Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants
- Автор: Буссенар Луи Анри
- Язык: французский
- Год: Marpon & Flammarion
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants». Краткое содержание книги:
Albert de Villeroge, Joseph, master Will et le Révérend, montés chacun sur un des chevaux que, dans sa prévoyance, le Bushman leur avait amenés après le massacre des négriers, se dirigèrent au trot vers le lieu où commençait la piste d’Alexandre. Le cinquième cheval, tenu en laisse par Zouga, portait les bagages, et les deux noirs, insensibles à la chaleur comme à la fatigue, jouaient des jambes de façon à tenir toujours la tête de la cavalcade. Telle est en effet l’infatigable célérité des indigènes de l’Afrique Australe, surtout de ceux du Kalahari, qu’ils peuvent, pendant des journées, et même des semaines entières, rivaliser avec les montures les plus robustes et les mieux entraînées.
Les deux Catalans interrogeaient avidement l’espace, le Révérend conservait son impassibilité de glace, master Will songeait. Plus que jamais le policeman maudissait la présomption qui l’avait poussé dans une sotte aventure dont il appréhendait, non sans raison, le dénouement. D’autre part, cette existence remplie d’alertes continuelles, traversée de privations sans nombre, commençait par lui peser horriblement. L’attitude pleine de calme, de dignité, familière aux trois amis, l’élévation de leurs sentiments, le déroutaient de plus en plus. Enfin le but mystérieux de leur voyage vers le Nord auquel il n’avait été fait jusqu’alors aucune allusion, lui échappant complètement, il ne pouvait concevoir cette fantaisie étrange qui leur imposait des fatigues inouïes, et leur faisait courir des périls sans cesse renaissants.
Quant à croire qu’ils avaient trempé dans l’assassinat du mercanti, master Will, entêté jusqu’à la démence comme tout Anglo-Saxon de race pure, eût soutenu mordicus sa première impression, quelque folle qu’elle pût être.
« Credo quia absurdum » : Je crois parce que c’est absurde, disaient les anciens logiciens à bout d’arguments. Master Will regardait les trois Français comme des assassins parce que cette croyance était idiote.
Il convenait pourtant à part lui que c’étaient de singuliers criminels, mais, en somme, la police, cette souveraine et impeccable collectivité, a consigné des faits bien plus extraordinaires et non moins mystérieux. Et il se consolait en pensant que s’ils n’avaient pas agi dans un motif d’intérêt matériel, – leur désintéressement semblait du moins le prouver, – ce motif pouvait et devait être d’un ordre différent. Aussi, furieux de se casser perpétuellement la tête sur ce logogriphe dont il ne pouvait trouver le mot, il avait consciencieusement pris en grippe ces intrépides voyageurs, ces cœurs vaillants, dont son esprit, saturé de formules policières, perverti d’idées préconçues, ne pouvait concevoir la suprême grandeur. Il est un fait constant, c’est que l’homme de police, habitué à évoluer toujours dans les bas-fonds des sociétés, à voir de près toutes les turpitudes, à vivre toujours dans la suspicion, ne peut ni ne veut croire à la vertu. Pour le penseur, le moraliste, le philosophe, le criminel est un être à part, un monstre. Le policier, au contraire, serait tenté de regarder, sinon comme un monstre, du moins comme un fou, dangereux peut-être, l’homme que des qualités ou des vertus transcendantes élèvent au-dessus du vulgaire. Il comprend et explique volontiers le vice, mais l’appréciation des grandes vertus humaines est pour lui lettre close.
D’autre part le Révérend avait subjugué master Will qui lui était complètement inféodé, depuis le moment où le bandit l’avait associé à ses hypocrites et ridicules momeries. La seule excuse, en admettant que la bêtise puisse en trouver, consistait dans sa bonne foi.
Il suivait donc la cavalcade en maugréant contre lui-même et en maudissant ces coupables dont le crime se refusait à ses formules.
Pendant qu’une poignante inquiétude dévorait Albert et Joseph, Zouga et le Bushman montraient une confiance au moins singulière. Et comme Albert intrigué en demandait le motif à ce dernier :
– Oh ! répondit le noir, le grand chef blanc ne se perdra point, il a une barbe comme vous.[24]
Singulière idée, dit à ce propos Thomas Baines, le brillant explorateur de l’Afrique Australe, de s’imaginer que la face velue est, pour l’Européen, une garantie qu’il saura trouver son chemin dans les taillis.
Les chevaux gardaient leur trot soutenu, et les noirs limiers, rivés à la trace d’Alexandre, ne renoncèrent à leurs recherches que quand la nuit arriva. Le lendemain, dès la première heure, la poursuite recommença, et dura la journée entière sans la moindre défaillance, bien que les gens et les bêtes n’eussent pris qu’un court instant de repos à la halte de midi.
La petite troupe se trouvait à ce moment au bord du lac où Alexandre avait failli être dévoré par les crocodiles. On retrouva les empreintes laissées par les sabots du cheval, au moment où l’animal affolé s’était rué au milieu des eaux.
Albert ne pouvait comprendre le motif de cette immersion, non plus que la direction prise par son ami. Comme il ignorait les conditions dans lesquelles il avait accompli cette course, il se demandait avec inquiétude pourquoi il avait suivi cette route qui, si elle le conduisait vers le gisement de diamants, était diamétralement opposée au kraal où il savait trouver ses compagnons. Il fallait donc qu’il fût serré de près par de terribles ennemis, pour risquer une tentative aussi périlleuse.
Pour la seconde fois, la nuit arrêta cette chasse à l’homme. Elle reprit au soleil levant. Le guide et le Bushman contournèrent le lac, et retrouvèrent la trace de l’autre côté, ainsi que le trou d’où le fugitif avait extrait la racine alimentaire. La voie qui était saignante, comme disent les veneurs, les conduisit au lieu où le cheval foudroyé par la chute de la lance s’était abattu pour ne plus se relever. De nombreuses traces de pieds nus, apparurent alors autour du squelette de l’animal, nettoyé à fond par les carnassiers. Une troupe de noirs avait séjourné en ce lieu, mais, chose bizarre, l’empreinte des bottes d’Alexandre, bien reconnaissables à leur forme particulière, s’arrêtaient là, et il fut impossible de les retrouver ailleurs, en dépit des plus patientes investigations. Celles laissées par les pieds nus, remontaient bientôt vers le Nord, et venaient se perdre au bord d’une rivière étroite et profonde qui suivait la même direction.
Albert, le Bushman et Zouga n’en pouvaient croire leurs yeux. C’est en vain que, courbés sur le sol, interrogeant les herbes froissées, les terres foulées, ils décrivirent avec une adresse et une patience inimaginables des cercles de plus en plus larges, il leur fut matériellement impossible de rien découvrir.
Anxieux, désespéré, le Catalan fut forcé de s’avouer que son ami, pour disparaître ainsi, avait dû être enlevé par les noirs, et porté jusqu’à la rivière. Ces indigènes avaient sans doute un intérêt puissant à dissimuler leur rapt et leur direction, car ils avaient dû descendre ou remonter le cours d’eau en bateau. La vue de coulées profondes creusées dans les vases molles par la quille arrondie de quatre embarcations, confirma bientôt la justesse de cette supposition.
Seul, le Révérend sut bientôt à quoi s’en tenir, car la vue d’une flèche à plume rouge, curieusement travaillée, qu’il trouva piquée sur la rive, le fit légèrement tressaillir.
– Tiens !... murmura-t-il en souriant sardoniquement, mais, voilà, si je ne me trompe, un instrument dont je connais la provenance.
» Je veux que le diable m’emporte, si cette flèche n’est pas tombée du carquois d’un de mes braves camarades, les Betchuanas. Il auront sans doute réussi à mettre la main sur ce grand escogriffe, et vont l’emmener « là-bas ».
24
Historique.