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Le soleil des rebelles

Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:

Le nouveau Luca di Fulvio !
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
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Agnete lui donna un coup de cuillère sur la tête. « Mange. »

Ce fut de nouveau l’heure de se coucher. Agnete et Eloisa s’étendirent sur la paillasse. Et surent à nouveau qu’elles ne dormiraient pas.

À minuit, la trappe s’ouvrit en grinçant. Elles virent à la lumière tremblotante du foyer Mikael sortir de sa cachette et aller se coucher près de la cheminée.

« Viens là, gamin », dit Agnete.

Mikael ne bougea pas.

« Viens là », dit-elle plus doucement.

Mikael s’approcha.

« Couche-toi à côté de moi », dit-elle, en poussant Eloisa.

Mikael, tout tremblant, s’étendit sur la paillasse, tournant le dos à Agnete.

Elle l’enveloppa dans le manteau et le serra contre elle.

Il sentit sa chaleur et eut peur de ne pas pouvoir garder pour lui la terrible pensée qui l’angoissait. Il avait envie de pleurer. Il voulut s’écarter mais Agnete le serra plus fort et lui caressa la tête.

Eloisa s’assit et se pencha par-dessus le corps de sa mère pour voir ce que Mikael faisait.

Agnete lui donna un coup de coude.

Ils restèrent immobiles. On n’entendait que le craquement des braises dans la cheminée.

« Tout ça, c’est ma faute, hein ? dit Mikael après un certain temps, exprimant enfin cette pensée terrible.

— Quoi ? dit Agnete.

— C’est moi qui ai amené Emöke à Ojsternig et ils lui ont fait ces choses horribles et ils m’ont obligé à regarder et ils riaient et… »

Agnete comprit qu’il avait assisté au viol d’Emöke. Elle se mordit la lèvre.

« Tout est ma faute…

— Mais qu’est-ce que tu racontes ?

— Si j’avais pas amené Emöke à Ojsternig…

— Quelqu’un d’autre l’aurait fait.

— … il l’a dit…

— Qu’est-ce qu’il a dit ?

— … “Regarde à quoi tu l’as condamnée en me l’amenant”…

— C’est pas ta faute. »

Mikael se dégagea de son étreinte. Il s’assit brusquement et des sanglots irrépressibles montèrent dans sa gorge, comme un cri de colère. « Si, tout est ma faute », criait-il entre deux hoquets, les larmes se mêlaient sur sa pommette au sang et à la morve. « C’est ma faute ! C’est lui qui l’a dit ! » Il se leva et lança des coups de pied dans un tabouret. « Gregor aussi ! Je l’ai vu ! Il était pendu à une poutre… et j’avais peur… Tout est ma faute… c’est ma faute aussi ce qui est arrivé à Gregor ! »

Agnete se leva. « Calme-toi, gamin…

— Je m’appelle Mikael, lui cria-t-il, en brandissant les poings, les bras tremblants. Je m’appelle Mikael ! Et j’espère que je mourrai, comme ton fils ! »

Agnete sentit son cœur se déchirer comme un cœur de chiffon. Elle se précipita sur lui et le serra contre sa poitrine, avec force, avec fureur, à l’étouffer, à lui briser les côtes. « Non. Tu ne mourras pas, lui dit-elle en retenant ses larmes. Je suis là… » Avec la même fureur, elle lui prit la tête entre ses mains. « Regarde-moi », dit-elle entre deux sanglots, parce qu’elle non plus n’arrivait pas à les retenir. Elle cria : « Regarde-moi, Mikael ! Je suis là, je suis là… »

Mikael se serra contre elle, comme contre sa mère. Et soudain se sentit redevenir un enfant.

« Viens au lit », dit Agnete quand elle se fut calmée à son tour.

Eloisa se poussa en silence et souleva le manteau pour leur faire de la place.

Agnete et Mikael s’étendirent sur la paillasse.

Elle attira Mikael contre elle et le serra fort entre ses bras. « C’est pas ta faute, lui chuchota-t-elle à l’oreille. C’est lui qui est un homme mauvais. »

Elle lui essuya les larmes et la morve avec la manche du manteau. « Dors, mon petit… »

Eloisa, à côté d’elle, ricana.

« Arrête, crétine », lui dit Agnete.

Eloisa ricana encore. Puis elle écouta la respiration de Mikael devenir lourde et régulière. Et aussitôt après celle de sa mère. Alors, délicatement, elle passa son bras au-dessus de sa mère, toucha Mikael, lui fit une caresse puis, vaincue à son tour par le sommeil, elle serra la manche de Mikael dans son poing.

30

Il plut toute la semaine. Une pluie constante, insistante, plus automnale qu’estivale. Les paysans regardaient avec inquiétude les champs qui n’étaient pas encore moissonnés. C’était un moment délicat. Les cultures devaient mûrir au soleil. Toute cette eau risquait de compromettre la récolte.

Les anciens hochaient la tête et gardaient leurs vieux os à l’abri de l’humidité. Ils se réunissaient chez l’un ou l’autre devant le foyer, hochant la tête et buvant de la bière. Les jeunes sortaient chaque jour faire le tour des champs. De temps en temps, ils arrachaient un plant et émiettaient les grains du bout des doigts. Ils commençaient à être trop mouillés. Beaucoup de tiges, sous le poids de l’eau, pliaient la tête vers la terre détrempée et les épis pourrissaient. La moitié de la récolte allait être perdue, disaient-ils. « Prions Dieu pour que ce soit seulement la moitié », maugréaient les vieux le soir en écoutant leur compte-rendu.

Les bêtes, dans leurs enclos, étaient inquiètes. Les villageois qui le pouvaient préféraient les garder chez eux, et de nombreuses habitations se transformèrent en étables. Des poules moururent, et la plupart cessèrent de pondre. Deux bœufs tombèrent malades. Une jument échappée de l’écurie s’estropia dans la boue. Malgré les pleurs des enfants, elle fut abattue et sa viande mise au sel.

Mikael, pendant toute cette semaine, resta à la maison. Il pensait à Emöke. Et à Ojsternig. Il avait peur qu’il vienne le chercher. Mais il ne redescendit plus dans la trappe. Il regardait Agnete et Eloisa coudre comme toujours des bonnets, des chemises et des ceintures, découpées dans la peau de la jument, qu’elles iraient vendre au marché de Dravocnik. Le troisième jour, il se mit à les aider. Il voulut coudre une paire de gants de lapin, comme le fils d’Agnete. Mais elle lui arracha la peau des mains et dit : « Non, ça porte malheur ». Mikael prit alors une épaisse bande de peau de jument et fit une ceinture, en essayant maladroitement d’imiter les mains habiles d’Eloisa, qui le regardait en riant. Quand il l’eut terminée, il alla acheter une boucle de fer polie chez le maréchal-ferrant, avec le sol qu’Agnete lui avait donné.

Agnete considéra son travail avec fierté.

Ce jour-là, Eloisa vint lui avouer, d’un air coupable : « Je regrette d’avoir dit des méchancetés sur Gregor, maintenant qu’il est mort. »

Mikael, comme toujours, ne savait que répondre. Mais il se rappelait le visage de Gregor quand on lui avait pris Emöke, sa femme, et se dit au contraire qu’Eloisa avait raison. C’était un lâche. Et il s’assombrit de nouveau en pensant que lui aussi en était un. Il fit claquer sa langue.

« Pourquoi tu fais ça ? lui demanda Eloisa.

— La haine laisse un goût amer dans la bouche, tu le savais ? C’est Raphael qui me l’a dit. »

Eloisa haussa les épaules.

« Mais la haine fait que les gens se sentent forts.

— Ah oui ? », commenta Eloisa, peu intéressée.

Mikael acquiesça. « Oui. Moi je hais Ojsternig. Mais je n’ai pas peur de lui.

— Eh bien, tu ferais mieux d’avoir peur.

— Eberwolf, lui, il me fait peur.

— Elderstoff, le corrigea Eloisa.

— Elderstoff, répéta Mikael machinalement. Je devrais le haïr. Il me ferait moins peur.

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