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Le Suicide français (ESSAIS DOC.) (French Edition)

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Le Suicide français (ESSAIS DOC.) (French Edition)
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Bernard-Henri Lévy, à l’époque proche de Mitterrand, bouclait la boucle dans Le Quotidien de Paris : « Tout le ramdam qu’on a fait récemment autour des thèses élitaires, indo-européennes, parfois eugénistes, des sous-développés de la Nouvelle Droite par exemple, a préparé le terrain à la situation d’aujourd’hui… Le Figaro Magazine, en un sens, c’est pire que Minute ; c’est ce qui permet à des milliers de gens de penser qu’on peut être fasciste sans être un nervi ou une brute de la FANE. »

La police suivit une piste de militants franquistes espagnols qui se révéla une impasse. En juillet 1981, Gaston Defferre, devenu ministre de l’Intérieur, exigeait encore que la police dirigeât ses recherches vers les milieux d’extrême droite.

L’évidence finit toutefois par s’imposer même aux plus rétifs : des Palestiniens avaient organisé le carnage. Ils recommencèrent en 1982, rue des Rosiers, devant le célèbre restaurant Goldenberg. On ne put alors accuser l’incursion de l’extrême droite dans la police ; le président Mitterrand se rendit sur place, quitte à se faire invectiver par des jeunes furieux.

Le temps passa. On oublia. On négligea. Le mur de Berlin tomba. Les archives de la Stasi s’ouvrirent. On découvrit les commanditaires communistes et les exécutants palestiniens de Georges Habache. Un certain Hassan Naim Diab coulait des jours tranquilles au Canada. Devant le juge québécois qui répondait à une demande d’extradition du gouvernement français, il affirma benoîtement qu’il était « victime d’une homonymie ».

On n’en parla pas. Ou peu. La stratégie palestinienne aurait pourtant mérité d’être décortiquée qui ne distinguait plus entre Israéliens et Juifs, rassemblés dans une entité commune dite de « l’État juif », comme si le nationalisme palestinien répondait ainsi à l’action efficace de communication de l’État israélien, qui avait étroitement associé les communautés juives du monde entier – en particulier celles des États-Unis et de France – à son destin.

Cela semblait loin. Dix ans plus tard, des tombes juives furent profanées à Carpentras. Le ministre de l’Intérieur, Pierre Joxe, désigna sans preuves les militants d’extrême droite ; Jean-Marie Le Pen fut accusé ; une manifestation monstre fut organisée dans les rues de Paris où se plongea le chef de l’État François Mitterrand – pour la première fois depuis 1945.

Plus de trente ans après l’attentat de la rue Copernic, pendant la campagne présidentielle de 2012, des enfants juifs furent assassinés devant une école religieuse. On dénonça le fasciste, le raciste, l’antisémite. Bernard-Henri Lévy accusait « les pyromanes de l’identité française ». Nicolas Sarkozy avait remplacé Valéry Giscard d’Estaing. Les médias cherchaient le grand blond nazi avec une kalachnikov. Il était brun, arabe, souriant, amateur de mauvais coups et de jolies femmes. Il s’appelait Mohamed Merah. Les services de police avaient cette fois travaillé trop bien et trop vite. Alors, on s’empressa d’interdire tout « amalgame » avec les Musulmans de France et l’islam, « religion de paix ».

1er novembre 1980

Mon fils, ma bataille

La voix est suraiguë. Un registre très rare en falsetto qui s’étend sur deux octaves et demie, notent les spécialistes. Une voix d’androgyne, de castrat ; une voix de fille, commentent les profanes. La voix de Daniel Balavoine ne s’accordait guère avec son premier succès populaire qui contait les fantasmes donjuanesques d’un Rastignac de la chanson ; mais elle colle en revanche de manière troublante avec « Mon fils, ma bataille ».

La chanson ressemble à une suite que Balavoine aurait écrite aux « Divorcés » de Michel Delpech. À peine quelques années et les yeux se dessillent.

Après l’espoir d’un divorce sans souffrance, la guerre autour des enfants. Après le temps des illusions, celui des réalités. Après la rupture, le procès. Elle est partie pour un autre. Elle a abandonné l’enfant. Elle revient, veut le reprendre. Elle est la mère. Mais Balavoine refuse avec véhémence de se soumettre à cette antique loi d’airain. « L’absence a des torts que rien ne défend. » La mère, c’est celui qui est là. À la manière de la célèbre expérience de Lorenz sur les oies qui se frottaient au pantalon du savant, la mère, nous dit-il, c’est celui qui élève. Dans la traditionnelle querelle entre nature et culture, Balavoine prend un parti radical pour la culture. Il incarne l’idéologie culturaliste moderne qui méprise et détruit la biologie, au nom de la liberté de l’individu.

Balavoine pousse aussi jusqu’au bout cette inversion des rôles et des sexes qui obsède notre temps, dans la mode vestimentaire comme dans la vie professionnelle et sentimentale. Elle est partie, il est resté. Elle est dehors, et lui dedans. Elle bourlingue, il materne. Elle attaque, il défend. Elle a quitté son fils sur un coup de tête ; « C’est moi qui lui construis sa vie lentement ». Elle est l’impulsion, il est la lente édification. Elle l’agresse, l’invective, l’insulte, le salit ; il reçoit tout passivement :

Tout ce qu’elle peut dire sur moi

N’est rien à côté du sourire qu’il me tend.

Et le refrain ose l’inversion ultime :

Je vais tout casser

Si vous touchez

Au fruit de mes entrailles

Fallait pas qu’elle s’en aille 1.

Elle est l’homme, il est la femme. On avait déjà remarqué que le visage de Delpech à l’époque des « Divorcés » s’était arrondi, adouci, alangui. Avec Balavoine, la féminisation progresse et gagne la voix, descend jusqu’aux entrailles. « Mon fils, ma bataille » est à la chanson ce que le film de Jacques Demy en 1973, L’Événement le plus important depuis que l’homme a marché sur la lune, fut au cinéma : Balavoine, après Marcello Mastroianni, a lui aussi enfanté !

En cette même année 1980, un film américain, Kramer contre Kramer, montre de la même façon un père abandonné par sa femme qui refuse de rendre l’enfant à sa mère. Deux décennies plus tard, Ségolène Royal accordera aux pères un congé paternité de onze jours. L’homme est devenu une mère comme les autres.

Balavoine n’avait aucune illusion sur son art mineur : « Soyons sérieux, la chanson, c’est un poème raté sur une symphonie ratée. Nous ne sommes que des Beethoven et des Baudelaire ratés. »

Il comptait arrêter la chanson à 40 ans.

Après, il ferait de la politique.

En Mai 68, à 16 ans, il rédigeait déjà avec ses camarades un petit livre blanc sur la réforme de l’enseignement. Il rêvait de devenir député. Il a fait mieux. Il a conduit un combat politique au sens gramscien du terme ; il a forgé les esprits, a vaincu culturellement. Le militant adolescent n’a jamais cessé d’être militant et adolescent.

C’est la grande force de la gauche que d’envahir jusqu’à la dominer la sphère culturelle, pour capter, endoctriner l’esprit public. En 1980, Balavoine crève l’écran du journal télévisé en interpellant François Mitterrand « sur le désespoir des jeunes qui peut les pousser au terrorisme ». À l’époque, il arrive à des répétitions avec un long manteau noir et un livre sous le bras, consacré à la bande à Baader.

C’était un fils de la bourgeoisie provinciale. Un pionnier de ceux qu’on appellera plus tard les « bobos ». Leur père spirituel. Leur maître à chanter. Un « rebellocrate » de première main. Il en avait tous les stigmates. Invité de l’émission « 7 sur 7 » en 1983, il déclare : « Je voudrais dire devant tout le monde que j’emmerde les anciens combattants et que les jours de commémoration qu’il y a pour les anciennes guerres, on ferait mieux, ces jours-là, de manifester pour les guerres qu’il y a actuellement. »

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