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Les derniers jours du paradis

Электронная книга - «Les derniers jours du paradis». Краткое содержание книги:

Alors que l’Amérique se prépare à fêter les cent ans de l’Armistice de 1914, un siècle de paix mondiale, d’avancées sociales et de prospérité, Cassie n’arrive pas à dormir. Au milieu de la nuit, elle se lève et va regarder par la fenêtre. Elle remarque alors dans la rue un homme étrange qui l’observe longtemps, traverse la chaussée… et se fait écraser par un chauffard. L’état du cadavre confirme ses craintes : la victime n’est pas un homme mais un des simulacres de l’Hypercolonie, sans doute venu pour les tuer, son petit frère et elle. Encore traumatisée par l’assassinat de ses parents, victimes sept ans plus tôt des simulacres, Cassie n’a pas d’autre solution que de fuir. L’Hypercolonie est repartie en guerre contre tous ceux qui savent que la Terre de 2014 est un paradis truqué.
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Au matin, ils traversèrent le fleuve Colorado à Topock et poursuivirent vers l’ouest, en direction de ce que Dowd appelait « une boîte aux lettres morte » quelque part à Los Angeles. Cassie trouva le désert étrangement paisible. Cela tenait au soleil, à l’autorité solennelle de sa lumière. À Barstow, ils s’arrêtèrent au bord de la route dans une boutique où les lézards vert pomme d’un terrarium laissèrent Thomas bouche bée. Ils traversèrent les monts San Gabriel, se retrouvèrent dans le bassin de Los Angeles, avec au loin la ville blanche de gneiss et de marbre. « C’est là qu’ils font les films », dit Thomas, et oui, répondit Cassie, Hollywood n’était pas loin, ni les grandes usines où on fabriquait les avions commerciaux, comme ceux que son petit frère désignait avec excitation dans le ciel dégagé : des appareils à six moteurs à hélices qui arrivaient ou partaient de l’aéroport international de Los Angeles, et même quelques-uns des nouveaux avions de ligne à réaction. Il s’avéra que la boîte aux lettres morte était un box loué dans une entreprise de stockage à Vernon, et qu’il n’y avait à y récupérer qu’un jeu de permis d’exporter et de documents de transport couvrant le contenu de la camionnette… mais ce n’était pas grave, d’après Dowd, ils trouveraient d’autres boîtes en chemin, peut-être avec des nouvelles du père de Leo. Ils partirent cette fois vers le sud, longeant des fermes prospères et des oliveraies, croisant des panneaux de signalisation en anglais, mais aussi en espagnol et en japonais, passant sous d’énormes aqueducs fédéraux ou à côté de complexes de logements pour saisonniers, leurs façades en stuc décorées aux couleurs de l’arc-en-ciel. Que resterait-il de tout cela, se demanda Cassie, si la machine au fond de la camionnette de Dowd faisait ce qu’il croyait ? Parce que, comme toute action bonne et nécessaire, la destruction de l’hypercolonie pourrait avoir des conséquences inattendues.

Mais elle pensa à la dernière fois qu’elle avait vu ses parents. Assassinés sans avoir commis le moindre crime, sinon celui de détenir des informations qu’ils n’avaient pas le droit de détenir. Sa propre existence bouleversée, l’avenir de Thomas incertain… Elle ne recherchait pas la vengeance (même si, oui, elle la recherchait aussi), mais la justice. Sauf que la justice avait un prix. Fatalement. Un prix que d’autres allaient peut-être devoir payer.

À la radio, les stations locales passaient des villancicos : des chants de Noël. Los peces en el río. Hoy en la tierra. Devant eux, tandis que s’allongeaient les ombres, la camionnette de Dowd ralentit. La frontière n’était plus très loin et il fallait trouver un endroit où passer la nuit.

Dans son garage au Kansas, Dowd avait grand ouvert l’arrière de la poussiéreuse camionnette blanche avec un sourire d’imprésario. L’espace métallique clos et aveugle contenait quelque chose qui avait plus ou moins la taille d’une malle de voyage et ressemblait, pour Cassie, à un équipement radio câblé à la main. « C’est tout ? demanda Leo.

— Tu ne sais pas ce que c’est, répondit Dowd. Je ne comprends pas moi-même. Mais ça me vient de ton papa. Il a fait beaucoup pour moi. Il a acheté ce garage pour que j’y travaille et y vive. Sans rien lui payer, du moment que j’acceptais de devenir soldat le moment venu. Il m’a remis ce matériel pas plus tard que l’été dernier. Gardez ça ici, qu’il m’a dit. Et, le moment venu, apportez-le-moi à Antofagasta. Le moment venu, ce serait celui de ton arrivée. Il est temps de partir.

— D’accord, dit Leo d’un air dubitatif. Ça fait quoi ?

— Tout seul, rien du tout. C’est un morceau d’un truc plus gros. Vous n’êtes pas le seul soldat de cette armée, m’a dit ton papa. D’autres viendront, avec d’autres équipements. C’est comme un puzzle. Mieux vaut que vous n’en sachiez rien. On ne peut révéler ce qu’on ne sait pas. Mais c’est une arme… un morceau d’arme. Il a été très clair là-dessus.

— Ça n’y ressemble pas.

— Je me fie à son jugement, dit Dowd avec un petit sourire narquois. Pas toi ? »

Ils prirent deux chambres dans un motel de Chula Vista où des palmiers nains se dressaient comme des portiers en livrée entre la piscine et la route. Une pour Dowd et Beth, l’autre pour Cassie, Leo et Thomas.

Le garçon dormit sur un lit pliant près de la porte. Cassie et Leo se partagèrent le lit à deux places. Par chance, Thomas avait le sommeil profond, et Leo alluma tout bas la radio de la chambre pour couvrir les autres bruits. Noche de paz, murmura un chœur. Todo duerme en derredor.

C’était la première fois qu’ils s’embrassaient. La première fois qu’elle touchait Leo, qu’elle le laissait la toucher. Une exploration, se dit-elle. L’exploration de Leo. Sa bouche avait un goût de cannelle et de fumée. Ses mains, découvrit-elle, étaient généreuses et habiles.

Le lendemain matin, ils se réunirent dans la chambre de Dowd pour organiser leur traversée de la frontière.

« J’ai des papiers d’identité et un permis commercial pour le transport de matériel radio, dit-il. Donc, moi, je suis paré. Vous avez tous des papiers qui n’ont pas encore servi, utilisez-les aujourd’hui. Beth peut monter avec moi. Mais passer la frontière dans un véhicule volé est trop dangereux, même repeint et avec de nouvelles plaques. On va donc s’en débarrasser et vous irez en car de San Diego à Tijuana. On se retrouve à la gare routière sur Avenida Revolución. Leo, tu as toujours ce pistolet avec lequel tu as descendu un type ? »

Leo le regarda avec froideur. Beth avait dû lui raconter. « Oui.

— Donne-le-moi. »

Leo ne bougea pas, même si ses yeux se posèrent un instant sur le sac marin vert avec lequel il voyageait depuis Buffalo.

« Allons, dit Dowd. Tu vas faire quoi, passer la frontière avec un flingue dans tes bagages ? C’est complètement idiot. Donne-le-moi, on va le balancer avec la voiture.

— Et si j’ai besoin de me protéger ? »

Beth était debout à côté de Dowd, une main possessive sur son bras. « Tu devrais écouter Eugene. Il s’y connaît, sur ces trucs-là. »

Leo se renfrogna, mais sortit le pistolet qu’il tendit à Dowd. Celui-ci vérifia le cran de sûreté avant de fourrer l’arme dans la ceinture de son jean.

« Autre chose, dit Dowd. Je sais que ton papa t’a donné mon adresse au Texas, et à moi, il m’a dit de veiller sur toi si tu te pointais. Pas de problème, ça fait partie du marché. Mais il n’a rien dit ni pour elle », Cassie, « ni pour lui », Thomas. « Et ça ne m’enchante pas de devoir m’occuper de gamins pendant le voyage. Surtout qu’on a des milliers de kilomètres de Transaméricaine à faire.

— Ils n’ont pas besoin que vous vous occupiez d’eux, répondit Leo. Ils sont avec moi.

— Eh bien, partir sans eux est dangereux aussi, vu que ce sont des criminels recherchés par la police. Je suppose qu’on pourrait les descendre. » Il sourit pour montrer qu’il plaisantait. « Mais une fois au Mexique, tu devrais peut-être les installer dans une petite hacienda avec de quoi vivre en attendant. Ce serait moins dangereux pour tout le monde.

— Non ! s’écria Thomas avant que Leo puisse répondre.

— Je ne t’ai pas demandé ton avis, dit Dowd.

— Ils sont avec moi, répéta Leo, au moins jusqu’à ce que je puisse parler à mon père.

— Ouais, bon. » Dowd haussa les épaules. « La prochaine boîte aux lettres est à Mazatlán. J’imagine qu’ils peuvent suivre le mouvement jusque-là. Mais ensuite, ça devient du sérieux. Tout le monde a bien compris ? »

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