Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Серия: Majipoor (fr) #3
- Год: 1985
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-04390-1
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]». Краткое содержание книги:
Mais il n’est pas dit que le règne de Valentin restera serein. Tandis que le Coronal entreprend son Périple à travers les immensités de Majipoor, afin de se faire voir de ses peuples, accompagné de Carabella, son épouse bien aimée, de ses amis des jours d’infortune devenus grands seigneurs et d’une armée de courtisans, les nuages s’amoncellent, les maladies frappent les récoltes, s’étendent comme feu de forêt. Des monstres surgissent des forêts d’habitude paisibles de Majipoor. La famine survient, et la rébellion.
Faudra-t-il faire la guerre aux Changeformes ? Car ce sont eux, premiers occupants de la planète, jadis massacrés et refoulés par les humains venus de l’espace, qui tentent une nouvelle révolte. Valentin, qui est épris de paix et d’amour, ne parvient pas à s’y résoudre. Majipoor va-t-elle sombrer ?
Pendant les semaines qui avaient suivi la pluie funeste, ses jardiniers avaient voulu jeter chaque plante qui mourait, mais il leur avait ordonné de ne toucher à rien, car il espérait que de nombreuses plantes n’étaient que blessées et qu’elles refleuriraient au bout d’un certain temps, quand elles se seraient débarrassées des effets de la substance toxique apportée par la pluie pourprine. Avec le temps, il devint évident, même pour Etowan Elacca, que presque tout avait été détruit et que la vie ne naîtrait plus des racines. Mais à ce moment-là, les jardiniers avaient commencé à partir et il n’en resta bientôt plus qu’une poignée, en nombre à peine suffisant pour assurer l’entretien indispensable des parties du jardin ayant survécu, sans qu’il fût question de couper et d’enlever les plantes mortes. Il pensa d’abord à se charger lui-même de cette triste besogne, petit à petit, quand il en aurait le temps. Mais devant l’ampleur écrasante de la tâche, il décida bientôt de tout laisser en l’état et de faire du jardin en ruine une sorte de monument funéraire dédié à son ancienne beauté.
Un matin à l’aube, de nombreux mois après la chute de la pluie pourprine, tandis qu’il marchait à pas lents dans son jardin, Etowan Elacca trouva un étrange objet dépassant du sol dans le parterre de pinnina : c’était la dent polie d’un gros animal. Elle mesurait une quinzaine de centimètres et était aussi pointue qu’un poignard. Il l’arracha de terre, la regarda avec perplexité et la mit dans sa poche. Plus loin, au milieu des muornas, il en trouva deux autres, de taille identique, enfoncées dans le sol à environ trois mètres l’une de l’autre. Puis il jeta un coup d’œil en direction des champs de stajja détruits et distingua trois autres dents, encore plus éloignées les unes des autres. Il y en avait deux autres plus loin, puis encore une, de telle sorte que l’ensemble des dents représentaient un losange qui couvrait une importante surface de ses terres.
Il rentra en hâte chez lui où il trouva Xhama en train de préparer le petit déjeuner.
— Où est Simoost ? s’enquit-il.
— Il est dans le champ de niyk, répondit la Ghayrog sans lever les yeux.
— Les niyks sont morts depuis longtemps, Xhama.
— Oui, monsieur. Mais il est dans le champ de niyk. Il y a passe toute la nuit.
— Vas le chercher. Dis-lui que je veux le voir.
Il ne viendra pas, monsieur. Et si je pars, ma cuisine va brûler. Sidéré par son refus, Etowan Elacca en resta coi. Puis, se rendant compte qu’en cette époque de changements, un nouveau bouleversement d’importance devait être en cours, il hocha sèchement la tête, fit demi-tour sans ajouter un mot et ressortit.
Il monta la pente aussi vite qu’il le put, passa devant les champs de stajja désolés, un océan de pousses jaunies et flétries, à travers les tristes buissons de glein dénudés et le magma desséché qui était tout ce qui subsistait des hingamorts, jusqu’à ce qu’enfin il pénètre dans le champ de niyk. Les arbres morts étaient tellement frêles que des vents forts les déracinaient aisément. La plupart étaient tombés et les autres étaient penchés de façon précaire comme si un géant s’était amusé à les frapper du revers de la main. Tout d’abord Etowan Elacca ne vit pas Simoost : puis il aperçut le contremaître avançant de manière déconcertante au bord du champ, cheminant entre les arbres inclinés, s’arrêtant de temps à autre pour en écarter un. Avait-il passé la nuit de cette façon ? Étant donné que le sommeil de toute l’année des Ghayrogs occupait quelques mois d’hibernation, Etowan Elacca n’avait jamais été étonné d’apprendre que Simoost avait travaillé pendant la nuit, mais ce genre de flânerie ne lui ressemblait pas du tout.
— Simoost ?
— Ah, bonjour, maître.
— Xhama m’a dit que tu étais ici. Ça va bien, Simoost ?
— Oui. Ça va très bien, maître.
— Tu en es sûr ?
— Tout à fait. Je vais très bien.
Mais le ton du contremaître manquait de conviction.
— Tu veux venir ? J’ai quelque chose à te montrer.
Le Ghayrog parut réfléchir sérieusement. Puis il descendit lentement la pente jusqu’à l’endroit où l’attendait Etowan Elacca. Ses cheveux serpentins qui ne tenaient jamais vraiment en place s’agitaient et se tortillaient par à-coups et son puissant corps squameux dégageait une odeur que Etowan Elacca, en vieil habitué des différentes exhalaisons des Ghayrogs, interpréta comme le signe d’une grande détresse et d’une vive appréhension. Simoost était à son service depuis vingt ans et jamais Etowan Elacca n’avait perçu cette émanation chez son contremaître.
— Maître ? fit Simoost.
— Qu’est-ce qui t’inquiète, Simoost ?
— Rien. Tout va bien, maître. Vous vouliez me montrer quelque chose ?
— Ceci, répondit Etowan Elacca en sortant de sa poche la longue dent pointue qu’il avait trouvée dans le parterre de pinnina.
Il la tendit au Ghayrog et expliqua :
— Je suis tombé dessus en faisant mon tour de jardin il y a une demi-heure. Je me demandais si tu avais une idée de ce que cela pouvait être.
Les yeux verts dépourvus de paupières de Simoost se mirent à rouler nerveusement.
— Je crois que c’est la dent d’un jeune dragon de mer.
— Vraiment ?
— J’en suis persuadé. Y en avait-il d’autres ?
— Plusieurs. Huit autres, il me semble.
— Disposées comme cela ? demanda Simoost en traçant un losange dans l’air.
— Oui, répondit Etowan Elacca avec un froncement de sourcils. Comment le sais-tu ?
— C’est le motif habituel. Nous sommes en danger, maître, en grand danger !
— Tu fais le mystérieux, n’est-ce pas ? s’écria Etowan Elacca, exaspéré. Quel motif habituel ? De qui vient le danger ? Par la Dame, Simoost, dis-moi clairement tout ce que tu sais là-dessus !
L’odeur du Ghayrog devint plus âcre : cela signifiait un profond désarroi, la peur, l’embarras. Simoost sembla chercher ses mots.
— Savez-vous où sont allés tous ceux qui travaillaient pour vous, maître ? dit-il enfin.
— À Falkynkip, je suppose, pour chercher du travail dans les ranches. Mais qu’est-ce que cela…