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Le clan de l'ours des cavernes

Электронная книга - «Le clan de l'ours des cavernes». Краткое содержание книги:

Il y a 35.000 ans, la terre se réchauffe lentement, alors que l’homme se dégage peu à peu de la bête, maîtrise l’outil et le feu. Une fillette de 5 ans, nommée Ayla, échappe à un tremblement de terre. Elle se réfugie auprès d’un clan étranger qui l’adopte.
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L’hiver libéra enfin la terre de son étreinte glacée et le printemps déversa sur elle des pluies torrentielles. La fonte des neiges dans les montagnes environnantes grossit la rivière et transforma les abords de la cabane en un vaste bourbier. Seules les pierres plates qui en pavaient l’entrée protégeaient la grotte des infiltrations d’eau.

Mais toute la boue du monde n’aurait pu retenir le clan à l’intérieur de la caverne. Après leur longue réclusion, tous se précipitèrent dehors pour saluer les premiers rayons du soleil et la douce brise marine. Ils n’attendirent pas que la neige eût complètement fondu pour se dégourdir les jambes en pataugeant dans une mélasse glacée qui transperçait leurs chausses malgré la double couche de graisse qui les enduisait. Iza était plus occupée à soigner des rhumes en ces premiers jours de printemps qu’elle ne l’avait été de tout l’hiver.

Le paisible hiver nonchalant, consacré aux récits de légendes, aux bavardages, à la fabrication des outils et des armes, ainsi qu’à toutes sortes d’activités propres à passer le temps, faisait enfin place à l’agitation affairée du printemps. Les femmes partaient à la recherche des jeunes pousses et des tendres bourgeons, tandis que les hommes s’entraînaient pour la première grande chasse de la saison.

Uba s’accommodait parfaitement de sa nouvelle alimentation et ne tétait que de temps à autre, par habitude ou pour le plaisir de retrouver la chaleur et la sécurité du sein maternel. Bien que faible encore, Iza toussait moins. Cependant, elle ne s’éloignait guère de la caverne quand elle partait en quête de plantes. Quant à Creb, il reprit ses lentes promenades le long de la rivière, seul ou en compagnie d’Ayla, ravie par le renouveau de la nature.

Depuis qu’Iza se déplaçait moins, Ayla découvrait le plaisir des longues promenades solitaires où elle se sentait pour la première fois libérée des regards inquisiteurs du clan. Iza s’inquiétait de la savoir seule dans les bois, mais les autres femmes avaient pour tâche de ramasser de quoi manger, et les plantes médicinales ne poussaient pas toujours aux mêmes endroits que les espèces comestibles. De temps à autre Iza accompagnait la fillette, dans le but, surtout, de parfaire son apprentissage de la flore. Bien qu’Ayla portât Uba, ces sorties n’en fatiguaient pas moins la guérisseuse, qui finit par laisser à Ayla le soin de veiller à l’approvisionnement en plantes médicinales.

La fillette se joignait fréquemment aux autre femmes quand elles partaient en cueillette, mais, dès qu’elle en avait l’occasion, elle s’empressait d’exécuter au plus vite les tâches qui lui incombaient pour filer ensuite seule, dans les bois, d’où elle rapportait non seulement des végétaux qu’elle connaissait mais également d’autres qui lui étaient étrangers.

Brun ne fit à cela aucune objection directe ; il fallait bien que quelqu’un se charge d’apporter à Iza ce dont elle avait besoin pour préparer ses remèdes. Par ailleurs la maladie d’Iza ne lui avait pas échappé. Mais l’empressement d’Ayla à s’éloigner seule ne lui plaisait aucunement. Ce n’était pas dans les habitudes des femmes du clan. Ayla ne manquait jamais à ses devoirs domestiques, se tenait toujours correctement, et Brun n’avait aucun reproche à lui faire. Il sentait seulement confusément et non sans un certain malaise que le comportement, le caractère et les pensées de la fillette étaient non pas blâmables mais différents, et cela le troublait profondément. Mais que pouvait-il trouver à redire quand il la voyait arriver avec son panier rempli de plantes utiles et bénéfiques au clan ?

De temps à autre, Ayla ne ramenait pas seulement de la verdure. Sa disposition particulière envers les animaux, qui avait tant frappé le clan, s’était affirmée et imposée à tous au point que personne ne s’étonnait plus de la voir ramener une bête blessée pour la soigner. Le lapin qu’elle avait découvert juste après la naissance d’Uba fut le premier d’une longue série. Elle savait parfaitement mettre les animaux en confiance. Brun, qui ne s’était pas senti le courage de le lui interdire, ne s’éleva qu’une seule fois contre cette habitude saugrenue : le jour où elle revint avec un louveteau. La capacité de tolérance du clan s’arrêtait aux carnivores contre lesquels les chasseurs devaient défendre leurs proies. Il arrivait plus d’une fois qu’une bête traquée, peut-être même blessée, se trouve enfin à portée d’arme pour tomber au dernier moment entre les griffes d’un carnassier plus rapide. Brun ne pouvait pas permettre le sauvetage d’une bête susceptible de voler d’aventure au clan l’une de ses prises.

Un jour, alors qu’Ayla s’affairait à genoux à déterrer une racine, un lapin à la patte légèrement tordue surgit de sous un buisson et, furtivement, vint lui renifler les pieds. Se gardant de tout geste brusque, elle tendit lentement la main pour caresser l’animal. Es-tu mon lapin-Uba ? Mon bébé lapin ? pensa-t-elle. Tu es devenu grand et fort. Mais ton accident ne t’a-t-il pas appris à te montrer plus prudent ? Tu devrais te méfier des hommes, tu sais, sinon tu risques fort de te retrouver en train de rôtir au-dessus d’un feu, continua-t-elle ainsi en sentant sous ses doigts la douceur du pelage. Soudain, un coup de vent et le bruissement des buissons alertèrent l’animal, qui détala droit devant lui puis exécuta un stupéfiant demi-tour pour bondir dans la direction opposée.

— Tu cours si vite, je ne vois pas comment on pourrait t’attraper. Comment arrives-tu à faire des demi-tours pareils ? signifia-t-elle en gestes à l’adresse du lapin qui s’était évanoui dans les broussailles.

Et, comme elle éclatait de rire, elle se fit la remarque que c’était la première fois depuis longtemps qu’elle n’avait pas ri si franchement. Elle avait appris à refouler ses éclats de rire, car le bruit éveillait toujours les regards réprobateurs du clan. Durant sa promenade, ce jour-là, elle trouva plus d’un motif de se laisser aller à rire à gorge déployée.

— Ayla ! appela Iza un beau matin. Veux-tu aller me chercher de l’écorce de merisier ? Je ne peux pas utiliser celle qui me reste, elle est trop vieille. Il y a un bouquet de merisiers de l’autre côté de la rivière, juste après la clairière. Tu vois où c’est ?

— Oui, maman, je sais où ils sont, répondit Ayla.

C’était une superbe matinée de printemps. Les derniers crocus blancs et mauves étaient blottis auprès des premières jonquilles. Un léger tapis d’herbe tendre et bien verte commençait à croître dans le sol humide. De minuscules points verdoyants parsemaient çà et là les branches nues des buissons et des arbres, premiers bourgeons s’ouvrant à la vie. Un timide soleil dispensait ses encouragements au renouveau de la nature.

Dès qu’elle eut disparu aux regards du clan, Ayla retrouva sa liberté d’allure, heureuse de ne plus avoir à surveiller sa démarche et sa conduite. Elle descendit une pente, en remonta une autre, un sourire de contentement aux lèvres, s’amusant à répertorier les plantes qu’elle rencontrait au passage.

Il y avait de nouveaux pieds de ces baies violettes de phytolacca[6] qu’elle avait cueillies à l’automne précédent. J’arracherai quelques racines au retour, se dit-elle. Iza prétend que les racines sont bonnes pour les rhumatismes de Creb. J’espère que l’écorce de merisier fera du bien à Iza. Elle semble aller mieux mais elle a tellement maigri. Et elle devrait arrêter de porter Uba, qui est devenue si lourde. Si c’est possible, j’emmènerai Uba avec moi la prochaine fois. Elle commence à s’exprimer. Il me tarde qu’elle grandisse et que nous puissions nous promener ensemble. Oh, comme ces saules blancs paraissent veloutés quand ils sont jeunes ; curieux qu’ils verdissent en grandissant. Et le ciel est si bleu, aujourd’hui. Le vent apporte des odeurs marines. Quand irons-nous pêcher ? Les eaux ont dû suffisamment se réchauffer pour que je puisse me baigner. Je suis étonnée que personne au clan n’aime nager. La mer a un goût salé, mais je flotte si bien dedans. J’espère que nous irons très bientôt à la pêche ; j’adore le poisson et les fruits de mer et aussi les œufs qu’on trouve dans les falaises. Tiens ! un écureuil ! Comme j’aimerais grimper dans un arbre comme il le fait !

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Genre de plantes arbustives ou arborescentes de la famille des Phytolaccaceae. Ses espèces sont parfois appelées « phytolaques ». (NScan)

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