Le Suicide français (ESSAIS DOC.) (French Edition)
- Автор: Земмур Эрик
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Albin Michel
- Жанр: Публицистика
Электронная книга - «Le Suicide français (ESSAIS DOC.) (French Edition)». Краткое содержание книги:
À lire BHL, on comprend mieux le fondement essentiel de l’alliance d’après-guerre entre le général de Gaulle et le PCF, et le sens profond de la célèbre phrase de Malraux : « Entre les communistes et nous, il n’y a rien. » Rien de patriote.
BHL tire à boulets rouges sur le PCF mais épargne le général de Gaulle.
Il oppose le nationalisme du terroir de Pétain au patriotisme désincarné du Général-radio, la nation du Maréchal, « liée au sol et à la terre », et celle du Général, « privée de toute assise et de toute géographie, terre dans la tête aussi bien, et de quasi-fantasmagorie qui, comme la Jérusalem biblique, se fortifie de son exil et de ses attaches expatriées ». Il commet ainsi un fantastique contresens sur le général de Gaulle, enfant de Péguy, Barrès et Maurras, pour qui l’exil à Londres fut une contrainte et une souffrance ; il transforme le Général en une sorte de Juif imaginaire qui aurait emporté la patrie à la semelle de ses souliers, et qui psalmodierait « l’année prochaine à Paris », alors que le Général avait seulement repris dans ses mains l’épée de la France que le glorieux Maréchal avait remisée dans son fourreau. BHL transforme de Gaulle en prince errant, alors qu’il avait choisi de s’installer à Colombey-les-Deux-Églises, au cœur du cher et vieux pays, face à l’Allemagne. BHL réitère l’erreur, déjà condamnée par de Gaulle lui-même dès la fin de la guerre, de la Résistance de gauche qui s’opposa à Vichy, à partir de 1942, au nom du régime parlementaire et des libertés bafoués, alors que lui, de Gaulle, n’a jamais combattu Pétain en ce qu’il « restaurait l’État », mais en ce qu’il acceptait la défaite, et refusait de comprendre que la guerre n’était pas finie. Pétain et de Gaulle avaient la même stratégie : mettre coûte que coûte la France dans le camp du vainqueur ; ils s’opposaient seulement sur le nom de ce dernier.
Dix ans avant la chute du mur de Berlin et les débuts de la « mondialisation », BHL propose déjà le discours qui légitimera l’abolition des frontières, le développement du libre-échange, l’immigration de masse, la destruction de l’État-providence. Il déroule l’idéologie de la mondialisation libérale avant la mondialisation. Il interdit toute tentative politique de concilier le développement national harmonieux et une redistribution sociale. Il sonne la fin des Trente Glorieuses. Il n’ignore pas les questions sociales, comme on le lui a souvent reproché ; il les diabolise ; les marque du sceau infamant du nazisme.
Avec BHL, les élites modernistes françaises trouvent le prêt-à-penser permettant de s’arracher aux nécessaires solidarités nationales. BHL incarne cette « révolte des élites » qu’avait analysée Christopher Lasch. Davantage qu’une révolte, une sécession. Nos élites « bhlisées » reprennent l’ancien cosmopolitisme aristocratique du XVIIIe siècle et de Coblence, mais y ajoutent une utilisation redoutable du régime de Vichy et de la collaboration pour jeter l’opprobre sur toute notion de patriotisme, d’attachement à la terre natale, de sollicitude pour les plus pauvres. C’est exactement l’inverse de ce qu’avait tenté le général de Gaulle : reprendre à Pétain la Patrie, le Travail et la Famille, pour les recouvrir des glorieux oripeaux de la lutte contre l’occupant et de la Liberté de la nation. Renouer, dans les libertés démocratiques, une alliance efficace entre le national et le social, qu’avaient forgée au XIXe siècle Napoléon III et Bismarck, mais qu’avaient ensanglantée les régimes totalitaires fascistes, nazis et communistes. BHL se réfère à de Gaulle pour mieux détruire son œuvre. Il fait son éloge pour mieux le vider de sa substance, le dénaturer. Pour mieux le tuer.
Tout au long de sa brillante carrière, BHL s’illustrera par sa constance véhémente à dénoncer tout retour de l’odieux patriotisme, toujours assimilé au nazisme.
BHL se voudra le héraut des droits de l’homme à travers le monde, combattant partout pour les peuples opprimés, des Bosniaques aux Libyens, mais jamais pour les Français. « Défiez-vous de ces cosmopolites qui vont chercher loin dans leurs livres des devoirs qu’ils dédaignent de remplir autour d’eux. Tel philosophe aime les Tartares pour être dispensé d’aimer ses voisins » (Émile, livre I), nous avait prévenus Jean-Jacques Rousseau, avant d’ajouter : « L’essentiel est d’être bon aux gens avec qui l’on vit. »
Redécouvrant son héritage juif sur le tard, Lévy devint un soutien ardent de la cause israélienne, alternant pacifisme sur les plateaux télévisuels français, et fierté nationaliste à Jérusalem, alors même que l’ambition fondatrice des sionistes avait été de permettre aux Juifs de connaître enfin la douce protection de « la terre et des morts » barrésienne, de posséder un terroir à défendre, de devenir des soldats attachés à la glèbe, loin des fumeuses incantations des Juifs à papillotes et à caftans. BHL prit ainsi l’habitude de tenir un double rôle, Zola à Paris et Barrès à Jérusalem ; mais ses efficaces soutiens médiatiques dissimulèrent cette dualité qui confinait à la duplicité.
Quand L’Idéologie française parut en 1981, de nombreux intellectuels de grand renom, tel Raymond Aron, dénoncèrent les approximations, erreurs, contresens, impostures de l’ouvrage et de l’auteur. Ils crurent l’ensevelir et ruiner à jamais sa réputation sous un tombereau d’injures et de mépris. Ils se trompaient. Ils n’avaient pas compris que « BHL était le nom » de la haine de soi française et de la sécession de ses élites. Il ne pouvait que perdurer et prospérer.
24 janvier 1981
Dallas ou le changement d’âme
Il fut l’homme qu’on aimait détester. Il était laid, vulgaire, cynique, retors, goujat. Il fut le salaud magnifique. On ne retenait que ses initiales, JR, et son chapeau de cow-boy qui le rendait à nos yeux ridicule. Mais il transformait des millions et des millions de téléspectateurs en jeunes filles séduites malgré elles par le mauvais garçon. On ne comprenait pas tout aux querelles inexpiables entre les familles Ewing et Barnes autour des champs pétrolifères du Texas, mais on se passionnait pour les émois adultérins et les passions contrariées de ces messieurs-dames. Sexe et argent, la recette est aussi vieille que l’humanité, mais la puissance de la télévision américaine, et le talent de ses escouades de scénaristes, donnèrent à Dallas l’aura d’une mythologie universelle.
C’est le 2 avril 1978 que la série fut lancée sur la chaîne américaine CBS.
Quelques mois plus tard, le couple Thatcher-Reagan allait redonner au capitalisme sa vigueur révolutionnaire.
En France, le premier épisode fut diffusé sur TF1 le 24 janvier 1981. Comme aux États-Unis, le succès d’audience fut aussitôt formidable. Toutes classes sociales et toutes générations confondues. JR précéda de quelques mois François Mitterrand et la gauche au pouvoir. Celle-ci fut l’ultime tentative française pour ravauder un corset social-démocrate keynésien qui avait adouci, canalisé, civilisé l’impétueux et darwinien vitalisme capitaliste, mais qui craquait de toutes parts. Le combat ne dura que quelques mois. La réalité cruelle de nos comptes extérieurs eut raison de la résistance de la gauche française ; mais le succès populaire de Dallas avait consacré sa défaite culturelle avant même son reniement économique et idéologique.
La France qui n’aimait que les petits contre les gros, que les perdants magnifiques (Poulidor) contre les vainqueurs arrogants (Anquetil), changeait d’âme. Dallas préfigura et accompagna la révolution des années 1980. On se mit à glorifier les vainqueurs et à mépriser les perdants ; à vanter la réussite et même l’argent, comme étalon de notre valeur personnelle. JR devint un modèle avant Tapie.