Le soleil des rebelles
- Автор: Fulvio Luca di
- Серия: Gang #3
- Год: 2018
- Язык: французский
- Год: Éditions Slatkine & Cie
- ISBN: 978-2889440481
- Переводчик: Françoise Brun
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
Il fit demi-tour.
La nuit commençait à tomber quand il arriva aux premières maisons du village.
Il entendit alors une femme crier.
La mère de Gregor jaillit de chez elle et tomba à genoux devant le seuil.
Mikael s’approcha d’elle.
Elle avait la bouche grand ouverte mais n’arrivait plus à crier. Mikael entra. Dans la pénombre, il entrevit un homme pendu à une poutre. Sa langue était violette et gonflée. Ses yeux écarquillés lui sortaient des orbites. Comme ceux des rebelles sur le gibet de Dravocnik.
« Gregor… », murmura Mikael.
Alors toutes les larmes si longtemps retenues coulèrent comme une rivière en crue.
Il courut se cacher dans une grange, en lisière du village.
29
L’aube allait se lever quand Mikael sortit de la grange. Son corps était endolori à cause des coups donnés par Eberwolf et d’une nuit passée dans le froid, sans dormir, car une pensée terrible l’avait torturé.
Une fine bruine le fit frissonner. Le village somnolait encore. Personne encore dans les ruelles boueuses.
Toujours agité par cette pensée terrible, il marcha vers la porte de la maison de Gregor.
De l’intérieur arrivaient des sanglots. Puis un « Non ! » prononcé sans force.
Le frère Timotej apparut sur le seuil et dit, tourné vers l’intérieur : « Tu sais bien que je ne peux pas le bénir ni l’ensevelir en terre consacrée ». Il semblait le regretter sincèrement. « Gregor a péché contre Dieu. L’Église ne peut pas l’absoudre. Mais le Tout-Puissant est miséricordieux, et il rendra les flammes de l’enfer plus douces pour ton Gregor, j’en suis certain. »
La mère de Gregor arriva telle une furie et le poussa rageusement. « Sois maudit ! hurla-t-elle d’une voix cassée. Je ne veux plus te voir. Ni toi ni ton Dieu !
— Ne parle pas ainsi…
— Sois maudit ! hurla-t-elle encore, les veines du cou gonflées. T’as qu’à m’excommunier ! Brûle-moi comme sorcière ! Coupe-moi en morceaux à la hache ! Rien ne pourra être plus douloureux ! » Elle tomba à terre à l’endroit même où Mikael l’avait vue la veille. Et là encore le tourment et le chagrin remplacèrent la colère. « Sois maudit… », disait-elle, épuisée, affaissée sur elle-même, branlant la tête, quand elle aperçut Mikael. Elle lui prit les mains comme font les mendiants, et chuchota : « Tu l’as vu, toi… »
Mikael voulut détourner les yeux et s’enfuir. Mais ces mains tendues et tremblantes l’en empêchaient.
« Tu l’as vu… », répéta la pauvre femme, les joues baignées de larmes, avant de se laisser aller sur le sol.
Mikael acquiesça mais ne put parler. Il s’éloigna et se dirigea lentement vers la baraque qui était désormais sa maison.
Eloisa fut la première à l’apercevoir. Elle se précipita à sa rencontre et revint avec lui, marchant en silence à ses côtés.
« Tu t’es encore sauvé ? », demanda Agnete avec une pointe d’angoisse quand Mikael entra.
Il secoua la tête. Il voulait s’expliquer mais sa voix ne sortait pas. Il se souvint qu’un jour Agnete avait dit que s’il ne parlait pas, c’était pour ne pas se casser. Il comprenait maintenant.
Agnete examina les blessures de son visage à la lumière. Elle hocha la tête avec tendresse. « Tu finiras vraiment par ressembler à l’un des nôtres. Mais si tu continues comme ça, tu ressembleras à un de ces chiens qui se battent dans les ordures. » Elle lui sourit et l’attira contre elle.
Mikael la repoussa. À être pris dans les bras, on pouvait se casser aussi.
Agnete fit comme si de rien n’était, prit ses flacons et un linge mouillé. Elle nettoya ses blessures puis y posa un emplâtre.
Mikael poussa le coffre et ouvrit la trappe qui menait au trou noir où avait commencé sa nouvelle vie.
« Où tu vas ? », demanda Eloisa en le voyant disparaître par l’échelle branlante.
Agnete la saisit par le bras.
Mikael referma la trappe.
« Qu’est-ce qu’il a ? demanda Eloisa à sa mère.
— Allons travailler, dit Agnete, ignorant la question.
— Mais qu’est-ce qu’il a, mère ? insista Eloisa.
— Quoi qu’est-ce qu’il a, crétine ? lâcha Agnete à voix basse. Tu saurais résister à tout ça, toi ? Et pour lui c’est pire, dix fois pire, parce qu’il est né dans un lit de plumes. Allons travailler. »
Sur le seuil, Eloisa lui dit : « Tu l’aimes bien.
— Que veux-tu, dit Agnete d’une voix résignée.
— Il ne mourra pas, répliqua Eloisa. Il ne mourra pas. Il est meilleur que nous tous, mère. »
Les yeux d’Agnete se remplirent de larmes. Elle serra convulsivement les dents et les poings. Puis, d’un ton rude mais plein d’amour, dit à sa fille : « Marche, crétine. »
Eloisa revint au pas de course dans la baraque et s’agenouilla au-dessus de la trappe. « On se verra ce soir, gros bêta », murmura-t-elle entre les planches.
Quand elles revinrent, au crépuscule, la trappe était toujours fermée. Agnete se contenta de l’ouvrir. Elle mit sur le feu une soupe de lentilles où elle jeta deux couennes de porc pour elles et une épaisse tranche de jambon pour Mikael.
Eloisa regardait nerveusement vers la trappe. « C’est prêt, dit Agnete une heure plus tard d’un ton indifférent. Viens manger, gamin. »
La main de Mikael saisit la trappe et la referma.
Eloisa resta assise sur le coffre, à fixer la trappe fermée.
Agnete déjeuna seule, en buvant une chope de bière forte. Puis elle s’étendit sur sa paillasse.
Eloisa finit par la rejoindre. « Pas un mot », dit Agnete.
Eloisa se tourna sur le côté.
Mais elles ne dormirent pas.
Le lendemain matin, Agnete mit le bout de jambon cuit et les lentilles dans une écuelle près de la trappe. Elle l’ouvrit et dit, dans le noir : « J’ai posé ton déjeuner là, gamin ». Elle poussa Eloisa dehors pour partir travailler.
Le soir, à leur retour, la trappe était toujours fermée. Mikael n’avait pas touché à l’écuelle. Deux petits rats grignotaient le morceau de jambon. Agnete attrapa le balai pour les tuer mais Eloisa s’interposa, les bras écartés, laissant aux deux petites bêtes le temps de s’échapper.
« Qu’est-ce qui te prend ? dit Agnete.
— C’est Hubertus.
— Moi j’ai vu deux rats, maugréa Agnete.
— L’autre, c’est sa femme, répondit Eloisa. J’ai promis à Mikael que je ne les tuerais pas. »
Agnete eut du mal à se contenir. Elle hocha la tête, les lèvres serrées. « J’en étais sûre ! s’exclama-t-elle en jetant le balai dans un coin. Je savais qu’on finirait par faire un élevage de rats. »
Eloisa sourit et ramassa l’écuelle.
« Ne mange pas ça, tu vas t’empoisonner », lui dit sa mère.
Eloisa sortit. Elle alla jusqu’à la pile de bois à l’arrière de la maison et vida le contenu de l’écuelle au pied des bûches. « Hubertus, va voir Mikael », murmura-t-elle.
Quand elle revint, sa mère avait posé une chope d’eau fraîche près de la trappe et l’avait ouverte.
« Si tu bois pas, tu vas mourir », dit-elle avant de préparer le repas.
Eloisa, assise sur le coffre, fixait le trou noir où Mikael s’était réfugié.
« Viens manger », lui dit Agnete quand le repas fut prêt.
Elle fit non de la tête.
Agnete la prit par l’oreille et la traîna jusqu’à la table. « Mange ! »
Eloisa obéit, en restant tournée vers la trappe. À un moment, elle vit la main de Mikael s’emparer de la chope et refermer la trappe. « Il boit ! », chuchota-t-elle, toute contente, à sa mère.