L'Histoire de France vue par San-Antonio [fr]
- Автор: Дар Фредерик
- Год: 1965
- Язык: французский
- Год: Presse Pocket
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «L'Histoire de France vue par San-Antonio [fr]». Краткое содержание книги:
Et pourtant le nom le plus important est absent de nos places, de nos avenues, de nos boulevards et même de nos impasses : celui de Bérurier. Or, ce sont les Bérurier qui ont vraiment fait la France. Avec leurs mains, leur sang et leur sueur.
Avec leur esprit aussi.
Soucieux de réparer cette criante injustice, j'ai essayé de reconstituer leur trajectoire dans le temps.
Comme le langage, l'Histoire se doit de rester vivante ; c'est pourquoi je me suis attaché à en secouer la poussière, à en « plumeauter » les toiles d'araignée, à en dédorer les tranches, les couronnes et les auréoles et à la saupoudrer d'éclats de rire.
Un petit travail de réfection, quoi !
Il m'a permis de constater qu'on nous avait doré l'Histoire de France avec cette même poudre aux yeux qui sert aussi à nous dorer la pilule !
SAN-ANTONIO
— Qu'on appelle aussi l'Édit Gueducu, pas vrai ? coupe le Monstrueux.
Je le foudroie d'un long regard acéré.
— Rendors-toi, Baudruche, l'heure de tes pauvretés est passée.
Et me voilà reparti, après cette misérable interruption, sur le panégyrique de mon petit copain Henri.
— Il construit ! Il organise ! On lui doit la plus belle place du monde, la place des Vosges. Il veut que tout le monde bouffe à sa faim. Il est le promoteur de la poule au pot.
— C'est lui qu'aurait dû s'appeler Godefroy de Bouillon, ironise le Spirituel.
Mais San-Antonio poursuit, animé par l'exaltation la plus noble :
— Il s'est voulu le père du peuple, et il l'a été. Non pas à la manière du colonel, père de son régiment, mais comme un véritable chef de famille soucieux de bien-être de ses lardons.
Je vide la coupe qu'une main pitoyable propose à mon gosier fourbu.
— Maintenant, mes amis, je connais la question qui va m'être posée, soit par le Bérurier de service, soit par l'un de vous : « Et la vie sentimentale du roi Henri ? » va-t-on me demander.
— Tout juste, Auguste, riposte Béru.
— Eh bien parlons-en, en effet. Et n'ayons pas peur des mots. Jusqu'ici nous avons pu nous rendre compte que, sauf de rares exceptions, nos rois avaient un point commun : ils raffolaient de la bagatelle. Henri IV se devait de respecter la tradition et même de faire mieux encore en améliorant les performances sur traversins homologués. Lui qui a prononcé tant et tant de phrases célèbres devait déclarer un jour à l'un de ses familiers, parlant de son zigomar-à-tête-chercheuse : « Jusqu'à quarante ans j'ai cru que c'était un os. » La phrase peut sembler immodeste, mais quand on connaît la probité de ce bon sire, on est bien obligé d'en tirer les conclusions qui s'imposent. D'ailleurs, son tableau de chasse est là pour attester du bien-fondé de la confidence. Ce gaillard mal lavé, aux senteurs d'ail et de graillon qui, paraît-il, puait en outre le bouc, a passé tant de souris à la casserole que vouloir en dresser la liste complète serait folie. Jamais avant lui aucun monarque n'était entré aussi délibérément dans la chambre à coucher des jeunes filles. Notez bien qu'en vrai gentleman, il les faisait épouser ensuite par des copains à lui, soucieux de préserver leur honneur après avoir pulvérisé leur vertu.
Mais arrêtons-nous sur l'aspect officiel de sa vie sentimentale. Lorsqu'il est jeune roi de Navarre à la cour de France, sous son cousin Charles IX, ce dernier lui fait épouser sa frangine Marguerite de Valois. Au lieu de porter ce nom, il eut mieux valu qu'elle s'appelât Marie-couche-toi-là.
Il y a eu bien des demoiselles légères dans la lignée des filles de France, mais aucune n'a été aussi pétassière que la Reine Margot ! Son homonyme, l'autre Marguerite (celle qui était de Bourgogne comme les escargots) malgré ses prouesses tour-de-Nesliennes ne lui arrive pas à la cheville. Margot avait un incendie entre les jambes et elle passa sa vie à essayer des extincteurs qu'aucun ne put jamais éteindre. Son appétit sexuel était si dévasteur qu'elle s'est farci jusqu'à ses frangins. Ça choque, mais admettez que ça donne la mesure de son tempérament. La luronne s'est tapé sa famille, ses amis, ses domestiques, les passants, les archers, et jusqu'à son mari, bien que ce mariage fût décidé pour des raisons politiques (on essayait de mettre un frein aux guerres religieuses en unissant une catholique à un protestant). Un vrai gobe-mouches ! Un piège à mâles ! Tout le monde en était outré : ses frères incestueux comme sa Catherine Médicis de mère. Une seule personne se désintéressait de ses frasques et c'était précisément celle qui aurait dû s'en émouvoir, je veux parler de son époux.
Henri de Navarre était un homme juste. Il avait encorné tellement de maris qu'il admettait fort bien d'être cocu à son tour. J'ai même dans l'idée qu'il admirait la frénésie de sa Guiguite. Il avait épousé une partenaire à sa mesure. A eux deux c'était la vraie hécatombe plumardière. On pouvait pas rester vierge dans leur entourage, c'était pas possible, même avec des calbards en fonte renforcée. Pendant un temps, tout a bien marché. Et puis un jour, Henri III qui avait succédé à son frère Charly a fait un scandale à propos des fredaines de Margot et l'a virée de la Cour. Henri de Navarre s'est dit qu'il ne fallait pas se montrer plus royaliste que son prédécesseur. Il a laissé flotter les rubans d'autant plus volontiers que sa femme était stérile. Margot a donc transporté sa lampe à souder les prépuces en exil. Mais ça ne l'a pas affectée outre mesure, cette chérie. Du moment qu'elle avait un ou deux bonshommes à mettre dans son plumard chaque nuit, elle n'en demandait pas plus.
Pendant qu'elle ravageait la province, Henri nouait un amour forcené avec Gabrielle d'Estrées. Lorsque Navarre devint roi de France, sa favorite n'eut plus qu'une idée : devenir officiellement la reine qu'elle était virtuellement. Pour cela, bien sûr, il fallait faire annuler le mariage d'Henri IV avec Marguerite. Un détail ! Le pape n'avait rien à refuser à cet ancien protestant converti.
Seulement Sully, le bon Sully, fidèle ami et judicieux conseiller du roi, s'est mis à ruer vilain dans les brancards. Il ne voyait pas ce mariage d'un bon œil, lui. A son avis, ça pouvait devenir une grave source d'emmaverdavemavents plus tard, au moment de la succession. La belle Gabrielle avait déjà eu des enfants d'Henri, pas homologués, bien sûr, donc pas régnables et qui un jour chercheraient des patins à ceux qui naitraient avec pedigree de l'union en question. Il n'avait pas envie de préparer un tel foutoir au pays, Sully, qui s'occupait davantage des mamelles de la France que de celles de la mère d'Estrées. Henri se tâtait. Il serait certainement passé outre à l'avis de son ministre car la Gaby avait d'autres arguments à faire valoir, et elle, c'était pas dans le tuyau de l'oreille qu'elle les chuchotait, seulement elle est morte un beau matin, empoisonnée. Pas par des champignons : par un citron ! Faut redire aussi que le citron c'est traître quand on est pétasse et qu'on veut absolument se faire épouser par le roi de France. Le chagrin d'Henri IV n'est pas racontable. Au moins deux jours qu'il a duré ! Ensuite de quoi, le Béarnais s'est consolé avec une autre souris qui s'appelait Henriette d'Entragues. Henri et Henriette ! Ça fait titre de roman ! Sully a vite compris que la France n'avait pas gagné au change et que le même problème allait se reposer. Il ne pouvait pas se résoudre toujours de la même façon, le problème, des fois que la nouvelle n'aime pas le citron ! Alors il a marié d'autorité son roi à Marie de Médicis afin, assurait-il, de renflouer le trésor car il n'y avait pas plus riches que les Florentins à c't' époque.
La raison d'État a décidé Navarre, et puis, une bergère de plus à tringler, c'était pas fait pour l'effrayer !
Comme prévu, le pape s'est fait un plaisir d'annuler son premier mariage avec Marguerite. Marie devenait Reine de France ! Les mêmes initiales ! Y avait même pas besoin de changer la broderie des draps ! Une qui est drôlement montée au renaud, c'est Henriette d'Entragues. L'atmosphère est devenue vraiment moche au Louvre. Alors pour calmer ces dames, Riri leur faisait des mômes simultanément. Mise en bouteille au Château ! Quand elles se chamaillaient trop fort, il allait se reposer les trompes d'Eustache dans le pageot d'une troisième nana. C'était un monsieur vachement équilibré !