Le clan de l'ours des cavernes
- Автор: Ауэл Джин М.
- Серия: Les enfants de la Terre #1
- Год: 2002
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-258-05932-1
- Переводчик: Philippe Rouard
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Le clan de l'ours des cavernes». Краткое содержание книги:
— Mais mon totem ne m’a pas abandonnée, même quand j’étais toute seule et sans abri, rétorqua Ayla en portant spontanément la main à son amulette.
— C’est parce qu’il voulait t’éprouver. Il t’a trouvé un nouveau foyer, n’est-ce pas ? Le Lion des Cavernes est un totem très puissant, Ayla. Il t’a choisie lui-même et peut donc te protéger à tout moment. Mais en général, les totems préfèrent résider dans une demeure fixe. Si tu es très attentive, le tien t’aidera et te dictera ce que tu as de mieux à faire.
— Comment le saurai-je, Creb ? demanda Ayla. Je n’ai jamais vu l’Esprit du Lion des Cavernes. Comment peut-on savoir quand un totem vous dit quelque chose ?
— Tu ne peux pas voir l’esprit de ton totem parce qu’il fait partie de toi, qu’il est en toi. Mais il peut te parler si tu sais l’écouter. Si tu dois prendre une décision, il est là pour t’aider. Il te fera savoir à sa manière si tu as fait le bon choix.
— Mais par quel signe il me le fera savoir ?
— C’est difficile à dire. En général, il te le signifie par quelque chose d’inhabituel ou d’étrange. Ce peut être une pierre que tu n’as jamais vue auparavant ou bien une racine à la forme bizarre qui prendra un sens pour toi. Tu dois réussir à le comprendre avec ton cœur et ton esprit, non avec tes yeux et tes oreilles. C’est ainsi que tu sauras ce qu’il faut faire. Toi seule es capable de comprendre ton totem, personne ne peut le faire à ta place. Mais à chaque fois que tu trouveras un signe de lui, ajoute-le à ton amulette, cela te portera bonheur.
— Et toi, Creb, tu as des signes avec ton amulette ? demanda la fillette en fixant d’un œil curieux la petite bourse rebondie qui pendait au cou du sorcier.
— Oui, acquiesça-t-il. J’ai une dent d’ours des cavernes que j’ai trouvée quand je suis devenu le servant du mog-ur précédent. Elle s’était détachée de la mâchoire et se trouvait par terre, à mes pieds. Elle est en parfait état. C’est comme ça qu’Ursus m’a fait savoir que ma décision était la bonne.
— Tu crois que mon totem m’enverra aussi des signes ?
— Personne ne le sait. Mais ce n’est pas impossible ; le jour où tu auras une grave décision à prendre, ton totem t’y aidera peut-être si tu as conservé ton amulette sur toi. Fais bien attention de ne jamais la perdre, Ayla. Elle contient une partie de ton esprit et c’est grâce à elle qu’il pourra te retrouver où que tu sois. Si tu la perds, il perdra son chemin et regagnera le monde des esprits. Si tu ne la retrouves pas très vite, tu mourras.
Ayla frissonna. Elle porta la main à la petite bourse qui pendait à son cou en se demandant si elle rencontrerait jamais un signe de son totem.
— Crois-tu que le totem de Durc lui avait signifié qu’il pouvait partir au pays du Soleil ?
— Personne ne saurait le dire, Ayla. Cela ne fait pas partie de la légende.
— Je trouve que Durc a eu beaucoup de courage de partir à la recherche d’un pays plus doux, déclara Ayla.
— Il était peut-être courageux, mais bien imprudent, répondit Creb. Pourquoi quitter son clan et la demeure de ses ancêtres ? Pour découvrir autre chose ? Les jeunes trouvent toujours à Durc de la bravoure, mais avec l’âge et la sagesse, ils changent d’avis.
— Moi, je l’aime parce qu’il était différent, dit Ayla. C’est en tout cas ma légende préférée.
Ayla se leva pour suivre les femmes qui allaient préparer le repas du soir. Creb, perplexe, la suivit des yeux en secouant la tête d’un air de dépit. Chaque fois qu’elle paraissait sur le point de comprendre et de se soumettre aux coutumes du clan, elle faisait ou disait quelque chose qui incitait le sorcier à douter d’elle. Ainsi dans cette légende destinée à illustrer l’erreur de chercher à bouleverser les traditions, Ayla admirait l’intrépidité du jeune homme, avide de changement. Quand adopterait-elle une fois pour toutes les idées du clan ? se demandait-il. Elle avait pourtant appris tellement de choses en si peu de temps.
Dès l’âge de sept ou huit ans, les petites filles du clan étaient censées posséder tout le savoir pratique des femmes adultes. Peu après, d’ailleurs, la plupart d’entre elles devenaient en âge de s’accoupler. Depuis deux années qu’Iza l’avait recueillie, Ayla avait appris à trouver seule sa nourriture, à la préparer et à la conserver. Elle savait également faire de nombreuses autres choses, et cela aussi bien que les jeunes filles du clan.
Elle savait dépecer et tailler une peau pour en faire des vêtements, des couvertures et des sacs. Elle était capable de découper dans une seule peau des lanières de largeur régulière. Les cordes qu’elle fabriquait avec les poils, les tendons ou les écorces fibreuses étaient solides et lourdes, ou fines et légères, en fonction des besoins. Elle excellait dans le tressage des paniers, des nattes et des filets. Elle savait également tailler une pierre pour confectionner un coup-de-poing ou un couteau tranchant qui faisait l’admiration de Droog lui-même. Elle pouvait encore creuser des écuelles dans des souches d’arbre et les polir. Elle était capable de faire du feu en faisant tourner vivement entre ses mains la pointe d’une baguette contre une pièce de bois, jusqu’à l’obtention d’un charbon fumant avec lequel elle parvenait à enflammer des brindilles sèches. Et, à la grande surprise de tous, elle assimilait le savoir thérapeutique d’Iza avec une facilité déconcertante. Iza avait raison, songeait Creb, la petite n’a pas besoin de mémoire pour apprendre.
Ayla était occupée à couper des racines en morceaux pour les faire bouillir dans un récipient suspendu au-dessus du feu. Une fois enlevées les parties moisies, il ne restait plus grand-chose. Le fond de la caverne avait beau être frais et sec, les légumes entreposés n’en pourrissaient pas moins vers la fin de l’hiver. La petite fille commençait à rêver de la saison prochaine. Elle avait remarqué la présence d’un filet d’eau dans la rivière encore gelée, signe qu’elle ne serait pas longue à se libérer de la glace. Il lui tardait de retrouver la saveur des premiers légumes, des bourgeons, de la résine sucrée de l’érable que l’on recueillait pour la faire bouillir dans de grands récipients en peau jusqu’à ce qu’elle se transforme en un épais sirop, conservé dans des pots faits d’écorce de bouleau. Le bouleau lui-même fournissait un sirop, mais moins bon que l’érable.
Ayla n’était pas la seule à déplorer la longueur de ce pénible hiver, qui confinait le clan à l’intérieur de la caverne. Au lever du jour, le vent du sud avait commencé à souffler, porteur de la douce et tiède odeur de la mer proche. Les longues stalactites qui obstruaient partiellement l’entrée de la grotte commencèrent de fondre. Mais un peu plus tard dans la matinée, la température chuta brusquement, gelant de nouveau les pointes acérées. Néanmoins, chacun avait senti dans cette brise l’approche imminente du printemps.
Les femmes travaillaient en bavardant, conversant à leur habitude avec leurs mains, à l’aide de gestes brefs et éloquents, sans pour autant interrompre un seul instant leurs tâches. Vers la fin de l’hiver, au moment où venaient à s’épuiser les provisions, elles avaient coutume de mettre en commun leurs réserves et de faire la cuisine ensemble tout en continuant à manger séparément, sauf à l’occasion d’événements particuliers. Les festins étaient plus nombreux en hiver, agréable façon de rompre la monotonie des jours. Le clan avait largement de quoi manger. Entre deux tempêtes de neige, les chasseurs parvenaient à rapporter à la caverne quelque menu gibier ou un vieux daim, dont on aurait d’ailleurs fort bien pu se passer, étant donné l’abondance de viande séchée en réserve. La vieille Aba racontait une histoire aux femmes, dont le goût pour les légendes du clan avait été réveillé par le récit que venait de faire Dorv.