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Les Habits Noirs Tome VI - L’Avaleur De Sabres

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome VI - L’Avaleur De Sabres». Краткое содержание книги:

Ce sixième opus nous plonge plus avant dans ce monde du cirque dont Féval a fait l'un de ses univers de prédilection. Saladin, le «fils» d'Echalot et de Similor, a grandi au sein du cirque de Mme Samayoux. Héritant de la mauvaise nature de son père, il est devenu une crapule. En 1852, il enlève une petite fille, Justine, et la confie à Maman Léo et à Echalot, maintenant en ménage, en prétendant l'avoir trouvée. La mère de l'enfant, Lily, une jeune et belle fille du peuple que son amant avait abandonnée, désespérée de n'avoir pu retrouver sa fille, épouse le richissime duc de Chaves, dans l'idée de mener par la suite, grâce à sa fortune, les recherches nécessaires…
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«J’ajoute que la caisse n’y perdait rien. En foire, avec un enfant joli et obéissant, vous pouvez remplacer hardiment une troupe de singes qui coûtent des douze à quatorze francs tous les jours, souvent malades et sujets à périr par la poitrine, dont la perte de chaque sujet va dans les cent cinquante francs. Autant vaut diriger le grand Opéra, où la personne a du moins les secours du gouvernement. J’en dis autant des chiens, jamais contents de leur nourriture, quoique bonnes bêtes au fond, et amis des hommes, mais perdus de vermine, par quoi la propreté est incapable dans tous les lieux qu’ils fréquentent.

«Si vous voulez maintenant que je vous donne mon avis sur les ménageries ambulantes, ça fait tout simplement pitié. L’orgueil d’avoir un lion ou un éléphant a ruiné bien des pères de famille, sans parler que l’animal féroce mange toujours son bienfaiteur un jour ou l’autre.

«La Providence l’a voulu en attribuant ses instincts carnassiers au serpent pour qu’il morde, au tigre pour qu’il griffe.

«Pour s’y retirer, dans les bêtes sauvages, il n’y a que les phoques et les moutons mérinos assez patients pour qu’on lui réussisse l’opération de la cinquième patte du phénomène vivant, en bois ou caoutchouc, bien plantée, et que rien ne paraît quand la cicatrice est tenue propre. En plus qu’alors, l’animal valétudinaire manque d’appétit et coûte peu pour la nourriture.

«Le phoque, encore plus avantageux, vit de vieux chapeaux de feutre mou.

«C’est supérieur aux clowns et jongleurs, généralement mauvais sujets. L’homme squelette vous ruine en chatteries; la femme colosse, lui faut des quatre et cinq livres de veau par repas, avec bière et tabac; si elle est à barbe, ne m’en parlez pas, elle a des passions que je n’oserais même pas les préciser dans mes souvenirs.

«Eh bien! tout ça n’est rien auprès des jumeaux siamois, ni des papas qui jouent au volant avec leurs petits. Vous n’avez pas une paire de siamois, bien collés, pour moins de six francs par jour et le café. Faut les servir; ils sont mal embouchés et passent leur vie à se battre réciproquement l’un contre l’autre.

«Il n’y a pas plus mauvais que la jeune fille encéphale et l’homme qui écrit avec son pied. Pour abréger, le phénomène, c’est la gale, gonflé d’orgueil et méprisant les personnes naturelles bien proportionnées.

«Je donnerai mon adresse dans le courant de cet ouvrage; ceux qui souhaiteront des renseignements détaillés sur la baraque pourront me consulter. Aucun des secrets de l’état ne m’est inconnu, depuis l’électricité jusqu’à la tireuse de cartes. Cet écrit étant destiné seulement à la famille de la jeune personne, je m’arrête, ajoutant que le ventriloque fait une heureuse exception et chérit ses semblables, toujours rempli de bonnes mœurs quand il est à jeun.

«Dommage qu’il pompe trop souvent et que la boisson le hérisse.

«J’en reviens à l’avantage de l’enfant chez l’artiste. Pour madame Canada et moi, plutôt périr que d’en arracher un à la douceur du foyer domestique, quoiqu’on voie dans les journaux des exemples de mioches traités avec une barbarie pire que les sauvages. La petite était à nous, puisqu’on l’avait achetée et payée. Et, cédant à mes sentiments spontanés, je fais savoir aux pères et mères assez maladroits pour couvrir leurs petits de bleus à l’aide d’instruments contondants que ce n’est pas raisonnable. Ils pourraient les vendre de cinquante à cent francs la pièce, plus cher même s’ils ont un talent, et jusqu’à mille francs si c’est des monstres.

«Sans être monstre et sans talent extraordinaire, le simple enfant, joli de figure, peut rapporter à la baraque autant que n’importe quel crocodile, si la troupe contient un homme de talent, capable de faire un ouvrage dramatique. Or, nous étions trois dans ce cas à la maison: moi d’abord, de qui la jeunesse fut imbue de Bobino et de l’Odéon; Amédée Similor, qui comptait des années de figuration sur les planches, et Saladin, né là-dedans, puisque à l’âge de deux ans il avait rempli le rôle d’un enfant de carton dans une pièce à grand spectacle, rappelé à la fin avec monsieur Mélingue et madame Laurent.

«J’étais étonnant pour l’imagination. Similor trouvait des trucs, mais Saladin avait le génie. Quel auteur! Il faisait ce qu’il voulait avec n’importe quoi. Il vous habillait l’enfant comme un gant, dans un rôle charmant où elle n’avait qu’à se montrer pour faire de 12 à 15 francs de recette.

«La petite fut tour à tour Moïse sauvé des eaux par la princesse égyptienne, Zélisca ou l’enfant préservé par un chien de la morsure d’un serpent boa d’Amérique, Winceslas ou le petit prince sauvé d’un incendie par le hussard de Felsheim. Que sais-je! Saladin était plus fécond que monsieur Scribe. On lui donnait trente sous, par pièce, une fois payés. Comme il jouait au bouchon supérieurement et qu’il trichait mieux encore aux cartes, il cachait de l’argent partout.

«Mais Similor trouvait toujours le magot qui passait en consommation à la faveur de la puissance maternelle.

«Pendant toute la première année, l’enfant fut affichée et annoncée sous le nom de mademoiselle Cerise à cause d’une circonstance exceptionnelle qui sera notée plus tard, en faveur de ses parents.

«À la fin des douze mois, madame Canada et moi nous voulûmes savoir ce que mademoiselle Cerise nous avait rapporté. Mes comptes sont le modèle de la partie double; après dix minutes de chiffres je pus dire que l’enfant nous avait valu 1629 francs, quittes de tout frais.

«C’était à Orléans (Loiret), sur la place du marché. Madame Canada me dit:

«- C’est superbe, je paye le café.

«- J’accepte, répondis-je. La Californie est à la maison, c’est agréable.

«- Et la satisfaction aussi, ajouta Amandine, car je l’idole cette chérie-là, et j’aurais une fillette à moi que je ne l’aimerais pas tant.

«Madame Canada jouit d’une juste renommée pour fricasser le café. C’est un velours qui sort de ses mains, ne ménageant aucun des ingrédients qui peuvent ajouter à son charme. Elle en fit une pleine bouilloire, car nous n’avions plus à y regarder de si près, étant favorisés par la recette. On passa la nuit tout entière à parler de la petite.

«C’est sûr qu’en vieillissant on devient meilleur, car Amandine partage maintenant le désir honorable que j’ai de retrouver les parents de la jeune personne. Cette nuit-là, ce n’était pas ainsi, puisqu’elle me dit:

«- Cerise, ça n’est pas un nom.

«- C’est drôle, objectai-je, et ça tape l’œil sur l’affiche.

«- Possible, mais c’est un écriteau sur son dos. Si on le lui laisse, les parents sont capables de deviner la charade. Alors, comme elle vaut de l’argent, avant dix mois on viendra nous la reprendre.

«C’était clair, on verra bientôt pourquoi.

«- En définitive, les parents l’ont vendue, répondis-je sans être bien sûr que je disais la vérité.

«Madame Canada haussa les épaules.

«- C’est clair! fit-elle pourtant avec empressement.

«Mais au fond du cœur nous avions tous deux la même idée. Les parents d’un ange pareiclass="underline" ça doit être dans l’opulence.

«- En foi de quoi, achevai-je, puisque le droit y est, gardons ce que nous avons payé, et cherchons un autre nom à la minette.

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