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Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants

Электронная книга - «Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants». Краткое содержание книги:

Le kopje (mine de diamants) de Nelson’s Fountain était, ce jour-là, plus que jamais, plein de bruit et d’animation. À l’incessante activité habituellement déployée par les diggers de toute race, de toute couleur, avait brusquement succédé une sorte de frénésie dont un observateur attentif et de sang-froid eût promptement deviné la cause.
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Ce plan a déjà reçu un commencement d’exécution, et les bêtes, vigoureusement éperonnées, franchissent rapidement les berges de la rivière où croissent des buissons rabougris et clairsemés. Malheureusement la configuration des terrains change bientôt. Au sol résistant, formé de sables et de roches, succèdent des alluvions d’où s’élance une inextricable lacis de lianes et de plantes aquatiques à travers lesquelles il est impossible de passer. Les chevaux bronchent à chaque pas et s’enfoncent dans les vases molles, pendant que les cavaliers, submergés en quelque sorte, dans cette mer de folle végétation, se voient, à tout instant, près d’être arrachés de leur selle.

– Mais, nous sommes donc maudits, s’écrie avec un sanglot déchirant et en s’arrachant les cheveux Albert, qui voyait la fatalité s’acharner ainsi après lui.

» Allons ! pied à terre, puisque la voie est impraticable aux piétons comme aux cavaliers.

» Nous n’avons pas de canots. Eh ! bien, il nous faut, avant deux heures, trouver un moyen de descendre la rivière.

– Un radeau ?... interroge Joseph.

– J’y pensais. Les bois abondent ici... des bois à texture peu épaisse qui flotteront facilement.

– ... Mais, les cordages, pour assembler les madriers ? demande à son tour le Révérend.

– Eh ! parbleu, il y a des lianes...

– Elles cassent comme verre...

– Tuons les chevaux. Leur peau est solide. Nous en fabriquerons des lanières.

– Bravo ! Dépêchons.

Et les deux Anglais, ainsi que les noirs, stimulés par leurs intrépides compagnons, se ruent dans les taillis, sabrent à tour de bras les tiges, les égalisent tant bien que mal, les rangent par taille et par grosseur en attendant le moment de les ajuster.

Cette besogne préparatoire est l’affaire d’une heure à peine, tant chacun développe de fiévreuse activité. Zouga et le Bushman égorgent les chevaux, les dépouillent tout pantelants encore, lancent à la rivière leur chair infectée, et découpent en longues lanières leurs peaux sanglantes. Nul ne pense à prendre un instant de repos, chacun oublie la faim qui commence à se faire sentir, et tous, insoucieux d’épais nuages qui s’amoncellent, de formidables coups de tonnerre qui retentissent bientôt, de larges gouttes de pluie qui ruissellent, travaillent en proie à une surexcitation fébrile.

En dépit de la fureur des éléments, dont le déchaînement atteint, en quelques moments, une intensité terrible particulière à ces régions, le primitif engin de navigation est paré à flotter. Il y aurait pourtant imprudence à se mettre en route sans désemparer. La nuit est tout à coup devenue profonde, sous l’opaque nuée qui dort lourdement à la cime des arbres. Les éclats du tonnerre deviennent assourdissants, et des milliers d’éclairs, confondus en une seule fulguration, zèbrent de lueurs blafardes les eaux couleur de plomb, et les masses de feuillages qui s’échevèlent sous la rafale. La pluie fait rage. C’est une de ces averses diluviennes dont l’habitant de nos latitudes ne saurait se faire une idée. Une sorte de subversion de haut en bas que pourrait produire le brusque effondrement d’un réservoir de vingt-cinq lieues carrées, figuré par la couche nuageuse !

Un tel volume d’eau, croulant presque instantanément de la nuée, a pour effet immédiat de gonfler le lit de la rivière. Dans quelques minutes, le phénomène météorologique va se compliquer d’une inondation. Déjà, le cours d’eau monte à vue d’œil, et l’on aperçoit, à la lueur des éclairs, les débris qu’il charrie, courir avec une vitesse de plus en plus grande. Il est urgent de larguer l’amarre et d’aller de l’avant, car, s’il y a danger de chavirer en s’abandonnant aux flots, le péril est bien plus grand en restant exposé aux heurts des troncs arrachés par la tourmente.

Albert a pris place au milieu du radeau. Près de lui se tient le Révérend, impassible toujours, et plus sinistre que jamais, dans sa longue lévite collée à son torse anguleux. À l’avant et à l’arrière les deux noirs, armés chacun d’une longue perche, se mettent en devoir de guider la frêle plate-forme. Joseph et master Will, encore sur la rive, se préparent à embarquer.

Un coup de tonnerre, dont le bruit couvrirait celui de vingt batteries d’artillerie, disloque à ce moment la nuée. Une rafale épouvantable tord les arbres qui s’écroulent avec fracas, et le radeau, subitement démarré, file comme une flèche, au milieu d’une avalanche de débris.

Le policeman, qui tient en ce moment le câble végétal, ne sent plus de résistance. Il roule sur le sol et pousse un juron carabiné de matelot en fureur, en s’apercevant que l’extrémité a été coupée en biseau avec un instrument tranchant, et non pas rompue par un corps étranger. Un hurlement de rage échappe en même temps à Joseph qui ne voit plus la tache noire formée par le radeau sur les eaux gris-de-plomb.

Plus de doute. Il est seul à terre avec master Will, pendant que son ami, ballotté sur les poutrelles branlantes, est emporté à la merci du courant.

Pendant ce temps le Révérend, après s’être assuré, d’un rapide regard jeté circulairement, que les noirs bateliers, trop occupés à leur périlleuse manœuvre, n’ont pu voir le geste singulier qui lui est échappé au moment de ce brusque appareillage, referme posément un couteau qu’il tient encore à la main, le serre dans sa poche, et conserve une immobilité absolue.

Chose étrange, Albert semble ne s’être aperçu de rien. Insensible au déchaînement des éléments, il reste accroupi, la tête entre ses mains, le dos arqué, sans s’occuper de ce que sont devenus ses compagnons, dont il ne remarque pas l’absence, sans même sentir que le radeau tangue et roule sur la rivière devenue torrent.

Le Révérend, intrigué de cette torpeur, lui touche l’épaule du bout du doigt. Le jeune homme relève la tête, fixe un regard atone sur lui et semble ne pas le reconnaître. Les éclairs, pourtant, illuminent, comme en plein jour, cette scène étrange et dramatique. Zouga et le Bushman, arc-boutés sur leurs perches, constatent avec terreur la disparition des deux blancs. À peine s’ils peuvent se communiquer leurs impressions, car la manœuvre sollicite toute leur attention. Il est d’ailleurs impossible de stopper, tant est violente l’impétuosité du courant. Il leur faudra attendre, pour s’échouer, un moment favorable et un endroit propice, car les braves noirs ne pensent pas un seul moment à continuer la route en abandonnant les deux hommes.

– Monsieur... monsieur de Villeroge, interrogea le faux missionnaire, en appuyant plus fortement la main sur l’épaule d’Albert.

Un plaintif gémissement est sa seule réponse. Il essaye pourtant de se lever, mais, terrassé par un mal inconnu, il s’abat lourdement sur les branchages entrelacés, sans donner d’autre signe de vie qu’une respiration saccadée, qui s’échappe en rauques sifflements de ses lèvres contractées.

– Allons, bon ! murmure froidement le Révérend, il ne manquait plus que cela. Voilà mon gaillard en proie à un accès de fièvre pernicieuse. Un accès à forme congestive. Je m’y connais. Il a quatre-vingt-dix chances pour cent d’y laisser ses os.

» Tiens !... Mais, je deviendrais de la sorte son héritier.

» Précieux héritage, s’il porte le plan du trésor des rois Cafres. Mais, s’il n’a pas en sa possession ce document, j’aurai fait une jolie besogne en coupant l’amarre du radeau.

» Bah ! Si ses poches sont vides, j’en serai quitte pour le soigner et le sauver si faire se peut, car, alors, il faut qu’il vive. Puis, nous nous mettrons à la recherche de son domestique et de mon benêt de policeman. Il faut, pour cela, rattraper les noirs qui ont enlevé leur troisième compagnon. J’aurai, de la sorte, un véritable corps d’armée pour opérer ma petite manœuvre, et, ma foi, ces Français, hier encore si fringants, ne seront plus en état de résister.

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