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Le soleil des rebelles

Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:

Le nouveau Luca di Fulvio !
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
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Ojsternig sourit et ferma les yeux.

Alors il pensa à sa femme morte, seule personne avant ce garçon à lui avoir fait ressentir ce chatouillement dans l’âme.

Lukrécia avait des lèvres sensuelles, en forme de cœur, rouges comme des cerises. Comme sa fille, mais elle était bien plus belle. Il avait eu un frisson à l’aine quand il l’avait vue pour la première fois, à la cour du Rex Romanorum Vaclav le Paresseux, où il s’était rendu pour se faire reconnaître héritier légitime.

Elle n’était pas de haut lignage. Son père, un simple chevalier, l’avait laissée ruinée, sans dot, et donc dans l’incapacité de subvenir à ses besoins. Quant à sa mère, elle s’était enfuie avec un marchand et l’avait abandonnée à la cour. La femme d’un baron l’avait prise avec elle, par pitié. Malgré sa beauté, aucun noble ne l’aurait épousée. Et, n’importe qui aurait pu profiter d’elle si elle était restée à la cour sans protecteur. Lukrécia était ainsi devenue sa chambrière. Elle la lavait et l’habillait, comme une de ses domestiques.

Ojsternig, que les femmes n’avaient jamais intéressé, l’avait remarquée et désirée en la croisant dans les couloirs de la cour impériale. Lukrécia avait treize ans. Il avait posé la main sur sa bouche et l’avait poussée dans une niche du couloir dont il avait tiré la lourde tenture, Il l’avait étourdie d’un coup de poing, sorti de son décolleté ses seins déjà ronds et relevé ses jupes. Et il l’avait prise, là, contre la pierre froide du palais impérial. Avec un frisson de plaisir, il avait senti l’hymen résister puis céder. Elle était vierge. Quand il eut fini de la violer, il la voulait encore. En attendant que le désir revienne, il l’avait tenue en respect, la pointe de son couteau sur la gorge, et prise une nouvelle fois. Après cette union animale, il avait compris que ce deuxième viol ne lui suffirait pas, qu’il la voulait toute à lui, pour son plaisir.

Quand fut ratifiée la décision de Vaclav le Paresseux qui le déclarait prince légitime d’Ojsternig, il avait demandé sa main à la baronne. Ojsternig aimait ce jour où il s’était rendu dans les appartements de la baronne. Lukrécia était assise à l’écart, la pommette encore gonflée et bleue du coup de poing qu’il lui avait donné. Elle le regardait avec frayeur. La baronne avait traité Ojsternig avec mépris. Ce n’était qu’un prince de la montagne, un prince minier. Sachant cependant qu’aucun autre n’aurait demandé la main de Lukrécia, elle avait accepté sa demande.

Le lendemain, Lukrécia était assise dans la voiture qui les emmenait au royaume rouge et noir. Et il l’avait prise là, sous les yeux d’Arialdo de Tarvis, son comptable.

Il ne l’avait jamais aimée, il n’en était pas capable. Mais elle allumait son désir. Pendant les quelques instants où il s’unissait à elle, il sentait qu’il éprouvait quelque chose, et profitait d’elle chaque fois qu’il en éprouvait le désir.

Au fil du temps, cependant, Lukrécia s’était flétrie. Elle s’éteignait peu à peu. Trois ans plus tard, elle avait donné naissance à une fille. L’accouchement l’avait achevée et elle était morte.

Depuis, aucune femme n’avait jamais excité ses sens. Il avait fini par renoncer peu à peu au sexe.

Le nouveau-né avait été nommé Lukrécia. Ojsternig ne s’était pas soucié d’elle avant de s’apercevoir qu’elle avait les lèvres sensuelles de sa mère, et le même âge. Mais on ne remplace pas facilement un bon chien, un bon cheval ou une bonne épée, se disait Ojsternig, déçu. La fille n’était pas la mère, elle n’en était que l’ombre, le fantôme.

Dans la nuit, Ojsternig rêva de sa femme Lukrécia.

Sa pommette était bleue comme le jour où il avait demandé sa main. Mais c’était le jour de l’accouchement. Il était penché sur elle, armé de son couteau à éventrer les cerfs. Un couteau couvert de sang. Et le lit n’était pas un lit mais un étang de sang profond et impénétrable, dans lequel s’enfonçait un petit corps. Ojsternig le rattrapait et sortait de cet étang un nouveau-né, un garçon, qui ne pleurait pas, malgré la blessure à sa pommette. Il le soulevait et le nouveau-né lui lançait un regard d’adulte, sans baisser les yeux. Des yeux injectés de haine à l’état pur. « Ramasse-merde… », balbutia Ojsternig avec effroi dans son rêve.

Il se réveilla en nage.

Encore étourdi, il se mit à la fenêtre et regarda dehors. Il y vit Mikael, le visage tuméfié, cracher dans ses mains, prendre la pelle que lui tendait un palefrenier et la glisser sous la merde comme n’importe quel serf de la glèbe. Mais il y avait pourtant quelque chose de spécial.

Ojsternig comprit soudain qu’il avait peur de ce garçon. Peur qu’il réveille en lui ses sentiments. Certes, il sentait dans son âme un léger chatouillement quand il le tourmentait. Mais il était terrorisé à l’idée d’aimer, de ressentir de la pitié. Les sentiments rendent les hommes faibles.

Avec fureur, il tapa du poing sur sa cuisse blessée, et cria jusqu’à ce que ses poumons le brûlent, avant de tout détruire dans la pièce. Épuisé, il revint à la fenêtre, et passa la matinée à observer Mikael, qui travaillait sans relâche.

Quand la cloche du monastère sonna midi, il s’habilla, descendit dans la grande salle et demanda à Agomar : « T’as dit qu’une des putains est morte hier soir ? »

Agomar acquiesça.

« Rassemble les hommes, lui ordonna-t-il. Prépare dix chevaux en plus du mien. On va dans la Raühnvahl. »

Une heure plus tard, en passant près de Mikael, il le saisit au col et le mit sur la croupe de son puissant destrier. Il fatigua l’animal au galop sur plus de deux lieues, et renversa un habitant de Dravocnik qui ne s’était pas écarté à temps. Harro, qui le suivait, excité par l’odeur du sang, se jeta sur l’homme et le mordit.

Ils atteignirent la Raühnvahl alors que les serfs étaient encore au travail.

Agomar ordonna qu’on sonne les cloches de Notre-Dame des Neiges. À la population rassemblée il annonça : « Faites silence et écoutez votre seigneur ! »

Ojsternig jeta Mikael par terre.

Eloisa retint un gémissement en voyant son visage tuméfié.

Mikael voulut lui sourire mais il était trop endolori. Il réussit seulement à faire une grimace.

Ojsternig se dressa sur ses étriers. « Vous aviez un mois pour transporter les pierres de ces champs au château, dit-il d’une voix sourde. Et vous n’avez pas obéi. »

Le frère Timotej s’avança timidement. « Vos fidèles sujets travaillent dur, Votre Seigneurie. Mais ils doivent aussi s’occuper des cultures. Comment feront-ils pour vous payer le loyer si l’orge et l’avoine ne poussent pas, et s’ils n’arrachent pas le chiendent qui infeste les champs ? »

Ojsternig le fixa silencieusement puis parcourut des yeux le groupe des habitants. « Je pourrais décider que c’est vous, le chiendent qui infeste mon royaume.

— Votre Seigneurie, continua frère Timotej la tête baissée, ils travaillent du matin au soir, chaque jour. »

Ojsternig sourit méchamment. « N’ont-ils pas de lanterne ? »

Frère Timotej hésita. Il ouvrit les bras. « Si, Votre Seigneurie…

— Qu’ils s’en servent, dit Ojsternig. Ils travailleront une heure de plus après le crépuscule, jusqu’à ce que toutes les pierres soient transportées au château. »

Frère Timotej regarda la foule, puis Ojsternig, et encore la foule.

« Tu as quelque chose à dire, curé ? Tu veux peut-être pousser mes serfs à la révolte ? Tu veux qu’ils refusent mes ordres ? »

Frère Timotej se voûta et baissa la tête sans répondre.

Ojsternig promena son regard sur les paysans et remarqua une fille aux cheveux ébouriffés qui marchait de long en large dans un des champs démantelés. C’était pour elle qu’il était venu, bien qu’elle ne soit qu’un pion dans son plan. « Va la chercher », ordonna-t-il à Mikael.

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