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Le soleil des rebelles

Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:

Le nouveau Luca di Fulvio !
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
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Eloisa le fixait, pensant en même temps à la peau de la princesse, qui devait être blanche et parfumée. Elle sentait en elle une douleur la ronger.

Mikael était revenu en courant.

« Qu’est-ce qu’il y a ? »

Il avait secoué la tête, puis rougi, et avait dit : « Rien ». La tête basse, il était reparti mais s’était retourné en arrivant sur la route. Un poids sur le cœur, il lui avait fait un timide signe de la main.

Elle n’avait pas répondu. “Peut-être qu’elle est pas si jolie que ça, la princesse…” Et sans que Mikael puisse la voir, elle avait souri.

Mikael était monté pendant une bonne lieue. Ses sabots ne lui faisaient plus mal comme autrefois, quand il avait toujours des plaies aux pieds. Maintenant il avait des cals. Il se sentit fort.

« Attends-moi, Crottin Sec », dit Eberwolf derrière lui, à la hauteur des derniers lacets de la première montée du Mezesnig, avant de le rejoindre. « Je vais au château avec toi. »

Mikael espéra qu’il ne lui volerait pas les tranches de pain qu’Agnete lui avait données pour le voyage.

« Quoi ? T’es pas d’accord ? »

Mais Mikael remarqua qu’il ne parlait plus avec son ton agressif habituel. Il hocha vaguement la tête.

« Allez, marche », dit Eberwolf en le poussant.

Mikael reprit sa montée.

Eberwolf se tenait à côté de lui. « Je vais pas pourrir dans ce village de merde avec mon père », dit-il au bout d’un moment.

Mikael continuait à marcher sans parler.

« Je trouverai un travail qui me libérera de la terre », poursuivit Eberwolf.

Mikael le regarda.

« Qu’est-ce que t’as à me regarder, Crottin Sec ? »

Mikael baissa la tête et recommença à marcher.

« Si un serf réussit à vivre dans une ville pendant un an, dit Eberwolf, le souffle coupé par l’effort, il devient libre. Tu le savais pas ? »

Mikael fit signe que non.

« Tu sais rien, ricana Eberwolf. À quoi tu peux bien servir, Crottin Sec ? »

Quand ils arrivèrent en bas du passage couvert de pierres, Mikael s’arrêta.

« Moi, je monte par-là », dit-il en montrant la pente rocheuse.

Eberwolf leva les yeux vers la pente raide. « Tu vas où je te dis d’aller », fit-il, agressif.

Mikael regarda la route qui continuait à flanc de montagne, déroulant doucement ses lacets vers le col. « Il y a les gardes. »

Eberwolf, évidemment, n’y avait pas pensé et fut déconcerté.

« Si on passe par-là, on les contourne et ils nous voient pas, dit Mikael.

— Tu crois que je le sais pas, Crottin Sec ? », mentit Eberwolf.

Mikael était immobile.

« Tu te crois meilleur que moi ? fit l’autre.

— Non…

— Tu as raison, tu vaux rien, maugréa Eberwolf. Je te casse en deux d’une seule main, tu le sais ça, hein ? »

Mikael ne répondit pas. Il se contenta de regarder la pente couverte de pierres.

« Marche, couillon », dit Eberwolf en le poussant.

Mikael commença à grimper.

Eberwolf avait du mal à le suivre. « Ralentis, Crottin Sec », dit-il, la respiration coupée.

Mikael ne ralentit pas. Il se rendit compte qu’il était bien plus rapide qu’Eberwolf. Il aurait pu le distancer facilement.

Eberwolf l’attrapa par la veste. Il haletait, la bouche ouverte et grimaçante, et un filet de salive luisait à son large et gros menton où commençaient à pousser quelques poils. Il attendit que sa respiration se calme. Puis il ramassa une pierre blanche, pointue, de la bonne taille pour tenir entre le pouce, l’index et le majeur. « Regarde », dit-il. Il montra un petit hêtre à près de vingt pas de distance et lança la pierre, violemment. Elle toucha le tronc de l’arbre avec un bruit sourd, entaillant l’écorce. Eberwolf se tourna vers Mikael. « T’as pas intérêt à courir. Si je te touche à la tête, t’es mort. » Il le fixa avec un ricanement satisfait. « Les lapins, c’est comme ça que je les attrape. »

Mikael regarda l’écorce entaillée du hêtre.

« Maintenant, marche. Tranquillement. »

À la mi-journée, ils étaient en vue de Dravocnik.

À la manière dont Eberwolf regardait le bourg, les yeux écarquillés et l’air ahuri, Mikael comprit qu’il n’était jamais allé à Dravocnik. Cela lui semblait certainement énorme, comparé au petit village de la Raühnvahl dont il n’avait jamais bougé.

Tandis qu’ils passaient entre les pauvres maisons, les hommes et les femmes qui n’étaient pas au travail sortirent sur le pas de leurs portes bancales. Leurs yeux étaient éteints par la souffrance et la faiblesse.

Eberwolf les regardait d’un air de défi, comme un chien qui cherche querelle. Bombant le torse, il marchait à longues enjambées, pour paraître plus fort.

Mais Mikael remarqua, quand ils entrèrent dans la cour du château, qu’il faisait moins le bravache. Courbé, toute arrogance disparue, il marchait en évitant les regards des soldats.

“Il a peur”, s’étonna Mikael.

« Bon, et maintenant ? », dit Eberwolf.

Mikael haussa les épaules. Il ne comprenait pas la question.

« Quel travail tu fais ? », demanda-t-il.

Mikael regarda autour de lui et vit Bassiano, la pelle à la main, dont le visage s’illumina d’un sourire bête.

« Saa-lut Mi-kkaael ! », cria le palefrenier tout excité, courant à sa rencontre.

Eberwolf le regarda. Puis regarda Mikael. « C’est qui, cet idiot ? »

Bassiano les avait rejoints et tendait la pelle à Mikael.

Mikael lui sourit avec embarras. Il prit la pelle. Se tourna vers Eberwolf. « Moi, je ramasse la merde, lui dit-il.

— Crottin Sec ramasse le crottin frais ! se mit à rire bêtement Eberwolf. Et il lui donna une claque.

— No-oon ! ! fit Bassiano. Basss-iano et Mi-kkkaael ammm-mis. »

Eberwolf le regarda d’un air agressif.

« Toi coom-ment t’ap-peee-lles ? lui demanda Bassiano.

— C’est pas tes affaires, idiot, répondit Eberwolf.

— Moi paas iddd-iot, dit Bassiano.

— Tire-toi de là, fit Eberwolf avec mépris.

— Moi paas iddd-iot », répéta Bassiano.

Eberwolf le repoussa, et Bassiano tomba par terre.

Les mains enfoncées dans le fumier de la cour, il regarda timidement Mikael, comme s’il attendait qu’il prenne sa défense.

« L’idiot, c’est toi », dit alors Mikael d’une voix qui tremblait.

Eberwolf se retourna, surpris. Puis le sang lui monta à la tête et il frappa Mikael d’un coup de poing à l’estomac.

Mikael se plia en deux.

Bassiano se mit à pleurer.

Les serfs qui avaient vu la scène interrompirent leurs activités. Des artisans posèrent leurs outils et sortirent sur le seuil des boutiques. La femme au visage marqué de variole se précipita pour aider son fils Bassiano. Elle lança un regard mauvais à Eberwolf mais ne dit rien.

Une petite troupe de cavaliers fit alors son entrée dans la cour. À leur tête chevauchait Ojsternig, couvert de terre et de sang, tenant par la bride un mulet. Sur le dos de l’animal se balançaient, inertes, les carcasses sanguinolentes d’un cerf, d’un chevreuil et de deux sangliers.

« Qu’y a-t-il ? », demanda-t-il en voyant les gens attroupés autour de Mikael, toujours courbé en deux.

Les serfs et les artisans baissèrent les yeux sans répondre.

Ojsternig descendit de cheval et s’approcha de Mikael. « Qu’y a-t-il ? »

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