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Le soleil des rebelles

Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:

Le nouveau Luca di Fulvio !
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
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Mikael regarda Eberwolf. Puis répondit : « Rien. »

Ojsternig fixa à son tour Eberwolf. Il tâta les muscles puissants de ses bras, comme ceux d’un cheval.

Eberwolf tremblait.

« Je sais qui tu es », dit Ojsternig.

Eberwolf se jeta à genoux. « Pitié, Votre Seigneurie, pleurnicha-t-il.

— Lève-toi », ordonna Ojsternig. Quand Eberwolf se fut relevé, il l’examina, s’approchant comme s’il allait le mordre. « Je sais qui tu es, répéta-t-il. Un fanfaron. Un lâche. » Il lui montra Mikael du doigt. « C’est toi qui l’as frappé ? »

Eberwolf regarda autour de lui, les yeux remplis de terreur.

Ojsternig le gifla. « Regarde-moi ! Réponds !

— Oui… Votre Seigneurie…

— Qu’est-ce qu’il t’avait fait ? Réponds tout de suite ou je te fais couper la langue. Je ne suis pas patient.

— Il se collait à moi… et il m’avait offensé… », balbutia Eberwolf.

Ojsternig acquiesça, pensif. « Donc il a sali ton honneur de gueux. »

Les soldats qui assistaient à la scène ricanèrent.

Ojsternig se tourna vers eux. « Une puce qui se permet d’offenser un gros porc. Inadmissible ! s’exclama-t-il avec une emphase théâtrale. Il faudrait lui permettre de laver cette terrible honte, ne croyez-vous pas ? »

Les soldats ignoraient ce qu’il avait en tête mais répondirent en chœur : « Oui !

— Alors, venge ton honneur, espèce de porc ! », dit Ojsternig à Eberwolf. Il fit signe à ses hommes de se disposer en cercle et pointa le doigt vers Mikael. « Entre chevaliers, ça s’appelle “le jugement de Dieu”. Peu importe qui est le plus fort. Si la justice est de ton côté, ramasse-merde, tu gagneras. Et maintenant, bats-toi. David contre Goliath ! La puce contre le porc ! » Il regarda Eberwolf. « Bats-toi ! » Puis il s’écarta. Ses yeux, éclairés d’une lumière sinistre, ne quittaient pas Mikael.

Eberwolf ne bougeait pas.

« Si tu ne te bats pas pour ton honneur de porc, grimaça Ojsternig, je te ferai fouetter à mort. Choisis ! »

Eberwolf fit un pas timide vers Mikael. Il leva son poing et le frappa au visage.

Les soldats se mirent à crier, comme dans les combats de chiens.

Mikael tomba au sol.

« Lève-toi et bats-toi ! », lui cria Ojsternig.

Mikael se mit à genoux. Il vit Agomar, à quelques pas de lui. Alors il pensa à son père, juste avant sa décapitation. Il regarda de nouveau Agomar, qui riait. Puis se tourna vers Ojsternig. Celui-là ne riait pas, mais ses yeux étaient pleins de cruauté. Mikael revit sa mère se poignarder le cœur. Et sa petite sœur couverte de sang. Et la tête de son père qui roulait sur la neige rouge de la cour. Il sentit la haine grandir en lui. Il se remit debout et courut tête baissée sur Eberwolf.

Les soldats applaudirent.

Eberwolf s’écarta et lui fit un croc-en-jambe.

Mikael roula sur le sol. Quand il se releva, il avait le visage couvert de purin. Alors il lança un cri et se jeta à nouveau sur Eberwolf.

Les soldats l’encourageaient à grands cris, même s’il n’avait aucune chance de gagner.

Eberwolf le frappa d’un direct du poing en pleine poitrine.

Mikael s’arrêta net, le souffle coupé. Il vacilla. Regarda Ojsternig et sentit que sa haine grandissait encore et encore.

Ojsternig le fixait, captivé.

Eberwolf lui envoya un coup de poing à la tempe.

Mikael tomba et se releva aussitôt. Comme si la terre le brûlait. Il ne ressentait aucune douleur. Il serra les dents. Cria le plus fort qu’il put et s’élança de nouveau sur son adversaire.

Eberwolf le frappa dans le dos.

Mais Mikael ne lâcha pas prise, tandis que ses jambes pliaient. Il enfonça ses dents dans la cuisse d’Eberwolf. Avec toute sa rage. Il sentit le tissu de ses braies se déchirer et les dents mordre dans la chair.

Eberwolf cria. Le frappa sauvagement à la tête.

Mais Mikael ne cédait pas, il continuait de serrer les dents.

Eberwolf finit par réussir à se libérer de Mikael. Il le souleva et le lança au sol avec violence. Puis il leva le pied et s’apprêtait à lui écraser la poitrine.

« Ça suffit ! », ordonna Ojsternig.

Eberwolf s’arrêta, en grognant. Sa cuisse saignait.

Mikael était par terre, immobile.

« Tu as perdu, lui dit Ojsternig en fixant avec un sourire satisfait son visage tuméfié. Le jugement de Dieu a établi que tu avais tort. » Il se tourna vers Eberwolf et son expression devint plus dure.

Eberwolf trembla de peur.

« Retourne à ton travail, lui dit Ojsternig. Qu’est-ce que tu fais ?

— Je suis… le valet du maréchal-ferrant, improvisa Eberwolf.

— C’est pas vrai ! », s’exclama le maréchal-ferrant en s’avançant.

Ojsternig examina Eberwolf, le regard plein de mépris. « Ton âme ne vaut rien. Tu es visqueux et vil. Dans la vie, tu ne seras jamais qu’un serf ou un traître. » Il regarda le boucher. « Voilà un nouveau valet pour toi. Fais-le vivre dans le sang, à surveiller les bêtes qui viennent d’être tuées. » Il montra Mikael, en continuant à s’adresser à Eberwolf. « Si tu le touches encore, même du bout du doigt, je te ferai pendre. Ce serf m’appartient. Sa vie est à moi. » Puis il s’approcha de Mikael d’un pas lent. Il s’assit à côté de lui, sans se soucier de la fange fétide. Et le fixa.

Mikael avait le regard plein de haine. Une haine plus forte que la douleur.

Ojsternig lui sourit, presque avec gratitude. « Recommence à ramasser la merde », lui dit-il, effleurant sa blessure à la pommette.

En se dirigeant vers le palais, il dit à Agomar : « Il faut organiser plus souvent des combats entre ces chiens. C’est plus amusant que les combats de coqs. »

28

Ce soir-là, Ojsternig, rassasié par la haine dont il s’était abreuvé dans les yeux du garçon, ne sentit pas le besoin de faire venir sa fille. Il resta dans son lit à repasser dans sa mémoire les phases de ce combat inégal. Le gamin l’étonnait. Certes, il avait perdu. Mais la rage et la détermination qu’il avait montrées pour résister aux coups de son adversaire, allant jusqu’à lui enfoncer les dents dans la chair, faisaient de lui le vrai vainqueur.

Ojsternig empoigna son couteau sous l’oreiller de plumes, releva sa tunique et appuya la pointe de la lame sur sa cuisse. Il poussa progressivement, comme l’avaient fait les dents du garçon. La peau céda, la lame s’enfonça. Il gémit. Puis il regarda, fasciné, le sang qui coulait et tachait la couverture de fourrure.

« Je te comprends si bien, ramasse-merde », murmura-t-il.

Il y avait quelque chose de spécial dans la haine de ce petit serf de la glèbe. Et une force étonnante en lui.

Il tritura sa blessure à la cuisse de la pointe de son couteau.

Ce gamin avait la capacité de lui faire éprouver quelque chose.

« Je te comprends, ramasse-merde », répéta-t-il en souriant.

S’il n’avait pas été serf de la glèbe, il aurait fait un fier combattant. Loyal et fiable. Un commandant pour ses hommes.

La chandelle de la lanterne allait s’éteindre et sa blessure pulsait. Il se concentra sur le regard du garçon à la fin du combat. Cette fierté, aucun paysan ne l’avait jamais manifestée face à lui. Les rebelles avaient toujours une ombre de sujétion dans les yeux. Ce voile de peur toujours visible chez ceux qui, nés dans le servage, se savaient inférieurs, même quand ils le menaçaient et lui criaient leur haine. Pas chez lui.

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