ne me verront pas sortir à l’heure, ils vont fouiller partout. Retourner ma chambre et tout le bâtiment. Constater la disparition de leur voiture, bloquer les aéroports. Je n’aurai jamais le temps de m’envoler. Pas même celui de quitter l’hôtel. Je me ferai bouffer, comme ce Brébeuf.

— Mais ce ne sont pas eux qui vont nous poursuivre, commissaire. C’est nous qui allons les mener où l’on veut.

— Où ?

— Dans ma chambre.

— Votre chambre est aussi exiguë que la mienne. Où voulez-vous me planquer ? Sur le toit ? Ils y monteront.

— Évidemment.

— Sous le lit ? Dans le placard ? Sur l’armoire ?

Adamsberg haussa les épaules, dans un mouvement de désespoir.

— Sur moi.

Le commissaire se retourna vers son lieutenant.

— Je suis désolée, dit-elle, mais cela ne prendra que deux à trois minutes. Il n’y a pas d’autre solution.

— Retancourt, je ne suis pas une épingle à cheveux. En quoi comptez-vous me transformer ?

— C’est moi qui me transformerai. En pylône.

XXXV

Retancourt s’était arrêtée deux heures pour dormir et ils entrèrent dans Detroit à sept heures du matin. La ville était aussi lugubre qu’une vieille duchesse ruinée portant encore les lambeaux de ses robes. La crasse et la misère avaient remplacé les fastes tombés de l’ancien Detroit.

— C’est cet immeuble, désigna Adamsberg, plan en main.

Il examina le bâtiment haut, assez noir mais en bon état, bordé par une cafétéria, comme on scrute un édifice historique. Ce qu’il était puisque derrière ces murs bougeait, dormait et vivait Raphaël.

— Les cochs se garent à vingt mètres derrière nous, remarqua Retancourt. Futés. Qu’est-ce qu’ils s’imaginent ? Qu’on ignore qu’on se les traîne depuis Gatineau ?

Adamsberg était penché vers l’avant, les bras croisés sur sa taille.

— Je vous laisse y aller seul, commissaire. Je me restaure à la cafétéria en vous attendant.

— Je n’y arrive pas, dit Adamsberg à voix basse. Et à quoi bon ? Je suis en fuite, moi aussi.

— Justement. Il cessera d’être seul, et vous aussi. Allez-y, commissaire.

— Vous ne comprenez pas, Retancourt. Je n’y arrive pas. J’ai les jambes froides et raides, je suis fixé au sol par deux vérins de fonte.

— Vous permettez ? demanda le lieutenant en posant quatre doigts entre ses omoplates.

Adamsberg acquiesça d’un signe. Après dix minutes, il sentit une sorte d’huile dégrippante descendre le long de ses cuisses et leur rendre leur mobilité.

— C’est cela que vous avez fait à Danglard, dans l’avion ?

— Non. Danglard avait juste peur de mourir.

— Et moi, Retancourt ?

— Peur du contraire, exactement.

Adamsberg hocha la tête et sortit de la voiture. Retancourt s’apprêtait à entrer dans la cafétéria quand il l’arrêta par le bras.

— Il est là, dit-il. À cette table, de dos. J’en suis sûr.

Le lieutenant observa la silhouette que lui désignait Adamsberg. Ce dos, aucun doute, était bien celui d’un frère. La main d’Adamsberg se fermait sur son bras.

— Entrez-y seul, dit-elle. Je retourne à la voiture. Faites-moi signe quand je pourrai vous rejoindre. Je voudrais le voir.

— Raphaël ?

— Oui, Raphaël.

Adamsberg poussa la porte de verre, les jambes encore engourdies. Il se rapprocha de Raphaël et mit ses mains sur ses épaules. L’homme de dos n’eut pas un sursaut. Il examina les mains brunes qui s’étaient posées sur lui, l’une, puis l’autre.

— Tu m’as trouvé ? demanda-t-il sans bouger.

— Oui.

— Tu as bien fait.

Depuis l’autre côté de la rue étroite, Retancourt vit Raphaël se lever, les frères s’étreindre, se regarder, les bras mêlés, cramponnés au corps de l’autre. Elle sortit de son sac une petite paire de jumelles et fit la netteté sur Raphaël Adamsberg, dont le front touchait celui de son frère. Même corps, même tête. Mais autant la beauté changeante d’Adamsberg émergeait comme une miraculée de ses traits chaotiques, autant celle du frère était immédiate, appuyée sur un tracé régulier. Comme deux jumeaux ayant poussé de la même racine, l’un dans le désordre, l’autre dans l’harmonie. Retancourt se décala pour avoir Adamsberg de trois quarts face dans sa ligne de visée. Elle abaissa brusquement ses jumelles, mortifiée d’avoir osé s’aventurer trop loin, le long d’une émotion volée.

À présent qu’ils s’étaient assis, les deux Adamsberg n’arrivaient pas à se lâcher les bras, formant un cercle fermé. Retancourt se rassit dans la voiture, dans un léger frisson. Elle rangea ses jumelles et ferma les yeux.

Trois heures plus tard, Adamsberg avait frappé à la vitre de la voiture et récupéré son lieutenant. Raphaël les avait nourris et installés sur un canapé avec du café. Les deux frères ne s’éloignaient pas l’un de l’autre de plus de cinquante centimètres, avait noté Retancourt.

— Jean-Baptiste sera condamné ? C’est certain ? demanda Raphaël au lieutenant.

— Certain, confirma Retancourt. Reste la fuite.

— Fuir avec une dizaine de flics qui surveillent l’hôtel, expliqua Adamsberg.

— C’est possible, dit Retancourt.

— Votre idée, Violette ? demanda Raphaël.

Raphaël, arguant qu’il n’était pas flic ni militaire, avait refusé d’appeler le lieutenant par son nom de famille.

— On repart sur Gatineau ce soir, expliqua Retancourt. On revient à l’hôtel Brébeuf au matin, vers sept heures, candides et sous leurs yeux. Vous, Raphaël, vous prenez la route trois heures et demie après nous. C’est possible ?

Raphaël acquiesça.

— Vous arrivez à cet hôtel vers dix heures trente. Que verront les cops ? Un nouveau client, et ils s’en foutent, ce n’est pas lui qu’ils cherchent. D’autant qu’à cette heure, il y a beaucoup d’allées et venues. Les deux cochs qui nous suivent ne seront pas de garde demain. Aucun des flics de guet ne vous identifiera. Vous vous inscrivez sous votre nom et vous prenez simplement possession de votre chambre.

— Entendu.

— Vous avez des costumes ? Des costumes d’homme d’affaires, avec chemise et cravate ?

— J’en ai trois. Deux gris et un bleu.

— C’est parfait. Venez en costume et prenez l’autre avec vous. Le gris. Et puis deux manteaux, deux cravates.

— Retancourt, vous n’allez pas foutre mon frère dans la merde ? interrompit Adamsberg.

— Non, les flics de Gatineau seulement. Vous, commissaire, dès notre arrivée, vous videz votre chambre, exactement comme si vous aviez déserté à la hâte. On se débarrasse de vos affaires. Vous en avez peu, et cela tombe bien.

— On les découpe en boulettes ? On les mange ?

— On les fourre dans la grande poubelle du palier, le truc en acier avec un abattant.

— Tout ? Fringues, bouquins, rasoir ?

— Tout, y compris votre arme de service. On jette vos fringues et on sauve votre peau. On conserve le portefeuille et les clefs.

— Le sac n’entrera pas dans la poubelle.

— On le laissera dans mon placard, vide, comme si c’était le mien. Les femmes ont beaucoup de bagages.

— Je peux garder mes montres ?

— Oui.

Les deux frères ne la quittaient pas des yeux, l’un le regard flou et doux, l’autre net et brillant. Raphaël Adamsberg avait la même souplesse paisible que son frère mais ses mouvements étaient plus vifs, ses réactions plus rapides.

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