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L'Histoire de France vue par San-Antonio [fr]

Электронная книга - «L'Histoire de France vue par San-Antonio [fr]». Краткое содержание книги:

Paris ne s'est pas fait en un jour, et la France ne s'est pas faite toute seule ! Les plaques de nos rues et les socles de nos statues portent les noms des responsables : ça va de la rue Vercingétorix à la rue Charles de Gaulle.
Et pourtant le nom le plus important est absent de nos places, de nos avenues, de nos boulevards et même de nos impasses : celui de Bérurier. Or, ce sont les Bérurier qui ont vraiment fait la France. Avec leurs mains, leur sang et leur sueur.
Avec leur esprit aussi.
Soucieux de réparer cette criante injustice, j'ai essayé de reconstituer leur trajectoire dans le temps.
Comme le langage, l'Histoire se doit de rester vivante ; c'est pourquoi je me suis attaché à en secouer la poussière, à en « plumeauter » les toiles d'araignée, à en dédorer les tranches, les couronnes et les auréoles et à la saupoudrer d'éclats de rire.
Un petit travail de réfection, quoi !
Il m'a permis de constater qu'on nous avait doré l'Histoire de France avec cette même poudre aux yeux qui sert aussi à nous dorer la pilule !
SAN-ANTONIO
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— Henri IV, c'est le copain de l'Histoire. Quand on l'évoque, on se sent tout de suite à son aise. Il y a de l'amitié, de la vie heureuse tout autour de sa personne. Et puis il est sale et pue l'ail, ce qui le rend plus humain.

— C'est vrai qu'il avait un cheval blanc dont à propos duquel on demande toujours de quelle couleur il était ? s'inquiète le Terrible.

— Exact, Gros.

— Il aurait pas dû caracoler sur un bourrin blanc, affirme péremptoirement mon ami.

On lui demande la raison de cette remarque.

— Ben réfléchissez, fait-il, si Henri IV était cradingue, un bidet carrossé par Persil devait le faire sembler plus cradingue encore ; c'est tellement salopant, le blanc !

Nous admettons le bien-fondé de l'objection.

— Pendant deux ans, poursuis-je, ça continue de se frictionner ferme entre huguenots et catholiques. Les catholiques étaient plus nombreux, mais les huguenots avaient Henri IV à leur tête. Un chef comme lui donne le moral. Or, le moral, c'est le nerf de la guerre avec le fric. Du pognon, le Béarnais en manquait, mais du courage il faisait la distribution gratuite tous les matins au petit déjeuner. « Ralliez-vous à mon panache blanc ! disait-il à ses boy-scouts, vous le trouverez toujours sur le chemin de l'honneur. »

— Décidément, le blanc, ça le tourmentait, ton navarin, ricane son enflure.

— La guerre religieuse se poursuivait donc, toujours avec des fortunes diverses pour réemployer l'expression appropriée. Une fois les catholiques remportent le pacson, une autre fois ce sont les protestants. Henri IV triomphe à Ivry et à Arque, mais ces victoires sont de fausses victoires. En fait il n'est pas assez fort pour les exploiter et il piétine aux portes de Paname sans pouvoir investir la ville. Les Anglais lui proposent alors un coup de main en échange de Calais qui les a toujours empêchés de ronfler, mais il repousse avec indignation la proposition. C'est un patriote, Henri. Huguenot, mais Français avant tout. On se file des roustes mais on n'émiette pas le territoire. Au bout de deux ans de ce micmac il fait aux parigots le coup du « Je vous ai compris », et change de religion. Pour un coup de théâtre, c'en est un. Tout le monde en reste comme les deux ronds du Bey du Rhâ Dada. Par contre, à Paris, c'est du délire car il avait la cote d'amour, ça ne se discute pas. Il y a des gars qui sont faits pour être vedettes et qui n'ont qu'à paraître pour fasciner ; d'autres qui peuvent se peindre la colonne Vendôme en vert et se carrer douze plumes de paon dans le valseur en déclamant la tirade du Cid ou les stances à Sophie sans parvenir à s'imposer. On le savait que le Béarnais était un mec de première. C'était pas une pédale, lui ! On le voulait pas parce qu'avec les questions religieuses on ne peut pas chahuter, mais dans le fond on l'avait au béguin, Navarre.

— Et encore, note Béru, y avait pas toujours la télé à c't' époque, si mes renseignements sont bons. Pour s'imposer, il jouissait pas de la causerie de fin d'année ou de l'appel au peuple sur fond de Marseillaise. Fallait qu'il y aille à la main, ce bon sire. Directo du producteur au consommateur. Une gousse d'ail en guise de micro et hop, je te connais bien ! Va gagner ta vie, mon Riri !

On rit.

On cesse de rire.

Je continue :

— Il déclare à ses copains huguenots, un peu désemparés par sa décision, que « Paris vaut bien une messe » et se fait baptiser à Saint-Denis par l'évêque de Bourges. Ç'a été la fiesta fin du siècle ! Les historiens professionnels prétendent que ça ressemblait à des noces : celle du Roi Henri avec la France !

Béru sanglote soudain. L'émotion à quatre plombes du mat, ça ne se contient plus ! Et puis, faut reconnaître que l'image est chouette et vous porte à la cocarde. Inoubliable, ce tableau allégorique du Béarnais épousant Marianne. Fleurs et couronne ! Et perlouzes à tout va : L'essayer c'est l'adopter ! On les imagine les calvinistes et les papistes, réunis dans la grande émotion fraternelle ; remisant dans le magasin aux accessoires leurs épées, leurs bibles et leurs goupillons pour l'embrassade monstre. Lassés de s'enguirlander, ils se couvrent de guirlandes, mutuellement. Je t'aime comme tu es, baptisé ou pas. Et vive Henri qui a bien voulu se laisser mettre son grain de sel sous l'aqueux des fonts baptismaux ! Merci, Monsieur Mégalo ! Ça, c'est du noble ! Oh ! il y a bien eu des ligueurs acharnés pour ne pas apprécier le coup bas, pour chiquer à l'illégalité et dire que c'était de la frime, cette abjuration, un gros coup de pube bidon. Tout le monde s'en doutait que dans son for intérieur, Henri s'en tamponnait la barbiche, des sacrements, et que ce qui l'intéressait c'était uniquement les clés de Pantruche. Il passait par l'église pour entrer, comme certains Lyonnais vont au clandé en traversant l'église Saint-Nizier. Mais après ? Du moment que les apparences étaient respectées, hein ? Le pape Clément VIII, auquel les ligueurs avaient remonté le bourrichon, s'est un peu fait tirer la bulle pour authentifier le baptême. Mais enfin tout est rentré dans l'ordre. Les Espagos qui aidaient les ligueurs ont été faits marrons. Ils n'avaient plus qu'à rengainer leurs rapières, les caballeros. Si tu n'en veux pas, je la remets dans ma soutane ! Nach Madrid ! Les Caudillos sont lourds dans le sac !

Une fois sacré Roy de France (pas à Reims pour une fois, mais à Chartres) Henri IV s'est mis au turf. Il avait dépassé la quarantaine et c'était un gars posé. Il a retroussé ses manches pour balayer le champ de bataille comme on balaie la salle de bal pleine de serpentins et de bouchons de champagne.

Fini de se châtaigner pour l'au-delà. Le Bon Dieu, qu'on soit catholique ou protestant, il se débrouillera toujours en fin de compte. C'est lui qui décidera où sont les justes et les tocards, les sincères et les tartufes, les gentils et les sournois. Qu'on calanche sous une étiquette ou sous une autre, il choisira qui il voudra pour placer à sa droite ! C'est Lui qui fait la table, là-haut. Il aime pas que ses bonshommes se filent l'avoinée en son Nom. La bannière forte, le goupillon transformable en gourdin, l'entonnoir à vin de messe, l'hostie arsénieuse, il n'en a jamais parlé, Jésus. Il s'est jamais laissé coltiner en palanquin, ni virguler de l'encens, ni coiffer d'une pièce-montée décorée par Cartier ! Il a jamais fait la quête ! Il n'a jamais giflé personne, le fiston au Barbu-suprême ! C'était un vrai bonhomme ce bon Dieu. Sans doute marchait-il sur les eaux parce qu'il y avait des récifs de corail plein la mer Rouge. S'il ressuscitait Lazare, c'est probablement parce que ce dernier avait le sommeil léger ; et je pense qu'il a pu fournir des pains à tout le monde parce que l'Intendance suivait, mais c'est-y pas plus gentil comme ça, dites-vous ? Vous y tenez vraiment à la magie Bondieusarde ?

Il vous le faut à tout prix le miracle de service ? L'Olympia ou le Palladium de Londres, ne vous suffisent donc pas dans le domaine de la prestidigitation ? Vous ne préférez pas cette magnifique idée qu'un jour notre globe décadent, plein de connards et de pestilence, a touché un vrai brave homme ? Il avait une enseigne au néon au-dessus de la tête, bien sûr, mais tous les magasins en ont. Lui il vendait de l'amour, de l'espoir, du pardon, de l'indulgence. Il ne la faisait pas payer cher sa bonne marchandise : un sourire, une promesse et il répondait merci à ceux qui lui criaient M… quand il leur disait mange !

Mais je m'égare. On parlait de ce sacré Henri IV. Ou plus exactement, de cet Henri IV sacré à la sauvette et qui allait faire son métier de roi. Enfin ! On en touchait un régul. Un pur. Un qui ne profitait pas des circonstances pour s'acheter la Joconde ou régler ses querelles personnelles. Un roi qui ne se croyait pas sorti du fion de Jupiter, mais qui entendait user de son autorité pour faire le bien de son peuple. Il voulait leur éviter la guerre, aux Français ; leur assurer la bouffe et la tranquillité. Ses ministres, Sully mis à part, c'étaient pas Messeigneurs de Meschoses, mais des zigs du tout-venant qui s'appelaient Bellièvre, Sillery, Villeroy ou Jeannin comme vos copains de bureau ou comme le monsieur qui fait un trou, le matin, dans votre ticket de métro. Avec eux il remet l'industrie en route, il assainit les finances, il organise le commerce. Il ne joue pas au bilboquet, le nouvel Henri, mais il développe l'élevage du ver à soie. Il met fin aux passions religieuses en promulgant l'Édit de Nantes.

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