Le soleil des rebelles
- Автор: Fulvio Luca di
- Серия: Gang #3
- Год: 2018
- Язык: французский
- Год: Éditions Slatkine & Cie
- ISBN: 978-2889440481
- Переводчик: Françoise Brun
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
— Parce qu’on a vécu beaucoup d’années, et des années intenses.
— Et vous avez jamais peur ?
— Plus souvent que tu crois.
— Maintenant aussi ?
— Oui.
— Et de quoi ?
— J’ai peur qu’il t’arrive quelque chose. »
Mikael sentit son cœur fondre de plaisir. « Vous vous inquiétez pour moi ?
— Ferme les yeux, Mikael », dit Agnete.
Mikael ferma les yeux et s’abandonna contre elle.
Agnete lui caressa la tête et le visage, avec douceur, et passa le doigt sur la cicatrice de son front, pendant que Mikael s’endormait, rêvant qu’il était un enfant heureux.
La lune éclaira Agnete qui soulevait Mikael et le portait à l’intérieur en grimaçant. « Tu pues vraiment la merde, mon petit », chuchota-t-elle.
26
Le lendemain, Agnete recommanda à Mikael de ne pas se montrer dans le village. Elle ne faisait pas confiance aux habitants de la vallée. Ils risquaient de bavarder avec les soldats, qui descendaient souvent se ravitailler en victuailles et en bière.
« Je vous ai entendus hier soir », dit tout bas Eloisa à Mikael pendant qu’ils s’attardaient à déjeuner. Agnete rangeait la baraque et balayait le plancher.
Mikael la regarda.
« Tu devais te marier avec la princesse d’Ojsternig », murmura Eloisa.
Mikael baissa les yeux sur sa soupe d’orge.
Eloisa jouait avec sa cuillère. « Elle est comment, la princesse ? Elle est jolie ? », finit-elle par demander.
Mikael fut surpris. Il réfléchit un instant, revit son expression distante, pensa à ses lèvres en forme de cœur, puis acquiesça mollement.
Cela suffit cependant pour qu’Eloisa sente un coup au cœur. Elle se leva d’un bond, renversant son écuelle. Puis se précipita dehors.
« Eloisa ! lui cria sa mère. Ramasse-moi cette écuelle ! »
Mikael se pencha pour la ramasser lui-même. Puis il voulut suivre Eloisa.
Mais Agnete l’attrapa par le bras. « Je t’ai dit de ne pas mettre le nez dehors ! » Elle sortit. « Eloisa, range le bois. Je reviens tout de suite », lui dit-elle, avant de s’en aller.
Mikael entendait Eloisa ranger le bois à peine coupé. À en juger par le bruit, elle était furieuse. Troublé, il se demanda pourquoi. Il n’aimait pas qu’elle soit fâchée après lui, il ne comprenait pas ce qu’il avait fait de mal. Il était sûr en tout cas que c’était sa faute. Comme lorsqu’il lui avait dit qu’elle était sale, et qu’Eloisa s’était lavée et avait failli mourir. Cette pensée le troubla encore plus. Traversé par une inquiétude, il commença d’avoir peur.
Ses yeux se tournèrent vers la porte de la baraque. L’instant d’après il était dehors, malgré l’interdiction d’Agnete.
Il rejoignit Eloisa près de l’abri à bois.
La petite fille se retourna.
Mikael la regardait sans dire un mot.
« Qu’est-ce que tu veux ? », dit Eloisa, sur un ton agressif.
Maintenant qu’il était face à elle, Mikael n’arrivait pas à parler. « Si tu vois un rat, même sans collier, c’est Hubertus, dit-il enfin. Ou bien sa femme.
— Qu’est-ce que j’en ai à fiche ? », répondit Eloisa en recommençant à ranger les bûches.
Mikael baissa la tête. Pourquoi ne pouvait-il pas dire ce qu’il avait dans le cœur ? Il prit une inspiration profonde et, mort de honte, se résolut à prononcer, la voix cassée par l’émotion : « Excuse-moi ».
Eloisa le regarda, surprise.
Il leva les yeux sur elle, sachant qu’il devait parler maintenant. « Je sais pas ce que je t’ai fait mais… excuse-moi… je voulais pas… », balbutia-t-il, tout rouge.
« Retourne d’où tu viens, Crottin Sec ! cria alors Eberwolf, qui passait pour aller aux champs.
— Laisse-le tranquille, idiot ! Tu me dégoûtes ! », cria Eloisa, déchargeant sur lui l’émotion causée par les paroles de Mikael. Elle fit un pas vers Eberwolf.
Mikael la retint, une expression de terreur dans les yeux. « Non ! »
Elle s’arrêta, perplexe.
Eberwolf, les poings serrés, regardait Mikael. « Faut te l’expliquer autrement, Crottin Sec ? », menaça-t-il.
Mikael fit signe que non, et baissa les yeux.
Eberwolf, immobile, le fixa d’un œil agressif. Puis il s’en alla.
« Il t’a dit quoi ? », demanda alors Eloisa.
Mikael haussa les épaules. « Rien. »
« Qu’est-ce que tu fais dehors, malheureux ? », s’écria soudain Agnete, de retour avec un paquet sous le bras. Elle le saisit par le coude et le secoua. « Tu dois faire ce que je te dis, gamin ! Toujours ! » Elle se tourna vers Eloisa : « Vous avez quoi dans la tête, tous les deux ? De la sciure ? »
Mikael voulut rentrer.
« Où tu vas ? l’arrêta Agnete.
— Dedans…, dit tout doucement Mikael.
— À quoi ça sert maintenant ? Tout le monde t’a vu. » Agnete était furieuse. « Il va falloir que je leur dise de rien raconter aux gardes. On n’aura plus qu’à espérer qu’ils se taisent, imbécile que tu es », dit-elle, d’une voix dure masquant son inquiétude. Elle hocha la tête. Puis jura entre ses dents, énervée. « Déshabille-toi », dit-elle enfin.
Eloisa ricana.
Mikael regarda autour de lui. Les paysans étaient déjà dans la rue. « Moi ? Pourquoi ?
— Tu pues la merde », répondit Agnete. Elle lui montra le paquet qu’elle avait apporté. C’étaient des habits propres. « Je les ai pris chez Margit. Ils sont trop petits pour son fils. Tant que t’es ici, tu les mettras. »
Mikael regarda de nouveau autour de lui. « Je peux me changer à l’intérieur ?
— Non. Tu m’empuantis la maison. T’as honte ? T’auras pas besoin d’enlever ton caleçon. »
Mikael, à contrecœur, commença de se déshabiller.
Eloisa riait. Mais quand il fut dévêtu, elle redevint tout à coup sérieuse et le regarda en entier.
« T’es devenu fort, dit Agnete, une note d’étonnement et de fierté dans la voix. Ils disaient que t’avais des muscles d’écureuil, mais maintenant t’as l’air d’un louveteau. »
Mikael rougit et évita de regarder Eloisa.
« Qu’est-ce qui t’est arrivé ici ? demanda Agnete en montrant les bleus qu’il avait sur le ventre et dans le dos.
— Je suis tombé, dit Mikael.
— Ojsternig ? »
Mikael fit signe que non.
« Alors c’est pas difficile de deviner sur qui tu es tombé. Ça ne peut être que lui, dit Agnete.
— Elderstoff ? », demanda Eloisa, qui sentait la colère monter.
Mikael ne répondit pas et enfila rapidement les habits propres.
« Je le déteste ! s’exclama Eloisa. La prochaine fois…
— Non ! », la coupa Mikael, avec des yeux effrayés. Il la regarda en silence quelques instants, puis il dit : « Me défends plus jamais.
— C’est pour ça qu’il t’a frappé ? », demanda Agnete. Elle se tourna vers sa fille avec un regard sévère. « Qu’est-ce que je t’avais dit ? »
Eloisa baissa les yeux, mortifiée.
Agnete lui lança la brosse en chiendent : « Enlève cette merde sur ses habits », lui ordonna-t-elle.
Eloisa rougit de colère, tandis que Mikael ramassait les vêtements sur le sol. « Donne », dit-elle en les lui arrachant des mains. Et elle se dirigea d’un pas furieux vers l’arrière de la maison.
Quand sa rage fut calmée et qu’elle eut brossé les vêtements, elle revint, s’approcha de Mikael et, à mi-voix pour qu’Agnete n’entende pas, promit : « Je lui dirai plus rien ».