Les Habits Noirs Tome VI - L’Avaleur De Sabres
- Автор: Феваль Поль Анри
- Серия: Les Habits Noirs #6
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome VI - L’Avaleur De Sabres». Краткое содержание книги:
«Ce qui fut dit fut fait, et Dieu sait que nous nous donnâmes de la peine. Chaque fois que nous trouvions un nom nouveau, il était épluché, discuté, puis rejeté, parce qu’il ne valait pas celui de Cerise qui était venu tout seul.
«Et pendant tout cela, nous regardions cette chère figure blanche et rose – toute ronde – qui dormait en souriant dans son berceau, une vraie cerise en vérité.
«Car elle avait si bien repris, notre petite! c’était un charme que sa fraîcheur; c’est qu’aussi elle était dorlotée, mieux que chez des grands seigneurs.
«Nous en étions à jeter notre langue aux chiens, lorsque Cerise ouvrit ses grands yeux bleus et nous regarda.
«- Deux saphirs! dit madame Canada.
«- Saphir! répétai-je.
«Et l’enfant eut son nom.
«Elle rabaissa ses longues paupières et se rendormit.
«Le lendemain, il fut défendu d’appeler mademoiselle Cerise autrement que mademoiselle Saphir. Ordre d’administration, cinq centimes d’amende.
«Ce fut le premier mouvement d’humeur qu’on eût découvert en elle. Mademoiselle Cerise parut fâchée d’avoir perdu son nom; elle bouda.
«Mais, au bout de quelques minutes, il n’y paraissait plus.
«Elle était, du reste, sans cervelle, comme un petit oiseau, mais elle avait un cœur; je crois qu’elle nous aimait déjà.
«Jusqu’alors, elle avait chanté quelquefois, prononçant assez bien les paroles de sa chansonnette, mais elle n’avait jamais parlé. Vers ce temps, du jour au lendemain, elle se mit à babiller, non point comme si elle eût appris peu à peu, mais comme si elle se souvenait tout d’un coup.
«Ceci était d’autant plus sûr que son babil ne venait point de nous. Elle ne répétait jamais ce que nous avions habitude de dire. C’était autre chose: des choses que nous ne comprenions pas toujours. Elle causait de Médor, de la bergère, de la laitière. Tout ça indiquait suffisamment qu’elle avait été élevée à la campagne. Elle n’appelait point son papa; quand elle disait maman, elle avait un tremblement, preuve qu’on avait dû la battre.
«Du reste, il ne servait à rien de l’interroger. Elle vous regardait tout à coup sans comprendre, ou bien elle pleurait à chaudes larmes. Nous essayâmes cent fois de savoir le nom de sa famille, ou tout au moins le nom qu’elle portait chez ses parents. Impossible. Vous auriez dit qu’elle n’avait plus de mémoire. Et pourtant elle se souvenait très exactement de tout ce qui s’était passé depuis son arrivée à la maison.
«Madame Canada était contente de cela. Elle disait:
«- Ça fait que la mignonne est née native de la baraque, puisque tout le reste est pour elle ni vu ni connu.
«Je vais donc arriver à son éducation.
«Madame Canada n’était pas aussi instruite qu’elle l’aurait désiré, quoique étonnante pour se faire casser des cailloux sur le ventre, le café noir et l’esprit naturel. Moi, j’étais pris par les soins du ménage, la tenue des livres et la rédaction du boniment que j’en ai toujours fourni à la foule de nombreuses variétés, tous agréables et lardés du mot pour rire. Saladin en savait long. Quand on eut résolu, moi et ma femme, qu’on donnerait à l’enfant l’enseignement d’une princesse, je songeai tout de suite à Saladin pour la lecture, l’écriture et compter. Cologne pouvait la pousser en musique jusqu’à la tyrolienne, Similor eût été pour l’escrime, toujours séduisante en foire de la part d’une dame, et la danse des salons, pour quant à laquelle vous chercheriez en vain son émule dans Paris; enfin, gardant le principal pour finir, mademoiselle Freluche devait lui enseigner tous les secrets de la corde raide, dont nous comptions qu’elle ferait sa carrière sérieuse.
«En surplus, Poquet, dit Atlas, se proposa spontanément pour la chiromancie, somnambulisme, et tours de cartes qu’il avait pratiqués avec succès dans plusieurs villes de l’Europe.
«Les rêves de papas et mamans n’ont presque jamais le frein de la modération. Moi et madame Canada, plus chauds et bouillants que de vrais père et mère de qui nous tenions la place, nous n’étions pas encore contents. Madame Canada avait été désossée dans sa petite jeunesse; elle disait souvent qu’il serait peut-être opportun pour l’avenir de l’enfant de lui lâcher les articulations, et moi je proposais de lui inculquer à mes moments perdus ce qui me restait de pharmacie.
«On repoussa l’avalage du sabre par une circonstance que je vais noter tout à l’heure, mais il fut convenu qu’en revenant à Paris l’enfant irait à l’atelier Cœur-d’Acier prendre des leçons de peinture artistique auprès de monsieur Baruque et de monsieur Gondrequin-Militaire, à qui sont dus les premiers tableaux de la foire.
«On ne peut pas dire que tout ça fût des vains songes; néanmoins, il y en avait trop pour une seule jeune personne qui dépassait à peine sa troisième année; c’est pourquoi moi et madame Canada nous commençâmes par continuer de la laisser boire, manger et dormir en toute liberté, sauf une petite leçon que donnait tous les matins mademoiselle Freluche.
«Je note ici pour les parents (les vrais) deux particularités et un phénomène.
«Le phénomène c’est la cerise que l’enfant portait et porte encore entre le sein et l’épaule droite. Au jour d’aujourd’hui, elle a quatorze ans et la cerise n’est plus si rose; mais on la voit encore très bien. Ai-je besoin d’ajouter que ce phénomène était l’origine de son premier nom? Ça me paraît superflu. Mon lecteur l’a deviné.
«Les particularités, les voilà dans leur ordre natureclass="underline"
«1er Pendant bien longtemps, la petite ne vint au théâtre que pour figurer ses rôles. On l’apportait dans la crèche de l’Enfant-Jésus ou dans le berceau de Moïse et puis on la remportait. C’était tout. Elle ne connaissait rien de ce qui se faisait chez nous.
«Un soir, peu de temps après qu’elle eut retrouvé la parole, je l’emmenai avec moi pour qu’elle vît danser mademoiselle Freluche: histoire de lui donner du goût pour la partie.
«Aussitôt que mademoiselle Freluche bondit sur la corde, la petite se mit à trembler comme elle faisait toujours en appelant sa maman, mais plus fort. Elle se leva, elle était aussi blanche qu’un linge et semblait hors d’elle-même.
«- Maman! maman! maman! dit-elle par trois fois. Sous la fenêtre… le pont… la rivière… Ah! je ne sais plus!
«Ce dernier mot vint après un grand effort, et l’enfant se rassit, épuisée.
«Madame Canada eut le soupçon que sa maman était danseuse de corde. Moi pas. On eut beau interroger la petite, elle ne dit rien.
«Le vrai, c’était son mot: je ne sais plus! Et je marque ma pensée telle qu’elle fut: sous la fenêtre de l’appartement où demeurait l’enfant, une danseuse de corde avait coutume de travailler. C’était auprès de la rivière et vis-à-vis d’un pont…
«2e Saladin tourmentait souvent pour qu’elle vînt le voir avaler des sabres. N’y a pas plus orgueilleux que ce blanc-bec-là; ayant toujours gardé vis-à-vis de lui la faiblesse d’une mère nourrice, je cédai à ses désirs.
«D’ordinaire, l’enfant jouait volontiers avec Saladin, qui est un gentil garçon et qui se montrait très complaisant pour elle.
«Quand il entra en scène, la petite le regardait en souriant. Mais à peine eut-il mis la pointe du sabre dans sa bouche, qu’elle se rejeta violemment en arrière, disant comme l’autre fois: