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L'Histoire de France vue par San-Antonio [fr]

Электронная книга - «L'Histoire de France vue par San-Antonio [fr]». Краткое содержание книги:

Paris ne s'est pas fait en un jour, et la France ne s'est pas faite toute seule ! Les plaques de nos rues et les socles de nos statues portent les noms des responsables : ça va de la rue Vercingétorix à la rue Charles de Gaulle.
Et pourtant le nom le plus important est absent de nos places, de nos avenues, de nos boulevards et même de nos impasses : celui de Bérurier. Or, ce sont les Bérurier qui ont vraiment fait la France. Avec leurs mains, leur sang et leur sueur.
Avec leur esprit aussi.
Soucieux de réparer cette criante injustice, j'ai essayé de reconstituer leur trajectoire dans le temps.
Comme le langage, l'Histoire se doit de rester vivante ; c'est pourquoi je me suis attaché à en secouer la poussière, à en « plumeauter » les toiles d'araignée, à en dédorer les tranches, les couronnes et les auréoles et à la saupoudrer d'éclats de rire.
Un petit travail de réfection, quoi !
Il m'a permis de constater qu'on nous avait doré l'Histoire de France avec cette même poudre aux yeux qui sert aussi à nous dorer la pilule !
SAN-ANTONIO
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— Mon prénom n'est pas Marie, mais Célestin, Sire, murmura-t-il.

Henri III refoula l'objection.

— Qu'importe ! fit-il. Pour moi, tu as pendant un instantété Marie, et c'est cela seul qui compte !

Il était pensif et venait de découvrir le chemin d'une félicité qu'il ignorait jusqu'à cet instant. Cette félicité apaisait sa peine et lui ouvrait la perspective d'un avenir possible. Il sourit à son initiateur involontaire.

— Je t'interdis de retourner dans la maison du méchant Condé, ma petite fleur, fit-il à Béruguise. J'entends désormais te garder auprès de moi.

— J'en serai ravi, Sire, fit la pauvre estafette en réprimant une grimace.

Le roi lui flatta la croupe d'un geste tapoteur.

— Et à partir de maintenant, je ne veux plus qu'on m'appelle Sire, mais « Sa Majesté », décréta Henri III en zozotant un peu, ça fait plus féminin !

— Comme Sa Majesté voudra, dit Béruguise.

Et il sortit à reculons, ce qui était de la plus élémentaire prudence !

Extrait de « Les Grands moments des Grandes Reines » par le Marquis Kipran du Rhon.

Dixième Leçon :

HENRI IV — SES FEMMES — SA POULE AU POT !

Il est si tard (comme dirait Anton Karas, le compositeur de Café Mozart) que les pendules n'osent plus sonner. Je louche avec art et distinction sur le cadran de mon horloge individuelle et je m'aperçois que Baudelaire était dans le vrai lorsqu'il écrivait : « Il est plus tard que tu ne crois ».

Je pique une plongée devant la comtesse Scatolovitch et je lui demande la permission de me retirer sur mes terres.

— Déjà ! s'exclame la vieille petite souris pleine de jouvence, mais vous n'y pensez pas !

Vous l'aurez remarqué au passage, la phrase qu'elle vient de dire ne lui permet pas de rouler les « r » puisqu'elle n'en comporte aucun.

L'assemblée se récrie. Un connard assure qu'il veut danser la danse du tapis, mais les jeunes filles qui sont plus portées sur l'Histoire de France que sur le Téhéran lorsque c'est le cher San-Antonio qui l'enseigne, envoient le malotru chez Plumeau (la première porte au fond du couloir) et me supplient de leur narrer encore Henri IV.

J'objecte que nous en aurions pour trop longtemps car il y a énormément à dire sur ce roi. Mais le vieil Henri IV déplumé qui me demanda naguère la permission d'aller mettre sa vessie à jour crie à l'abus de confiance. Ne voulant pas passer pour un sauteur aux yeux de ce fossile, j'accepte de raconter le règne prépondérant de ce bon roi sans lequel le bouillon Kub n'aurait peut-être jamais existé.

Un petit coup de périscope préalable sur le front des troupes pour vérifier leur état de fraîcheur. Berthe s'est rendormie et cette fois c'est du sans escale. Son bonhomme Michelin bat des stores, prêt à accompagner Madame dans son rêve à deux places. Ça m'étonnerait qu'il soit en état de suivre mon cours ; et ça me navre parce que, lorsqu'on a entrepris une œuvre d'une pareille envergure et d'aussi longue haleine, l'idée de devoir bisser les grands airs est affolante.

Je me penche sur lui et je lui souffle dans l'oreille avec un telle compression que je pourrais déboucher ainsi l'évier le plus récalcitrant. Le Gros sursaute et s'enfouit l'auriculaire dans le cornet. Tout en l'agitant frénétiquement, Sa Majesté proteste contre ces voies de fait.

— Attache ta ceinture, Gros ! déclaré-je, et cale-toi les ramasse-miettes avec des morceaux d'allumette, on arrive à Henri IV !

Le Joconde saisit le poignet (mousquetaire) d'un d'Artagnan proche pour consulter la montre d'icelui. Ce faisant, il tord et luxe le poignet de l'intéressé.

Hurlement du quidam dont l'avant-bras ressemble maintenant à une branche cassée.

— Quatre heures moins vingt ! remarque paisiblement le Gros sans s'émouvoir, c'est plus le moment de débloquer sur Henri IV, San-A. Je vas reprendre ma bonne femme sous mon bras et dire tchao à Mame la comtesse. Demain j'ai décidé d'aller à la pêche vu que j'ai une autorisation toute espéciale pour aller taquiner la tanche dans l'étang de mon ami Flumet, le restaurateur. La tanche, vous savez ce que c'est ? Elle reçoit sur rendez-vous, comme les dentistes. Passé neuf plombes du mat y a plus que les follingues qui se laissent piquer, les autres sont déjà revenues de la chasse aux astèques. Or, l'autorisation que je vous cause n'est valable que pour la journée. Concluez vous-même !

II donne une bourrade à sa bergère. La Baleine dégringole de son siège et on s'empresse de la palanquer et de soigner ses contusions.

— Écoute, Gros, tonné-je. Je viens de promettre Henri IV à l'honorable assistance et je tiendrai parole. Seulement ne compte pas sur moi pour te faire une deuxième séance par la suite.

Béru réfléchit, se frotte les noix, regarde Berthy, plus qu'aux trois quarts schlass et murmure :

— Henri IV, si tu le prends sur ce ton je m'en passerai. J'ai vécu jusqu'à ce jour, je continuerai. D'autant plus que je connais les rudiments à son propos.

— Ah vraiment ?

Béru avance son pouce masqueur-de-pièce-de-cinq francs et récite :

— Il avait un ministre qui s'appelait Sully Pradhomme, il aimait le pot-au-feu, et il a été assassiné à Gaillac.

Les rires lui rendent compte de l'imperfection de ses connaissances. Il se drape alors dans sa robe et sa dignité, rajuste l'armure de son connétable et s'apprête à partir.

Les jeunes vierges l'entourent en protestant. Une petite friponne brune comme l'Andalousie lui noue ses bras autour du goitre.

— Non, non, non ! chantonne-t-elle, vous ne partirez pas !

Ça lui met du balancement dans l'horloge, au Graves. Bourra, mais perméable, c'est comme ça qu'il est. Il coule à la petite agrippeuse (déguisée justement en Agrippine) son regard gélatineux des jours avec.

— Vous me posséderez toujours, avec des moustaches pareilles, virgule-t-il à la tendre enfant qui, du coup, en laisse retomber ses brandillons.

Béru repousse son connétable dans le fauteuil qu'il vient de quitter.

— D'accord, consent le Phénomène, mais plus qu'Henri IV, ensuite je décambute : j'ai mes lignes à préparer.

— Où en étais-je resté ? demandé-je.

J'ai le crâne qui tangote un brin : la fumaga, le gros débit parolier, le champ', ça vous brouille les cellules grises.

Béru explique.

— L'Henri III morfle l'Opinel du cureton dans le domaine[38] et ça lui fait cracher son bulletin de naissance. Mais avant de se farcir la virouze ultime au Père-Lachaise, il dit que le roi de Lazare doit lui succédaner. V'là ou t'as laissé quimper, Gars !

— Merci, dis-je. Donc, Henri de Navarre succède à Henri IV Lui aussi régnait déjà sous l'appellation contrôlée d'Henri III. Il était Henri III de Navarre, le voici qui devient Henri IV de France. A tous les points de vue, c'est une promotion. Un grand règne démarre. Mais il démarre mal car, ne l'oublions pas, Henri IV est protestant. Or il n'y a pas eu de roi de France protestant jusqu'alors et le peuple ne veut pas en entendre parler. Bataille, rebataille (notamment à Ivry-la-Bataille, justement, qui s'appelait Ivry-de-l'Eure à l'époque). Le brave Henri a contre lui p… de Ligue. Cette fois, les Guise étant butés, c'est Mayenne qui combat à la tête des ligueurs enragés.

— C'étaient des ligueurs fortes, lâche Bérurier, mutin.

Ça n'amuse pas. Il a semé le calembour et n'a récolté que le silence. Il s'arrache un poil de nez afin de se faire chialer un peu, recueille sa larme d'un coup de langue preste et me mimique de poursuivre. J'obtempère.

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38

C'est vraisemblablement de « l'abdomen » que Béru veut parler.

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