Le Suicide français (ESSAIS DOC.) (French Edition)
- Автор: Земмур Эрик
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Albin Michel
- Жанр: Публицистика
Электронная книга - «Le Suicide français (ESSAIS DOC.) (French Edition)». Краткое содержание книги:
Son dernier grand succès fut en 1985 sa chanson « L’Aziza » (« la belle » en arabe), dédiée à sa compagne, juive marocaine. Il transforme sa déclaration d’amour en ode antiraciste au mépris des lois et des frontières :
L’Aziza ton étoile jaune c’est ta peau
Ne la porte pas comme on porte un fardeau
Ta force c’est ton droit
[…]
Si tu crois que ta vie est là
Il n’y a pas de loi contre ça 2
.
Immigrationniste cohérent et convaincu, il rêvait de faire de « Paris, la capitale de l’Afrique ». « L’Aziza » reçut bien évidemment le prix SOS racisme. Balavoine commente lui-même : « C’est encore une chanson d’amour. L’amour d’une race. J’ai une gonzesse qui est juive marocaine et j’aime ça… J’aime son aspect physique, la couleur de ses cheveux… J’ai profité de cette histoire d’amour pour communiquer cette idée qu’on aime les peuples ou on ne les aime pas. On ne peut pas dire : j’aime les Arabes mais quand ils sont chez eux. »
Son ami Michel Berger chantait à la même époque d’une voix fluette :
Je veux chanter pour ceux
Qui sont loin de chez eux,
Et qui ont dans leurs yeux,
Quelque chose qui fait mal 3.
Cette xénophilie militante et exaltée, cette passion de l’Autre vu comme un héros, mythifié parce qu’il souffre, se conjugue ainsi avec la traditionnelle frustration féminine de l’attente et de l’oubli de soi.
Balavoine mourra, au début de l’année 1986, alors qu’il survole dans un hélicoptère le désert africain, pour installer des pompes à eau au Niger. Il avait découvert l’Afrique, ses habitants, sa misère, grâce au Paris-Dakar. Fou de vitesse, il avait eu envie de s’arrêter.
C’était un homme-enfant qui portait un petit Snoopy d’or au cou pour le protéger. Les hommes-enfants enfantent, livrent des batailles pour leur progéniture, et attendent, les yeux embués, le héros venu du désert qui leur fera découvrir l’amour et les rendra femme.
1.
Daniel Balavoine, « Mons fils, ma bataille », dans l’album
Un autre monde
, 1980.
2.
Daniel Balavoine, « L’Aziza », dans l’album
Sauver l’amour
, 1985.
3.
Michel Berger, « Chanter pour ceux qui sont loin de chez eux », dans l’album
Différences
, 1985.
1981
14 janvier 1981
L’idéologie dominante pour les nuls
Il faut relire L’Idéologie française 1. Non pour le style, exalté et grandiloquent. Non pour la vérité historique, tordue dans tous les sens, selon les besoins de la thèse. La vérité historique, Bernard-Henri Lévy s’en moque comme de sa dernière chemise (blanche) ; il « fait la guerre », dit-il souvent, reprenant la fameuse expression de Voltaire menant le combat contre l’« infâme » Église. Et à la guerre, comme à la guerre ! On a souvent expliqué non sans raison que BHL incarnait l’intellectuel français dans sa phase terminale, glorieux passé noyé dans le ridicule de l’imposture, surgeon talentueux non du débat d’idées, mais de la société du spectacle. Il faut aller plus loin. Lui appliquer une expression qu’il affectionne : « De quoi BHL est-il le nom ? » Et, pour cela, relire L’Idéologie française. Une impression de déjà-vu, de déjà-lu, de terrain connu ; de rabâché même ; récité par tous les intellectuels du bel air médiatique, les journalistes, les acteurs, les chanteurs, les animateurs télés, jusqu’à certains sportifs. L’idéologie française est la bande publicitaire de l’époque, l’idéologie dominante pour les nuls.
BHL peut se targuer d’une redoutable efficacité, et d’une grande constance ; depuis trente ans, il dit toujours la même chose.
Il partit d’une intuition juste pour parvenir à une conclusion fallacieuse. Guidé par Sternhell et Paxton, il avait découvert que le régime de Vichy n’était pas l’exclusif repaire de l’extrême droite d’avant-guerre, mais qu’il avait été envahi, submergé de gens de gauche, radicaux, socialistes et communistes, qui œuvrèrent à la révolution nationale. BHL ne voit pas (ne veut pas voir ?) qu’ils sont avant tout rassemblés par le pacifisme d’après la Première Guerre mondiale, ce « plus jamais ça » né dans l’horreur des tranchées, qui de Laval à Céline prit pour cible tous ceux, Juifs en tête, qui paraissaient fauteurs de guerre. Mais BHL, à la suite de son maître Sternhell, voit dans cette collusion vichyste la preuve patente d’un national-socialisme à la française, non seulement indépendant du nazisme allemand, mais qui l’aurait précédé, façonné, forgé. Le diable n’est pas l’Allemagne, mais la France ; pas Berlin, mais Vichy.
Et Vichy, c’est la France.
BHL ouvre une chasse à l’homme, chasse au passé, chasse à la France. Il est le procureur d’une jeunesse arrogante qui accuse des aïeux indignes. Il sera sans respect ni pitié pour ses glorieux anciens. Barrès et Péguy tombent ensemble, Barrès pour nationalisme, Péguy pour socialisme. Barrès pour socialisme, Péguy pour nationalisme. L’antidreyfusard Barrès est le « premier national-socialiste européen ». Péguy n’est pas moins coupable bien que dreyfusard, qui ose respecter la « mystique » de l’adversaire dont il a compris, contrairement à notre procureur impitoyable, que certains aient pu – c’est le cas d’un Jacques Bainville, qui croyait Dreyfus innocent – être seulement révulsés par l’offensive brutale de Zola contre la sainte armée. Les deux sont coupables car ils emploient tous deux le mot interdit de race, et qu’ils poussent l’infamie jusqu’à évoquer « la race française », pour la défendre, la glorifier et, pire que tout : l’aimer. Cet amour de la France, de sa terre, de sa race, est assimilé au nazisme.
Puis, BHL met en joue son plus gros gibier : le parti communiste. C’est la partie la plus iconoclaste de son ouvrage, la plus fondatrice aussi. BHL ne reproche pas au PCF d’être trop marxiste, mais de ne l’être pas assez ; non d’être trop soumis à Moscou, mais d’être trop français. De trop aimer son terroir, son peuple, ses écrivains, sa langue. Maurice Thorez est vilipendé parce qu’il admire Descartes et Napoléon ; Aragon est brocardé parce qu’il adule le style de Barrès, défend l’alexandrin français contre les transgressions de la poésie moderne.
BHL reproche aigrement à Paul Vaillant-Couturier d’exalter les militants « profondément enracinés au sol » et dont « les noms ont la saveur de nos terroirs ». Et ajoute, citant le même Vaillant-Couturier : « Pourquoi refouler toujours “l’amour de notre merveilleux pays” ? Qu’il se rassure, il est là le refoulé. Il est tout entier là, le refoulé pestilentiel. Le racisme, la xénophobie, la cocarde et la connerie. Le travail, la famille et la patrie, et la France profonde. Les germes de ce qui va venir et les fruits de ce qui a été semé. Le PCF, a-t-on dit, n’est pas à gauche, mais à l’Est ; je dirais plutôt, moi : le PCF n’est pas à l’Est mais à droite. »
C’est son amour immodéré de la patrie qui fait du PCF « un authentique parti d’extrême droite » !
La logique est implacable : l’amour de la France, c’est la droite et l’extrême droite ; et l’extrême droite, c’est Vichy ; et Vichy, c’est la rafle du Vél’ d’Hiv’ ; et la rafle du Vél’ d’Hiv’, c’est l’extermination des Juifs. L’amour de la France, c’est donc l’extermination des Juifs. CQFD.