Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants
- Автор: Буссенар Луи Анри
- Язык: французский
- Год: Marpon & Flammarion
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants». Краткое содержание книги:
» Bravo ! Voilà qui simplifie la besogne. Il va être fouillé méthodiquement, et s’il possède le plan, je ne tarderai pas à être en possession de ce précieux document. S’il ne l’a pas, je m’arrangerai de façon à inventorier les poches des deux autres.
» Allons, tout va bien.
Le misérable tendit froidement la flèche à Albert et ajouta :
– La présence de cette arme, ne fait, monsieur, que confirmer vos doutes. Les noirs se sont certainement embarqués sur cette rivière que je crois volontiers être un des affluents éloignés du Zambèze.
– Déjà ! En êtes-vous certain ?
– Je n’oserais être trop affirmatif. Mais, ce n’est pas la première fois que je parcours la région, et si j’en juge par la configuration du sol, la brusque déclivité du terrain parcouru depuis plusieurs heures, la direction Nord de ce cours d’eau, tout me porte à croire que je ne fais pas d’erreur.
Albert, à ces mots, sentit son espoir renaître. Alexandre a peut-être pu s’orienter et prendre cette voie qui le rapproche des cataractes Victoria. Il se sera adjoint cette troupe de noirs. Peut-être est-il blessé, ou simplement fatigué, et alors, il se sera fait porter.
En somme, les trois amis n’étaient-ils pas convenus, pour ne pas perdre de temps, de se diriger vers le but de l’expédition, si un cas de force majeure venait à les séparer.
Il est vrai que Alexandre, homme de précaution s’il en fut, ponctuel et méticuleux comme personne, eût dû au moins laisser quelque vestige de son passage, quelque indice relatif à sa direction. Mais, les circonstances premières avaient pu être défavorables à des tentatives de ce genre, et il était à présumer qu’avant peu ces indices ne manqueraient pas d’apparaître.
En conséquence, il fut résolu qu’on pousserait vers le Nord, en suivant le lit de la rivière. Il était impossible que les noirs bateliers n’abordassent pas sur un bord ou sur l’autre, pour camper, après une journée entière de course en pirogue.
Ce projet avait depuis peu reçu son exécution, quand les deux noirs manifestèrent soudain une vive inquiétude.
– Qu’y a-t-il, demanda Albert en cherchant à percer d’un regard les masses de feuillage.
– La tsé-tsé !... chef, c’est la tsé-tsé. Il faut fuir au plus vite, quitter la rivière, où les chevaux vont succomber.
Albert connaît de nom et de réputation, le terrible insecte, et le cri du guide le fait frémir. La troupe qui suit le bord de la rivière, s’avance en effet au milieu d’un essaim compact de mouches agiles, importunes par leur bourdonnement et la ténacité avec laquelle elles s’attaquent aux chevaux.
Fuir ce lieu infesté... mais c’est abandonner l’unique voie qu’a dû suivre Alexandre ! Demeurer plus longtemps, c’est condamner à une mort certaine les animaux dont la célérité peut seule lutter avec la vitesse des pirogues...
Il est d’ailleurs trop tard. Chaque cheval a été en moins d’une minute piqué en plus de cent endroits par les implacables diptères, et une seule atteinte est mortelle !
Que faire ! Que résoudre, devant ce nouveau coup du sort ! Dans deux ou trois jours, peut-être dans douze heures, les pauvres animaux auront succombé, sans qu’il soit possible d’enrayer la marche du fléau.
C’est que parmi tous les insectes qui surabondent dans cette partie de l’Afrique, située entre les possessions anglaises du Cap et l’Équateur, le plus redoutable est certainement la tsé-tsé, à ce point que les naturels eux-mêmes sont forcés d’abandonner les lieux où elle habite ou de renoncer à l’élevage du bétail.
Non pas que l’homme ait à redouter le venin qu’elle distille. Sa piqûre a cela de particulier qu’elle est inoffensive pour lui ainsi que pour les animaux sauvages. Mais le chien, le cheval et le bœuf, ces indispensables auxiliaires de l’explorateur et du colon, succombent fatalement à la plus légère atteinte. Et ce dénouement inévitable est d’autant plus rapide, que l’animal est en meilleur état.
La tsé-tsé n’a pas d’aiguillon. L’inappréciable quantité de venin qu’elle inocule, est contenue dans une glande située à la base de sa trompe. Quand elle veut prendre sa nourriture, elle s’élance rapide comme une flèche sur la bête qui passe, plante ainsi que le moustique sa trompe au milieu des tissus, et s’envole bientôt, gorgée de sang, après avoir laissé, comme trace de son passage, une imperceptible rougeur, accompagnée d’une légère démangeaison.
Ainsi que je viens de le dire, l’homme, les animaux sauvages, et, chose bizarre, le veau pendant la période d’allaitement, sont absolument réfractaires à cette inoculation.
Quant au bœuf, s’il est préalablement émacié par le jeûne et la fatigue, les symptômes d’empoisonnement se manifestent au bout de quelques jours seulement. Un mucus abondant s’écoule alors de ses yeux et de ses naseaux, un frisson convulsif le saisit, et le dessous de sa mâchoire inférieure gonfle rapidement. Il maigrit avec une telle rapidité, qu’on le voit pour ainsi dire fondre heure par heure. Les muscles s’atrophient, la diarrhée survient, il cesse de paître, et meurt dans un état d’épuisement qui le fait ressembler à un squelette.
Ceux, au contraire, qui ont un certain embonpoint, offrent des symptômes presque foudroyants d’intoxication.
Quelques heures à peine après avoir été piqués, ils sont pris de vertige comme si le cerveau était le premier attaqué. Ils tournent convulsivement sur eux-mêmes, beuglent plaintivement, deviennent aveugles et périssent au bout de douze à quinze heures.
L’autopsie montre une désorganisation complète qui s’étend à tous les tissus, comme à tous les organes. Les chairs sont molles et gluantes, la graisse devient filante comme de l’huile, le cœur est aussi flasque qu’une vessie vide, les poumons sont gorgés d’un mucus sanguinolent, le foie jaune pâle s’écrase sous le doigt, bref, quiconque n’a pas vu les ravages occasionnés par cette minuscule ponction, ne saurait s’en faire la moindre idée.
Le chien et le cheval présentent les mêmes symptômes, et la décomposition de leur organisme est identique. Seule, parmi les animaux domestiques, la chèvre possède le même privilège que l’homme et les bêtes sauvages. Il en résulte qu’elle est l’unique animal domestique de beaucoup de peuplades habitant les bords du Zambèze où la tsé-tsé devient un véritable fléau.
De même qu’il a été jusqu’à présent impossible de trouver un remède à ce mal terrible, de même, aussi, les naturalistes qui ont étudié la tsé-tsé n’ont pu donner d’explication satisfaisante, à l’immunité d’animaux sauvages dont la nature se rapproche sensiblement de celle des animaux domestiques infectés, étant donnée, surtout, la faible différence existant entre le bœuf et le buffle, le zèbre et le cheval, le mouton et la chèvre.
Bien plus, le veau qui tette est à l’abri tant que dure la lactation, et le chien nourri de lait n’en succombe pas moins. Enfin, il ne saurait y avoir de préservatif résultant soit de l’adaptation au climat, soit de l’inoculation. Un animal qui, chose bien rare, guérit après une piqûre légère, succombe l’année suivante à de nouvelles atteintes, et les bêtes qui, depuis plusieurs générations, vivent à l’état presque sauvage sur les terrains infestés, meurent comme celles qui arrivent des points où la tsé-tsé est inconnue.[25]
Albert sachant que les chevaux sont condamnés à une mort certaine et que ce moment est d’autant plus rapproché qu’il sont en meilleur état, pense tout d’abord à utiliser le peu de temps qui leur reste à vivre pour les pousser à fond de train. Il n’y a plus à les ménager, au contraire, car, quoi qu’on puisse faire, leurs instants sont comptés. Peut-être, en accélérant leur allure, sera-t-il possible de rejoindre les ravisseurs d’Alexandre, ou tout au moins de se rapprocher d’eux, de façon à pouvoir intervenir efficacement à bref délai.
25
Le nom scientifique de la tsé-tsé est Glossita morsitans.